‹ De l'esprit des religionsChapitre 167 sur 222 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Des Missions.

C'est un beau zèle que celui qui fait erre* les Chrétiens au milieu des nations sauvages, pour leur enseigner les rentes du salut ! Rien ne saurait donner une idée plus sublime de la charité chrétienne; rien ne peint mieux cet tfroour que l'Evangile inspire à l'homme pour ses semblables. On pourrait dire plus , on pourrait dire qu'il impose une tâche si glorieuse : car enfin , prêcher une foi exclusive, n'est-ce pas contracter Fobligation de la rendre universelle ?

Nous voyons par-là quel esprit doit animer les missionnaires dans leurs travaux apostoliques : en annonçant la parole du Christ, ils doivent surtout imiter cette douceur avec laquelle il persuadait le* peuples et confondait ses ennemis. Lorsqu'ils emploient d'autres voies que celle de la prédication, ce sont des persécuteurs; lorsque les missions sont faites dans un autre dessein que celui d'opérer des conversions , elles ne sont plus qu'une fraude abominable. Tels sont les principes sur lesquels il faut

juger les prêtres espagnols qui allèrent, avec une bulle cT Alexandre VI, conquérir le Nouveau-Monde à Sa Majesté catholique. Après avoir massacré les Incas et détruit la moitié des peuples, ils baptisèrent le reste pour le mettre en servitude : au moyen du prétendu droit qu'on supposait que saint Pierre avait laissé à ses successeurs de distribuer les Etats, on renversait le véritable droit naturel ; on persécutait ceux qui le réclamaient, on les frappait d'anathéme. Mais si les Apôtres n'ont eu qu'une puissance spirituelle, il est manifeste que les papes né pouvaient donner des royaumes et un monde entier, sans corrompre les maximes de l'apostolat. Et les missionnaires qui , au lieu de la parole de paix, ne portèrent dans un autre hémisphère que le trouble et la désolation , n'étaient donc que les agens criminels d'une puissance civile, et non de vrais missionnaires.

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