CHAPITRE III
Rapport des purifications avec le dogme.
La tradition du déluge, chez les Scandinaves, a pris un caractère et des formes toutes particulières. Le géant Yme , qui s'était élevé contre son Dieu , fut brisé sur les rochers % et il sortit de son corps une si grande abondance de sang , que la terre en fut submergée. Tous les êtres vivans périrent alors , à l'exception du géant Bergelmer , qui, après avoir vogué long-temps sur le sang des malheureux humains , devint le père d'une nouvelle "race.
Je ne sache pas qu'au monde il existe d'autres peuples que ceux de l'Islande et de la Scandinavie , qui'aient gardé le souvenir d'un pareil déluge; et c'est justement ce qui fera toute la force de mon assertion ; car , si le dogme de ces peuples est unique , ils sont aussi les seuls qui , dans le culte , aient substitué le sang aux eaux lustrales. Non-seulement les bois sacrés, les autels, les murailles des temples étaient sanctifiés par des aspersions de sang, mais le peuple lui-même n'avait pas d'autre mode de purification. Le sang des captifs et «des
' Poëme de la Voluspa. *
[ rois, qu'on immolait à la prospérité nationale, était solennellement répandu sur ceux qui assistaient à ces terribles sacrifices. Les chrétiens , et toutes les sectes qui ont cru à Finondatfon de la terre par l'eau , Font particulièrement fait servir à l'usage des purifications ; et par la même raison , les peuples qui , dans la narration dogmatique , avaient remplacé Peau par le sang, ont substitué, dans les exercices du culte , le sang à Feau , adoptée partout ailleurs. Cet exemple est plus que suffisant pour convaincre de la correspondance intime des pratiques avec le dogme; il atteste l'influence du caractère national sur l'exposition dogmatique , et le mode des purifications par aspersion.