CHAPITRE IV
Diverses circonstances dans les modes de purification , qui prouvent leur institution morale.
La régénération dés anciens Scandinaves , et toutes les aspersions dont on fait usage dans FOccident, ne pouvant, en aucune façon , se lier à des raisons de santé , la proposition se réduit donc au*, immersions des Orientaux, Mais nous voyons qu'on n'y a recours que dans des cas particuliers , lofs—
qu'il s'agit, par exemple, de quelque crime, d'an événement extraordinaire * quand on croit être menacé d'un grand malheur. Les rivières deviennent alors un asile sacré , à peu près comme les temples en d'autres pays. Et de combien de pratiques morales les lustrations ne sont-elles pas accompagnées! Les Indiens se couvrent de fange avant d'entrer dans le bain , et se lavent ensuite symboliquement; lorsqu'ils sortent de l'eau, on leur fait au front une marque rouge , afin qu'ils se rappellent la cérémonie qui les a purifiés, et la pureté de cœur qu'exige l'action. Or, il est clair que ce signe n'est pas plus établi dans des vues politiques, que celui que les chrétiens ont accoutumé de faire avec l'eau bénite.
Mais il est une objection sans réplique : si les lotions des Orientaux ne sont , comme on le dit , instituées par les législateurs que sous des rapports de santé , comment se fait-il qu'ils aient permis d'y substituer des lustrations d'une autre nature, et leur aient accordé la même efficacité ? La bouse de vache, dont les Indiens s'oignent le corps, a-t-elle quelque propriété particulière ? Pourquoi en frottent-ils les murailles et le plancher de leurs maisons? Quelle vertu Zoroastre attachait-il à la terre , et à l'urine de bœuf, quand il en a prescrit l'usage pour les ablutions des Parses? Chez les Hébreux, il était des circonstances où la cendre et la pous-
sière tenaient lieu d'immersions. Dans lé baptême, les chrétiens ont suppléé à l'eau par le sable. Le Koran autorise les lustrations de sable et de poussière. On sait que la morsure des fourmis faisait la principale ablution des Américains.
Les divers modes de purification , et plus encore la variété dans les matières qu'on y emploie, prouvent leur institution morale : on n'a besoin que d'un symbole, peu importe de quelle nature il soit.