‹ De l'esprit des religionsChapitre 175 sur 222 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Inconvénient qu'il y a lorsque la Religion met au nombre des crimes des choses purement indifférentes.

Lorsque la religion défend des actions qui ne sont par elles-mêmes ni bonnes ni,mauvaises , on peut en conclure qu'elle est altérée ; et de-là vient aussi qu'elle tolère ce qui devrait être défendu. Il arrivera, si elle joint des prohibitions inutiles à des commandemens vraiment nécessaires , que le peuple abandonnera les préceptes qui l'incommodent, pour observer ceux qui n'ont point de véritable importance.

Chez les Parses, on était puni plus sévèrement, lorsqu'en touchant par hasard le cadavre d'un homme, ou même celui d'un chien , on en faisait sortir du sang, que si l'on eût frappé un homme vivant \ Ne point ensevelir un homme ni un chien,

1 Fargards IV et VI.

selon les rites de la loi, suffisait pour empêcher, pendant deux ans, de passer le pont Tchineval) punition terrible pour un Parse. Comme les lois civiles correspondaient expressément avec celles de la religion, les peines qu'elles infligeaient étaient dans le même rapport : quinze coups de courroies pour celui qui en frappe un autre ; depuis trente jusque mille pour celui qui enterre mai un mort.

Les Siamois regardent comme un très-grand crime de manger le pépin d'un fruit, et, en général, toutes sortes de semences; tandis que c'est parmi eux un acte de dévotion que de se pendre* Ces peuples, dit la Loubere, témoignent plus d'horreur du sang que du meurtre.

La loi des Gentous x confond celui qui tue un oiseau, un poisson, ou écrase une fourmi, avec celui qui commet un vol ; les Indiens sont fripons, mais ils n'osent s'asseoir de crainte de tuer un insecte. Cette loi ne met point de différence entre la femme qui se fait avorter ou qui a l'intention d'assassiner son mari, et celle qui mange avant lui ou dort pendant le jour.

Les Parses ne connaissaient rien de plus abominable' que de couper ses cheveux, ses ongles, et arracher une dent, sans observer les cérémo-

1 Chap. XV, première section.

* Patets.

nies prescrites; de toucher le feu avant d'avoir Javé ses mains , le souffler avec la bouche , y mettre du bois vert , ou verser de Peau dessus.

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