CHAPITRE VIII
De* Insulaires d'Otahiti.
Chez un peuple qui , par sa situation , est privé de tout commerce avec les autres hommes, la religion s'altère beaucoup plus vite. Les nations tendent vers l'ignorance ; il leur faut de temps en temps une impulsion étrangère pour les en garantir. Lorsque le capitaine Cook aborda à Vile d'Otahiti , il n'y trouva qu'un fantôme de religion et des mœurs entièrement dépravées ; il parle d'associations que les insulaires nommaient Arreojr, où les femmes étaient communes a tous les hommes. Le plaisir est le but de ces assemblées : lorsque les danses lascives que les femmes exécutent font naitre en elles des désirs , elles vont sur-le-champ les satisfaire; et quand elles deviennent enceintes, ce qui arrive plus rarement que si elles habitaient avec un seul homme, elles sont obligées de faire mourir l'enfant à l'instant où il vient au monde, sans quoi on les chasse de Vjirreoy.
On prévoit ce qui a dû résulter (Tune pareille débauche. Vancouver retourna quelques années après à Otahiti; la population était déjà diminuée, et l'Etat avait essuyé un dépérissement sensible. Au reste , ceci confirme ce qui a été dit plus haut, que la destruction d'un peuple suit toujours l'abolissement de la religion. La rapidité avec laquelle les Olahitiens marchaient vers leur ruine, est une preuve certaine qu'ils avaient eu anciennement d'autres principes ; car je ne sache pas que le corps politique plus que tout autre, se constitue par des principes de corruption.