CHAPITRE VI
Transition du système de Purification à celui d'Abstinence.
Les derniers rapports du climat avec le système de purification , sont justement les premiers que le culte ait avec la nourriture de l'homme. La religion ne s'est pas toujours bornée au choix des obla-
tions et des victimes que Ton mangeait au banquet sacré ; elle a encore étendu ses distinctions sur la consommation journalière. Tout ce qui compose les alimens de l'homme a été soumis à sa discipline.
Quand l'abstinence ne serait point d'une si grande utilité pour la santé, la religion ne pourrait encore se dispenser de la mettre au nombre de ses institutions morales. Ne nous y trompons point; tous ce? réglemens de l'Orient, qui semblent n'avoir égard qu'au maintien de la société, et être uniquement faits pour prévenir la contagion, ont un objet d'une bien plus haute importance. Ignorons-nous donc que l'incontinence est le premier symptôme de la lèpre et de l'éléphantiase? que l'amour, dans un malheureux attaqué de ces affreuses maladies , se change en une fièvre dévorante, que rien ne peut plus éteindre? A cette seule considération, la religion a dû tâcher, par tous les moyens qui sont en elle , de prévenir un mal qui n'est pas moins funeste aux mœurs qu'aux principes mêmes de la vie.
Mais comme la prohibition de certains alimens n'est fondée que sur la mauvaise qualité qu'ils acquièrent dans un pays , elle ne peut subsister qu'autant que la cause elle-même subsiste. Ceux qui , comme les Juifs, ont conservé le régime diététique d'une terre étrangère , transforment en un usage I servile ce qu'exigeaient seulement d'autres lieux et
un autre temps. Ils n'ont juge ni leur religion , ni l'esprit du législateur.