CHAPITRE VIII
Abstinence des Mahométans.
Mahomet crut s'apercevoir que la chair de chameau influait considérablement sur le caractère vindicatif des Arabes , et il la mit au nombre des viandes immondes. Le vin avait été de tout temps \ interdit aux Arabes , et le prophète le prohiba de nouveau. Mais les Mahométans ont méconnu l'esprit de sa défense , lorsque , regardant le vin cornme*impur par lui-même , ils ont cherché dans un autre breuvage les funestes effets de l'ivresse. Les Turcs et les Perses ont tellement abusé des propriété^ de l'opium , qu'il n'y a peut-être point en Europe de contrée où les liqueurs fortes soient aussi pernicieuses. Selon le degré d'ivresse , d'abord joyeux , ensuite chagrin et querelleur , on passe successivement de ces impressions différentes à un profond assoupissement.
• Cette fraude religieuse n'est pas la seule de ce genre; parmi les Celtes il existait une sorte de moi-
nés appelés My 'siens , qui avaient en horreur la viande ^ le poisson et le vin , et qui , pour se dédommager de leur abstinence, recevaient la fumée de certaines herbes odoriférantes , dont la principale vertu était de faire perdre la raison. Ils avaient appris cela des Thraces , qui ne connaissant point encore le vin se servaient de fumigations semblables. Ainsi , comme les barbares , privés de poissons spiritueuses , s'enivraient de fumée , les sectes auxquelles une sage abstinence a interdit l'usage du vin , obtiennent de l'opium les mêmes résultats que le législateur avait précisément l'intention de prévenir.