CHAPITRE III
Quelles lumières on peut tirer du mode de purification de
ces peuples.
Comme on a retrouvé chez les Américains les aspersions de sang , cela nous conduit naturellement à en faire la comparaison avec, les purifications qui étaient en usage dans la Scandinavie. Les peuples de l'Amérique avaient-ils donc admis un déluge de sang? La purification était-elle aussi chez eux correspondante au dogme? Voilà cequ'il importeraitdesavoir, et ce qui sera toujours ignoré. On s'est malheureusement beaucoup moins occupé de connaître la doctrine de ces peuples , que de leur en faire adopter une autre ; et d'ailleurs ne furent-ils pas anéantis , pour ainsi dire , à l'instant où Ton apprit qu'ils existaient? On sait seulement qu'ils conservaient le souvenir d'un déluge et d'une race de géants qu'il avait détruite. Que ce soient les Patagons , ou les fils du Bergelmer des Scandinaves , peu importe ; toute objection disparaîtra si Ton parvient à prouver que les Mexicains et les Scandinaves n'ont eu
qu'un même système , et leurs purifications une commune origine.
L'Islande fut de tout temps le siège de la religion des Scandinaves , à peu près de même que la Grande-Bretagne fut la métropole du druidisme : c'était dans l'ancienne Albion que les Druides de la Gaule avaient leurs collèges ; c'était en Islande que les prêtres d'Odin envoyaient leurs disciples étudier l'Edda. £i donc la doctrine s'est répandue de l'Islande dans la Norwège et le Danemarck, on ne peut douter que cette île , beaucoup plus proche du continent de l'Amérique que du nord de l'Europe , n'ait propagé ses mystères aussi bien dans le Groenland que dans la Norwège. Sa position même indique qu'elle a pu , dans des temps reculés , joindre les deux hémisphères* Les grandes révolutions qui ont séparé le monde en deux parties avaient peut-être encore laissé une jetée de communication dont l'Islande n'est plus qu'un vestige. Par^là les hommes pénétrèrent dans un autre continent , les colonies que les Scandinaves envoyaient portèrent avec elles les rites de la métropole , et continuèrent à s'imprégner de sang.
Or , je trouve à l'appui de ces conjectures un té~ moignage décisif. L'Inca Garcilasso ■ et le P. Blas V/ilera , qui nous ont appris que les Péruviens immolaient des victimes humaines , que ceux du pays
' Hist. des Incas,liv. I.
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d'Antis allaient en foule , de toot âge et de tout sexe , se teindre dn sang des sacrifices , et qae les femmes en frottaient le bont de leurs mamelles , ont eu soin d'ajouter que cette engeance cruelle et l dénaturée , qui professait un culte si abominable , i était sortie , selon sa propre tradition , du nord de l l'Amérique ; qu'elle avait passé l'isthme de Darien l ou de Panama , et était venue , à travers les montagnes, peupler le nouveau royaume de Grenade , et la province de Sainte-Marthe.