‹ De l'esprit des religionsChapitre 28 sur 222 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Si les Américains ont eu des lois d'abstinence.

Dans les climats tempérés , et vers le Nord , la nourriture de l'homme a toujours été moins difficile à régler : toutes les viandes y sont généralement saines; à peine y croît-il des plantes dont l'usage 1 soit dangereux. Aussi les peuples septentrionaux n'ont jamais connu les régimes diététiques , que l'Orient compte au nombre de ses premières institutions. Usant à leur gré de tous les alimens , l'expérience né leur faisait que rarement apercevoir qu'il existait des substances nuisibles à l'homme.

En supposant donc que les colonies qui ont peu-

plé le Nouveau Monde, soient venues du Nord , on ne sera nullement surpris que . les prohibitions n'aient point fait partie de leur système. Et si Ton n'a jamais découvert aucun règlement de ce genre, même dans les contrées méridionales de l'Amérique , c'est une nouvelle conséquence qu'on peut tirer de l'origine de ses habitans , en même temps qu'on en conclura que l'homme était , par lui-même , incapable de se diriger dans le choix de ses alimens. Ce qui est d'une telle vérité , que les Péruviens, au reste si habiles dans Part d'empoisonner les flèches , qui connaissaient par conséquent les poisons les plus subtils , n'ont jamais fait attention aux qualités malfaisantes des animaux de leur pays, non pas même de l'iguan , qui renferme le germe de cet horrible mal maintenant commun aux deux mondes. De tous les lézards c'était l'iguan que les Américains préféraient; ils en étaient très-friands, et en faisaient une grande consommation ; ces peuples n'avaient donc point de lois d'abstinence.

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