CHAPITRE II
Idée générale de l'influence de la Religion sur les Sciences.
Les Turcs, lors de leurs conquêtes, étaient habiles dans Fart de la guerre; à l'époque où ils fondèrent leur empire, leurs conhaissances répondaientà celles des autres peuples. Mais en proscri vant toute espèce de progrès dans les sciences et les arts, ils ont nécessairement dû se trouver, par la suite, au-dessous des nations voisines. Si Montaigne (1) eût un peu moins recherché l'originalité , il n'aurait point applaudi à ce système religieux d'ignorance , et partagé l'opinion extravagante du trop célèbre Omar.
Il n'est point de science qui n'ait été ainsi arrêtée dans sa marche psyr quelque dogme particulier : toutes ont payé tribut à la^ superstition. Depuis que les Chaldéens nous ont instruits de la véritable
(i) L'étude des sciences, dit Montaigne, amollit et efféminé les courages plus qu'il ne les fermit et agguérit. Le plus fort Etat qui paraisse pour le présent au monde , est celui des Turcs, peuples également duicts à l'estimation des armes et mépris des lettres ( Essais , liv. 1 , ch. 24. ).
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forme des astres , et de leurs révolutions périodiques , les peuples de l'Inde et de l'Amérique n*ont pas renoncé à l'opinion religieuse , que les éclipses sont causées par de mauvais génies, qui cachent avec leurs mains les flambeaux du monde. En conséquence , ils font un tapage horrible pour les effrayer; et aussi long-temps que dure l'obscurité, ils fouettent leurs chiens et leur font pousser des hurlemens épouvantables. Les magiciens de la Gaule et de la Germanie enseignaient dévotement la manière de faire descendre la lune sur l'herbe pour j écumer.
Tandis que parmi les Celtes la religion se réunissait à la politique, pour interdire la culture et Fart de bâtir, les Égyptiens faisaient rendre à la i terre de riches moissons, et fondaient ces vastes monumens qui font encore l'admiration de l'univers. Mais aussi , dans la navigation , ces mêmes peuples étaient bien inférieurs à ceux de l'Occident: la religion n'assurant la félicité éternelle qu'à ceux qui étaient embaumés après leur mort , personne ne voulait courir les dangers de la mer. Et chez les Parses , où c'était une action abominable de toucher un homme mort, la médecine ne pouvait non plus offrir les ressources qu'elle a. puisées dans l'anatomie. 1