‹ De l'esprit des religionsChapitre 37 sur 222 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Que les plus beaux génies ne se sont pas toujours préservés

des erreurs du temps.

L'Eglise croyait si bien à la puissance des magiciens , qu'elle accompagna toujours Tanathême des supplices les plus terribles : elle fit périr par le feu quiconque fut soupçonné de sorcellerie ; et, comme elle avait condamné les opinions nouvelles , elle accusa d'abord de sortilège tous ceux qui s'élevaient au-dessus des autres par leur génie. Mais aussi il arriva , tandis qu'on se plongeait ainsi dans l'ignorance, que la légende se grossit de fables toujours plus incroyables et plus extravagantes : jamais livre de magie ne renferma tant de sottises et d'absurdités que la misérable Vie des Saints de Rybadeinera. En ce temps on n'eût osé tenter une critique sacrilège ; et peut-être ne se fut-il trouvé personne capable de l'entreprendre. D'un côté, les Chrétiens croyaient aux sortilèges des Païens; et ceux-ci , à leur tour , confondaient les miVacles avec la magie.

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Ce qui marque incontestablement la supériorité des générations actuelles , c'est que les prodiges de toute espèce, sorcelleries ou miracles *, ont entièrement cessé, et que ces histoires des saints, tant vénérées par les premiers Chrétiens, sont, de nos jours , au-dessous même de la critique.

En abandonnant au peuple ces erreurs grossières , nous retrouvons , il est vrai , parmi ceux qui distribuent le pain de la parole, une doctrine plus pure et plus sublime. Ce sont les Pères de l'Eglise eux-mêmes qui sont les véritables prodiges de ces temps. Celui-ci , d'un bras fort et vigoureux , tient les rênes sacrées de la religion , et dirige son char triomphant à travers les abîmes qu'entrouvrent sans cesse l'impiété et la superstition. Un génie, non moins admirable peut-être, cherche la religion dans le propre cœur de l'homme, et le pénètre dans tous les sens pour y découvrir le germe de la foi et les semences de l'amour divin. Mais ces lumières de la chrétienté, le sévère saint Jérôme, le tendre Augustin , bien supérieurs au caractère stupide et insensé de leur siècle, laissent encore échapper quelques traces de ce merveilleux , ennemi de la vérité. L'un rapporte un dialogue plein de

1 On n'entend parler icj que des miracles apocriphes , et non de ceux qui servent de fondement à la foi.

DES RELIGIONS. Sj

folies entre le démon et un ermite de la Thébaïde ; Fautre conserve dans ses écrits le souvenir des Cynocéphales et des Cyclopes de la Basse-Ethiopie ; je ne sais même s'il ne va pas jusqu'à citer ces monstres comme les ayant vus. Saint Augustin ajoute encore, comme chose certaine, certifiée par des hommes dont la foi ne peut être suspecte , que les Satyres et les Sylvains tourmentaient les femmes , et en abusaient ; que les Dusiens , ou Veluti des Gaulois , attentaient journellement à leur pudicité \ Il défend, à la vérité, les anges de pareilles imputations ; mais il les rejette sur les mauvais esprits.

Saint Jérôme et saint Augustin forment sans doute une des époques les plus brillantes du christianisme , et même de l'humanité. Mais ces Pères , qui ont touché le vice d'une main si habile; ces hommes , que toutes les croyances s'honoreraient également de compter au nombre de leurs défenseurs, n'avaient point encore donné à la vérité tout l'éclat dont elle était digne; ils ne l'avaient pas entièrement dégagée des folles erreurs de l'opinion. Il n'appartenait qu'à notre Bossuet , à cette vaste intelligence , qui fut la gloire des derniers temps , de présenter la religion dans toute sa sagesse , et d'en

1 Cité de Dieu, liv. XV, chap. 23.

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marquer toute la profondeur. Et cependant cette supériorité bien marquée de Bossuet sur ses devanciers, ne la doit-il pas aux progrès mêmes de l'esprit humain , qui avaient mis plus au large le génie de ce grand homme? Peut- être, dans un autre siècle , l'aigle n'eût-il pas pris son vol de si hauL

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