CHAPITRE IX
Dessein général des Cultes.
Les hommages des premiers hommes furefnt aussi simples que l'Etre auquel ils s'adressaient. L'amour et la reconnaissance , seuls sentimens qu'inspirât la Divinité , n'avaient besoin pour être exprimés, ni d'instant, ni de lieu particulier ; Dieu est partout, il y est sans cesse. Mais dès qu'on eut personnifié l'essence divine, les nations lui assignèrent une demeure , et ou la chercha d'abord dans les hautes régions du ciel. Ce brillant rideau d'azur, tout parsemé d'étoiles, qui entoure le monde d'une si magnifique draperie , fut pris pour le voile mystérieux qui cachait aux humains leur puissant auteur. Lorsqu'un mortel s'humiliait au sentiment
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•j profond de son Dieu, c'était vers la terre qu'il pen- .1 chait son humble visage. Dans le transport d'un | saint amour, cherchait-il la source du feu divin qui l'embrasait , ses regards se tournaient aussitôt vers les deux. Les premiers sacrifices qu'on fit à la Divinité , les premiers autels que les hommes lui érigèrent , ce fut dans les lieux les plus élevés. Tous les peuples choisirent la cime des monts pour dresser les monumens de leur piété ; il semblait qu'on fut plus proche du roi des cieux , que les vœux de son peuple lui parvinssent plus vite.
Cependant tous les pays n'offraient point de montagnes de sacrifices ; et bien que la plupart des nations eussent pris la peine d'en élever d'artificielles , on finit par chercher un site nouveau qui convînt également à la solennité du culte. Les premiers pontifes avaient monté sur des rocs escarpés pour se rapprocher de la Divinité , pour communiquer avec elle ; désormais la solitude des forêts parut être non moins favorable au recueillement et aux pieux élans de l'ame, elles inspirations se renouvelèrent dans l'épaisseur des bois. Le sombre feuillage du chêne semblait plus propre à cacher les pratiques mystérieuses du culte ; il fut généralement préféré. Les Gaulois et les Germains ne consacraient que des forêts de chênes ; les Grecs dédiaient cet arbre à Jupiter ; et dans l'Orient , les Parses et les Arabes montrèrent pour lui une vé-
nération particulière. Les Hébreux estimaient par* dessus tout le fameux chêne de Mambré ; ils bâtirent leur premier autel sous sa tête antique.
La simplicité des offrandes ne dura pas long-» temps , bientôt on remplaça les fruits et les gâteau* par des victimes. Le premier sacrifice qu'on osa ensanglanter , tut le seul qui coûta réellement; le sang de l'homme , lorsqu'on en teignit les autels, b inspira peut-être moins d'horreur que n'en avait inspiré celui de la paisible colombe.