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CHAPITRE XIV

Pèlerinages.

Dès l'instant où la Divinité et les Génies furent associés à la matière , ils devinrent des puissances ■locales j leurs facultés , quoique universelles , furent censées n'avoir d'effet que dans le canton qui leur était particulièrement consacré. De toutes parts les idoles attiraient les peuples; ils venaient les invoquer avec autant de confiance , que si elles eussent été les Dieux mêmes dont elles tenaient h place. Les campagnes des Gaulois étaient-elles désolées par une longue sécheresse , ils plongeaient

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dans une rivière la pierre qui représentait le Génie de la terre, et la promenaient ensuite parles champs. Les Romains avaient des rites semblables ; et, dans une conjoncture où le salut de la patrie se trouva compromis, ils envoyèrent, en Phrygie, chercher Pidole de la mère des Dieux, qui n'était autre chose qu'une pierre brute et informe. Cependant, de l'endroit où reposaient les simulacres , la Divinité en prenait des surnoms , tels que ceux d'Olympien , de Capitolin, que Jupiter tira du mont Olympe et du Capitole, où il était plus particulièrement

révéré.

Mais aucun peuple ne créa un aussi grand nombre de ces Divinités locales que les Gaulois ; il n y avait pas un recoin de la Gaule qui ne fût consacré, pas une bourgade qui n'eût un Génie tutélaire. Entre les pèlerinages les plus célèbres on remarque surtout celui qui se faisait à un bois du pays Chartrain , où, d'une extrémité à l'autre des Gaules, la nation se rendait tous les ans. C'était , au reste, la même chose par tout le monde. Les Arabes allaient sur une colline adorer leur principale Divinité; et dans la vallée de Muna , qui était au pied , ils jetaient des pierres au démon : les Grecs se réunissaient à Delphes pour y fêter Apollon , qui n'était alors que le tronc d'un chêne. Les Indiens , plus superstitieux que tous leurs voisins , traversent encore des déserts immenses pour aller en Sibérie

invoquer nnç Divinité secourable. Comme ces pèlerinages étaient souvent proches les uns des autres , la jalousie suscitait des querelles violentes, et Ton finissait quelquefois par se battre pour en soutenir la prééminence. Les artisans avaient , selon leur profession , un Génie protecteur , et chaque métier voulait de même que le sien eût l'avantage. Les Gaulois cherchaient leurs patrons dans les Duses; les Romains, parmi les Pans et les Sylvains. Les villages , les forêts , les fontaines , les montagnes , les Hes , furent mis aussi sous la protection spéciale d'un Génie , auquel on accordait une vertu particulière. Tantôt il fallait gravir au sommet d'une montagne pour obtenir la santé, et tantôt la chercher dans une fontaine. Tous les ans le pays se rassemblait pour fêter son patron , et en faire une nouvelle dédicace. Telle est l'origine des pèlerinages : on avait dédié un lieu à certain Génie , c'était là seulement qu'il opérait ; et d'aussi loin que sa réputation put s'étendre , on vint le consulter , lui demander l'allégement de ses infirmités , ou la réussite d'une entreprise.

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