‹ De l'esprit des religionsChapitre 54 sur 222 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Le Droit civil des premiers temps en contradiction manifeste

avec le système de fatalité.

Le signe céleste qui présidait à la naissance de l'homme, un phénomène qu'on observait en ce moment, fixaient d'une manière irrévocable les destinées de sa vie. Elle n'était plus que l'accomplissement des oracles , et il eût été aussi difficile d'en changer les évènemens que le cours même des astres. Telle était l'aveugle confiance de ce temps , qu'on ne s'en prit jamais qu'au destin des accidens les plus fâcheux. Cependant la religion prévint toujours les conséquences que l'on pouvait tirer d'un pareil système, et la morale , qui eût dû paraître inutile à des êtres dont le sort était déjà décidé , força constamment l'erreur à rester en principe. On peut dire plus , on peut dire qu'il existait des coutumes absolument contraires aux idées de prédestination ; et , entre autres, ce qu'on appelait alors Jugement de Dieu , n'était que le résultat d'actes particuliers de la Providence , et de lois indépendantes du destin.

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Cette espèce de forme juridique pourrait même être considérée comme ayant péché par un excès contraire à celui de la fatalité , en faisant trop souvent intervenir les lumières du Ciel, où celles des hommes suffisaient. Leur témoignage , la sagesse des juges, n'avaient pflpt assez de force pour confondre le mensonge , et faire briller la vérité ; | de deux personnes qui élevaient des prétentions contraires , il fallait qu'il y en eût une qui établit son droit par la protection signalée de Dieu. Les [ parties étaient contraintes à porter un fer rouge dans la main , à traverser un brasier ardent , ou à recevoir sur la poitrine de l'étain fondu; de sorte : qu'on était convaincu que le feu perdait son action [ destructive en faveur de celui qui avait la justice | de son côté. Chaque arrêt ne se fondait que sur un i miracle ; c'est pour cela , sans doute , qu'on les aura appelés Jugemens de Dieu.

Ces épreuves furent, non-seulement en usage chez les Germains et les Gaulois, mais encore parmi les Parses , les Malabares , et presque dans tout TOrient. Les Occidentaux y ajoutèrent les combats judiciaires , qui n'exigeaient pas une œuvre moins importante de la Divinité : en effet , si la nature bravait merveilleusement l'activité d'une flamme dévorante , et la fusion , plus cruelle , des métaux , le prodige n'était pas moindre lorsque la vérité , soutenue par un champion faible et timide,

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parvenait à terrasser un adroit et vigoureux imposteur. Comme pour les héros d'Homère , les Dieux savaient fasciner à propos les yeux d'un ennemi injuste , diriger le trait qu'on lançait, et porter même , s'il était nécessaire , des coups invisibles. Lors donc que , par principe , les hommes n'ad- ' mettaient nulle puissance capable de varier la destinée, ils furent obligés néanmoins , pour le trioro* phe de la vertu, de supposer une Providence occupée de détails contentieux , qui changeât à tout instant des lois essentiellement immuables.

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