‹ De l'esprit des religionsChapitre 56 sur 222 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Premiers changemens.

La vie pastorale ne subsistait plus que parmi quelques hordes du désert ; les nations, après une longue agitation , essayaient enfin de se fixer ; chaque peuple adoptait une patrie; et les hommes, abandonnant les trous et les cavernes qui leur avaient passagèrement servi de retraite, construisirent des maisons, élevèrent des bourgs , des cités, A peine eurent-ils fait ce premier pas , qu'ils virent avec honte les autels et les simulacres de leurs Dieux , encore épars dans les forêts , ou exposés sur le sommet des montagnes à la fureur des vents

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t des tempêtes. On avait été obligé plus d'une fois le rallumer les feux sacrés , ils ne brûlaient que >ar un temps calme et serein: il n'en fallut pas lavantage pour engager les hommes à faire leurs célébrations sous un toit protecteur.

Cependant ils ne voulurent point abandonner ces lieux où la Divinité avait reçu , depuis tant de siècles, des vœux et des oblations ; les temples furent bâtis dans les bois , au haut des rochers , près des rivières auxquelles on rendait un culte. On ne cessa pas pour cela d'honorer les fontaines , ni les fleuves , ni les arbres ; mais les temples devinrent l'asile particulier de la Divinité , les prêtres en firent leur demeure; ils y portèrent avec eux les symboles du culte , ces pierres informes qui représentaient la Divinité , et ces arbres desséchés dont on n'avait jusqu'alors osé s'approcher. Les Egyptiens et les Grecs ont été les premiers à ériger de ces pieux monumens ; Plutarque parle même d'un cèdre révéré , qui avait crû sur le tombeau cPOsiris , et qui dans la suite servit à former une des colonnes du temple d'Isis.

Les peuples de la Gaule et de la Germanie s'obstinèrent à n'en point bâtir ; ils pensaient que c'était attenter à la liberté des' Dieux que de les environner d'un sanctuaire ; et en conséquence , dans leurs expéditions , ils détruisirent tous les emples qu'ils rencontraient. Cicéron et Lucain ,

grands détracteurs des Gaulois, croient par prétendues profanations prouver leur athéisme! mais on voit, au contraire, que c'était un aveugle pour la Divinité , qui les faisait agir , qu'ils différaient seulement des Romains à l'égai du culte.

Ces fiers ennemis des édifices sacrés finir* par en ériger eux-mêmes de très -considérable Nous savons qu'il en existait plusieurs dans le pi Chartrain ; on visite encore 9 avec intérêt 9 le pie de la Daurade 9 élevé à Toulouse 9 près fameux lac , et celui de Montmorillon , en Poiti Les Hébreux , qui avaient long- temps campe, des tentes, qui ne dressaient d'autels que dans 1 champs , et sur les collines , bâtirent le plus m*-] gnifique temple de l'univers ; ils y déposèrent YAtA che fugitive, et Ton alluma devant elle un feu qui] dura jusqu'à l'instant où Sion fut ensevelie sous ses] propres ruines.

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