‹ De l'esprit des religionsChapitre 60 sur 222 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Droit d'asile.

Comme on pensait que la Divinité habitait datos les temples avec ses images , ils attirèrent toute la vénération du peuple , et bientôt on ne porta ses pas dans le sanctuaire qu*avec frayeur. Mais t& respects , si justes pour la suprême puissance, ddAnèrent précisément occasion au plus grand des abus '. Les criminels, que leur propre mouvement

1 Avant la construction des temples , il eiistait déjà des toi» de refug*.

DKS RELIGIONS. 101

eût dû entraîner loin des lieux où résidait l'essence de toute justice , eurent cependant la témérité de pénétrer dans les temples pour se soustraire à la vengeance des hommes , et ils y trouvèrent un refuge inviolable. Là, par un zèle insensé, par une crainte puérile et extravagante , la justice humaine leur accorda protection contre elle-même. Lorsque dans les Gaules on construisit des temples , ils devinrent le repaire des assassins ; chez les Romains , c'était aussi pour eux une retraite assurée ; et parmi les Grecs, la crainte superstitieuse de troubler le séjour des Dieux fut poussée si loin , que le peuple n'assistait qu'avec difficulté à la célébration des mystères , tant le nombre des criminels était prodigieux.

Si ces hommes habitués au crime eussent pu changer de mœurs et embrasser une autre vie , sans doute la demeure silencieuse et imposante des sanctuaires , l'aspect continuel d'un tabernacle dV>ù présidait la justice éternelle , eussent été de puissans motifs pour les ramener à la vertu : mais toujours enclins au mal , et de plus profanateurs des lieux sacrés , ils ajoutaient un nouveau crime à tous les autres ; et la société , fatiguée de la vue insupportable de scélérats mis sous la protection des Dieux , fut encore privée de l'heureux effet de ses lob. Leur but étant bien moins de punir le crime, en vengeant l'innocence, que d'effrayer

pour Ta venir , on sent parfaitement qu'alors que le coupable fut assuré d'un refuge , elles cessèrent <Fétre un frein , et perdirent la plus belle portion de leur empire.

Page 1