CHAPITRE VIII
Établissement de la Religion grecque dans les Gaules.
On ne sait pas précisément l'époque où les dogmes de la Grèce passèrent dans, les Gaules; au reste, il paraît certain qu'avant la conquête de
Jules-César, il n'y avait que les pays frontières de l'Empire romain qui rendissent un culte à Jupiter. L'intérieur de la Gaule , où nul étranger n'avait encore pénétré, au récit même des historiens, ado- \ rait Esus, et célébrait ses mystères. César, qui parcourait bien moins en philosophe les nouvelles provinces, que comme le maître du inonde, quand il rapporte dans ses Commentaires que Jupiter , Apollon, Diane, Mercure, tenaient le premier rang parmi les Divinités gauloises , ne mérite non plus de confiance qu'Hérodote, lorsqu'il veut prouver l'identité entre le Dieu fort des Juifs et Jupiter. Un défaut commun à toutes les sectes a toujours été de prétendre retrouver chez les autres leur propre Dieu : on en a déjà dit la cause ; tous les peuples ayant les mêmes idées de la Divinité, quand il ne s'agit plus que du nom, celui du vainqueur prévalut. C'est la foi romaine, qui ne l'emporta sur la foi punique que par le sort des armes. Si les Gaulois se fussent emparés du Capitole , nul doute qu'ils n'eussent fait adorer Esus dans Jupiter capitolin; Rome, au contraire , imposa la loi , et Esus fut converti en Jupiter. Il en est de même du Dieu sans nom des Samaritains , dont Antiochus Epiphanes fit , de son autorité privée , un Jupiter grec.
Jusque-là les Divinités gauloises n'avaient donc de ressemblance avec celles des Romains que
parce qu'elles représentaient les mêmes qualités : la suprême puissance était dévolue à Esus dans la Gaule, ainsi qu'à Jupiter dans la Grèce; là, les esprits du Soleil et de la Lune étaient Bélénus et Bensozia : ici , Apollon et Diane. Les Romains , s'obstinant néanmoins à ne reconnaître dans la religion du peuple vaincu, que l'expression de leur propre système, laissèrent dans les temples l'idole d'Ems* afin qu'elle y tînt lieu de celle qu'on adorait au Capitole , et se contentèrent de substituer le nom de Mercure à celui de Teutatès. Les Velus, ou Duses t devinrent des Sylvains et des Satyres"; et Ces vieux chênes , vénérés depuis des siècles , ctibraie l'arbre d'Esus , furent de nouveau consacrés à Jupiter. Le peuple, de son côté, se mettait peu e» peine des noms; ne voyant toujours qu'une même puissance, il continua de lui rendre le même culte. Le gui servit encore à couronner l'idole de Jupiter; on ne cessa, point de brûler des cierges devant le chêne qu'on venait de lui dédier; les pèlerinages enfin se renouvelèrent au temple d'Apollon et de Mercure , qui avaient cependant été élevés , dans l'origine , à Bélénus et à Teut.
io6 de l'esprit