CHAPITRE XII
Traces du Paganisme dans le Christianisme d'Occident.
Lorsque dans la Gaule les premiers Apôtres eurent abattu ces vieux chênes qu'on révérait comme les simulacres de Jupiter ; lorsque les temples furent débarrassés des idoles , et convertis en autant dVglises chrétiennes , le peuple n'ayant phis qu'à changer de quelques idées accessoires à l'égard de la Divinité , se soumit à tout ce qu'on voulut lui prescrire, et invoqua le nouveau Dieu d'aussi bonne foi , et avec autant de ferveur. Les Romains avaient d'abord changé les Divinités gauloises ; et la religion changeant encore une fois , les mêmes édifices qui avaient été employés au culte d'Esus et de Jupiter, servirent enfin à la célébration des saints mystères. '
La substitution des dogmes fut facile ; mais les pratiques de l'ancien culte des Druides , avec celles qu'introduisirent ensuite les Romains, ne purent être entièrement abolies , et se glissèrent parmi les
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rites chrétiens. Les Gaulois qui , dans des conjonctures hasardeuses, allumaient un flambeau devant les arbres consacres , portèrent cette coutume dans le christianisme ; et maintenant encore on brûle , avec la même dévotion , des cierges dans nos chapelles , aux pieds des Saints ou de la Vierge. Les peuples de l'Occident étaient , on le sait , plus que tous les autres adonnés à l'ivrognerie, si bien que quand ils célébraient leurs mystères , ils tenaient ordinairement un banquet dans le lieu des sacrifices , et buvaient à la gloire des Dieux et des Génies. Lorsque la religion chrétienne s'établit, elle ne put empêcher que ces festins sacrés ne se renouvelassent dans les églises ; au lieu de boire aux Divinités païennes , on but à Jésus-Ch rist , aux Anges et aux Saints. Dans toute la Celtique, c'était l'usage de porter sur soi des herbes , des grains d'ambre et certains petits cailloux qu'on regardait comme un préservatif merveilleux. L'Église, pour répondre aux vœux du peuple, donna sa bénédiction à ces amulettes , et en distribua de nouvelles, qui furent consacrées selon le rite chrétien * : ce qu'on peut regarder comme la source
* Lorsqu'on sera obsédé du Démon , dit saint Éloi , qu'on porte sur soi des herbes ou des pierres, pourvu qu'elles ne soient point charmées , qu'on porte aussi l'Oraison dominicale et le Symbole , pendus ou liés à son cou.
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des scapulaires et autres colliers auxquels on attribue des propriétés particulières.
Il est aussi des rites païens que les fidèles ont appliqués à leurs fêtes : telle est la coutume d'allumer , la vigile de Saint-Jean , un bûcher devant les principales églises. Ce feu, connu sous le nom de feu Saint-Jean , est un reste du paganisme : c'était la manière de célébrer le solstice ' ; et ainsi des fêtes du Carnaval qui se solennisent , comme au temps de la plus insigne idolâtrie , par des déguisemensetdes débauches épouvantables. L'Eglise les défendit dans les premiers siècles , parce que c'était en l'honneur de Mithras qu'on se travestissait d'une manière si bizarre ' : maintenant que l'objet de ces réjouissances n'a plus rien d'idolâtre , elle a encore raison de les proscrire, par cela seul qu'elles sont contraires aux mœurs.
' Saint Éloi.
* Saint Césaire et saint Eloi.
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