CHAPITRE XIV
Du Duel et des Épreuves.
Le duel , dans le sens où il avait lieu , était une véritable épreuve. On discutait ses intérêts les armes à la main ; la sentence du juge était de droit en faveur du vainqueur. Aussi > sous ce rapport f donnait-on aux combats singuliers , comme aux épreuves du fer rouge ou de Peau bouillante , le nom de jugement de Dieu. Cependant les habitans de la Gaule et de la Germanie , et ces peuples qui s'étendent plus au Nord , lorsqu'ils changèrent dé religion, retinrent toujours cette même ardeur qu'ils avaient pour les combats judiciaires. Les prêtres , qui au commencement disputaient euxmêmes de cette manière les emplois ecclésiastiques , quand ils ne se battirent plus en personne , se firent remplacer par des champions. La différence qu'il y avait entre le duel des Chrétiens et celui des Gentils ne consistait qu'en certaines pra-
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tiques religieuses que Ton y joignit Les armes des deux combattons étaient bénies ; ils recevaient l'absolution avant de commencer le combat. Les confesseurs y assistaient , ayant à côté d'eux un cercueil recouvert d'un drap noir , prêts à rendre les derniers devoirs à celui qui succomberait Charlemagne donna aussi une nouvelle formule pour les autres épreuves. On s'y préparait par le jeûne , la prière et la communion ; elles devaient avoir lieu dans les églises. On ne faisait subir celle du fer rouge qu'après qu'il avait été béni par le prêtre. Les ecclésiastiques y furent long-temps soumis , et même ils les pratiquèrent volontairement devant les Païens pour leur témoigner la vérité des dogmes qu'ils annonçaient. Plusieurs évéques , et entre autres celui d'Autun , nommé Simplicité , marchèrent sur des brasiers ardens. Ces miracles n'étaient au fond que de simples preuves judiciaires du temps ; ils ne pouvaient être pris pour des prodiges particuliers au christianisme , par ceux qui , chaque jour , rendaient leurs jugemens sur de semblables témoignages.
Mais à ces épreuves les Chrétiens en ajoutèrent de leur propre invention , telles que celles de la croix , du pain et du fromage bénis , et de l'Eucharistie, qu'on donnait à manger à ceux qui étaient soupçonnés d'un grand crime. Cette "derpièrp épreuve était plus spécialement réservée
mx prêtres , qui , par les canons du concile de Tribur, sont déclarés, à cause de la puissance qu'ils ont de faire le corps et le sang de Jésus-Christ , ne pouvoir être astreints à prêter aucun serment. Or, tandis qu'on leur donnait cette marque d'estime particulière, on avilissait le corps de Jésus-Christ, an point de faire prononcer une formule par la* quelle celui qui le recevait, consentait qu'il lui servit de poison , s'il déguisait la vérité.