CHAPITRE XV
Des Sorts.
Les sorts formaient un autre genre d'épreuves , moins terribles , à la vérité , que celles qui se faisaient par les armes et le feu , mais dont les résultats étaient toujours les mêmes. Chez les Thraces , c'était selon la disposition de plusieurs cailloux , jetés au hasard comme les dés , qu'on décidait les affaires. Dans la Germanie , on avait recours à de jeunes branches d'arbres fruitiers ' , sur lesquelles
1 Tacite. Des Mœurs des Germains.
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on traçait différons caractères. Les Gaulois employaient la verveine. Bien que ces épreuves fussent admises en justice , cependant elles faisaient plus spécialement partie des divinations particulières. Les Chrétiens , en les perpétuant , n'y firent d'autres changemens que de substituer la croix aux figures païennes qu'on représentait sur les pierres et les baguettes divinatoires : au surplus , on leur attribua toujours la même vertu.
Il y avait , en outre , les sorts qu'on pratiquait par le moyen des livres , et qui n'étaient pas moins en réputation que les autres : il ne s'agissait que d'interpréter le premier passage sur lequel on tombait. Les Romains consultaient ainsi Virgile et Horace; les Grecs, Homère '. On remplaça les livres profanes par l'Evangile , et cette divination en prit le nom de sorts des ^pâtres. Du reste , ils étaient tellement dans l'esprit du siècle que saint Augustin ' , sur le point de se convertir , dans un de ces pénibles instans d'irrésolution où la volonté se défend encore , ouvrit les Epîtres de saint Paul , et fut aussitôt déterminé par quelques mots qui avaient merveilleusement trait à la situation de son ame.
1 Les Juifs tiraient aussi des augures des livres saints, au moyen de leurs cabales , appelées Gemalria et Notarikon.
' Voyez ses Confessions.
DES RELIGIONS. l3g