‹ De l'esprit des religionsChapitre 81 sur 222 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

NouTeaux Sacrifices humains.

Sans doute on ne peut trop s'étonner de retrouver dans le christianisme ces abominables offrandes que faisaient à leurs Dieux les anciens peuples de l'Occident ; on ne s'imaginera point qu'une religion si sublime Y qui n'exige de l'homme que le sacrifice dé ses penchans , et dont l'unique objet est d'assurer son bonheur, ait enseigné en même temps aux humains qu'il était un Dieu qui se repaissait de leur sang. N'est-ce pas elle , au contraire , qui , la première , en a arrêté l'effusion dans le monde , et s'est mise au devant de tous les glaives? Non, jamais la religion chrétienne ne prescrivit une telle offrande ; elle est toute de paix et d'amour, ce sont les affections de l'homme

qu'elle lui demande et non sa vie. Mais le culte des Druides n'était point encore éteint : semblable à un fantôme effrayant, il sortit de sa tombe et se présenta aux prêtres de la nouvelle doctrine pour leur servir de modèle. De ses traits mal effacés ils

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»e hâtent de conserver F empreinte ; ils rappellent Le. cruel génie qui l'avait jadis guidé ; et Ton vit alors le monstre rajeuni commander avec plus d'orgueil encore de nouveaux forfaits , des assassinats sans nombre. Les Romains étaient parvenus à faire substituer des simulacres d'osier aux hommes véritables que les peuples de l'Ombrie précipitaient dans le Tibre. Lycurgue fit tant , enfin , que ceux de Lacédémone , au lieu de ces jeunes victimes qu'ils égorgeaient sur les autels de la Diane Orthosia , consentirent à fouetter seulement des en- Fans devant ses statues. Le christianisme n'eut point assez de force ou ne fut point assez bien compris pour empêcher que , sous la loi de grâce qu'il annonçait , la superstition ne moissonnât encore dans ses propres rangs.

L'inquisition s'établit premièrement en France ; mais la nation était déjà trop civilisée pour que cet odieux tribunal y jetât de profondes racines ; et- après avoir consommé la ruine des Albigeois j il disparut pour toujours. De toutes les nations Celles , c'était , au rapport des anciens auteurs , les Ibères qui habitent au-delà des Pyrénées, qui étaient les plus cruels et les plus superstitieux. Jamais les Druides de la Gaule n'avaient aussi souvent rougi la pierre des sacrifices; jamais, à la fois , ils n'avaient immolé une si grande quantité de victimes. On voyait dans les bocages quelques

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