CHAPITRE XVIII
Plusieurs autres coutumes du Paganisme , qui ont été
généralement maintenues.
La plupart des institutions des Païens partaient d'un faux principe, et malgré cela, les premiers Chrétiens s'obstinèrent à les maintenir. Ainsi , tandis qu'on dévouait à la Divinité des victimes humaines , par un excès de dévotion contraire , on regardait les temples comme inviolables, et Ton souffrait qu'ils devinssent le repaire des criminels. Nonseulement les Chrétiens consacrèrent les églises au double usage d'asile ; mais ils désignèrent , en outre , plusieurs bàtimens de leur dépendance , où Ton jouissait aussi des droits d'immunité. Il y avait à l'entour des jardins spacieux et de très-belles cours qui servaient de limite au refuge.
S'il était encore des sectateurs de Jupiter , quelle différence trouveraient-ils entre les statues qui décorent les églises et les idoles de leurs propres.,
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temples ? Par toute la terre on avait fait servir la figure des astres à F ornement des Génies ; le disque de la Lune et la chevelure radieuse du Soleil surmontaient la tête de toutes les Divinités païennes : chez les Chrétiens , l'auréole et le Soleil parent encore la tête des Saints 7 des Anges et de Dieu ; ce sont même les signes essentiels qui distinguent leurs images des peintures profanes. Il est si vrai que c'est dans un soleil qu'on a l'intention d'offrir le corps de Jésus-Christ à l'adoration des fidèles, qu'on donne assez indifféremment , en terme de liturgie , le nom de Soleil au Sacrement ; à peu près de même que les Anciens disaient qu'Apollon était le Soleil, parce qu'il était représenté avec des rayons autour delà tête. Le triangle qui, dans toutes les églises , représente l'essence divine , exprimait les mêmes idées chez les Païens. Toutefois, ce simulacre ne pouvait exister que chez des peuples qui avaient déjà fait des progrès dans les sciences; au lieu que comme le Ciel expose à la face du monde les deux mêmes types , flambeaux du jour et de la nuit, ils ont été et sont encore d'un usage universel.
Enfin , les besoins étant les mêmes pour tous les hommes, on s'est par tout adressé au Ciel pour obtenir d'abondantes moissons , un temps favorable aux fruits et aux pâturages. C'était le motif qui faisait que chaque année on portait l'idole
d'Ammon à travers les déserts de la Thébaïde, et r dans la campagne de Rome, la pierre qui représentait CybeL : c'est dans le même dessein que les Chrétiens 01 1 institué la fête des Rogations , et qu'ils promènent solennellement, dans les années de sécheresse , les châsses des Saints. A ces coutumes on peut joindre les pèlerinages , moyen sûr de tout temps pour attirer l'argent des voyageurs, et qui encore aujourd'hui produisent des rétributions aux églises, par les mystères que le pèlerin y fait célébrer , ou par les évangiles qu'il fait dire. Ce fut sur la cime des monts et dans la solitude des forêts que les premiers humains adressèrent leurs hommages à la Divinité ; ce fut là que les Païens bâtirent leurs premiers temples , les Chrétiens leurs premières chapelles : et présentement encore , les pèlerinages les plus renommés se font au milieu d'un bois , ou sur le haut d'une montagne , qui porte elle-même le nom du saint qu'on y révère.
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