CHAPITRE III
' Erreur de Montesquieu , et pourquoi il l'a commise.
Montesquieu n'a vu dans la diversité de climats un obstacle à la vraie religion , que parce qu'il a confondu ensemble les dogmes et les pratiques du culte , les préceptes de morale et les prohibitions de discipline. Lors donc qu'il prétend justifier l'obstination de Montezuma à soutenir que la religion des Espagnols était bonne pour leur pays, et celle du Mexique pour le sien l , il se trompe vi-
1 Esprit des Lois , liv. XXIV, chap. a4*
siblement. Si la religion chrétienne n'a d'universel que ses dogmes , el que sa discipline ne prescrire qne ce qui s'accorde avec le climat, il est clair qu'on ne peut admettre entre la religion des Espagnols et celle des Américains que des oppositions morales ; et Terreur devient d'autant plus grande qu'il n'est peut-être pas de pays dans l'univers qui eût plus besoin de changer de mœurs que le Nouveau-Monde. Serait-ce parce que la charité chrétienne aurait mis un terme aux cruautés inouies de ces sauvages , qu'on lui ferait un crime de leur conversion ? ou bien s'en prendrait-on à la morale même de leui* avoir appris à détester ces vices abominables et contre nature auxquels ils se livraient sans contrainte , pour les rappeler à un amour légitime ?
Tel a été cependant l'heureux effet de la prédication de l'Evangile en Amérique ! et encore on ose lui envier cette nouvelle conquête, on la regarde comme opposée au droit naturel. Mais la religion eût-elle interdit la polygamie en ces contrées , la débauche et les excès de toute espèce * auxquels se livraient les Américains , prouvent assez qu'il n'y a point à composer avec le mal.