CHAPITRE IV
Que la nature elle-même a mis dans nos sensations un certain équilibre qui rend nulle l'influence du climat.
Quand même il serait vrai que d'une contrée à l'autre l'observance des préceptes de morale fut plus pénible , il n'y a aucun doute que les hommes ne dussent encore s'y soumettre. Mais il n'en est pas ainsi ; la divinité a su si à propos balancer dans l'homme ses sentimens , qu'ils maintiennent également par tout l'univers la puissance du bien et du mal dans un parfait équilibre : celui que de grandes passions agitent est aussi plus propre à la sagesse , et capable d'une plus rare perfection.
{C'est parmi les nations voluptueuses du Levant que l'on pratique les plus grandes austérités , et ces pénitences terribles qui vont quelquefois jusqu'à la folie. Je ne veux point parler des chrétiens du désert , qui n'avaient que Dieu pour témoin des souffrances qu'ils enduraient ; mais admirons tant de moines gentils , Derviches ou Talapoins , dont la vie n'est qu'un long martyre. C'est ici l'Indien
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qui se prive de nourriture pour obtenir de son corps affaibli une extase continuelle. Exposés à toutes les injures du temps, ceux-là font vœu d'avoir les yeux fixés sur le soleil , jusqu'à ce que la mort vienne les leurf fermer ; d'autres , et en grand nombre, toujours nus et les cheveux épars, chargés de chaînes de fer d'un poids énorme, conservent des jours entiers la même posture , et demeurent assez long-temps les bras étendus vers le ciel , pour en perdre tout-à-fait l'usage \ On voit des hommes du peuple se jeter sous les roues du char qui promène l'idole , afin d'y recevoir le martyre ; mais la moindre vertu de ces sectaires e$t une chasteté à toute épreuve \
En Amérique , où l'établissement de la religion chrétienne a été regardé comme un attentat fait à la nature, où la modestie qu'elle enseigne semblait impossible , on retrouve des exemples d'une austérité peut-être plus cruelle encore. Tandis que la plus vile classe du peuple se livrait à la débauche, l'amour de la chasteté avait aussi ses excès: il n'était pas rare de rencontrer des Indiens qui, par
1 Vojage de F. Bernier.
3 II y a des religieux appelés Joghis, dit M. Anquetil du Perron , qui en sont venus au point de n'éprouver aucun trouble des sens , lors même qu'ils se trouvent nus au milieu des femmes qui les servent.
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une opération douloureuse., avaient mis un frein à leur convoitise ?, et transformé leurs désirs en des tourmens affreux.