‹ De l'esprit du subjonctif dans la langue française, ou Analyse logique, grammaticale et philosophique de ce mode, comparé à l'indicatif, etc. Ouvrege indispensable ... Par Charles Appert, professeur de BellesLettres ... Dédiée à l'Académie françaiseChapitre 21 sur 44 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Après le verbe , qui lie et qui affirme les objet» de nos pensées , tout en désignant la forme de chacune d’elles, nous avons encore un mot, ou particule essentielle au discours, dont le propre est de signifier la forme seule de nos jugemens, pour les rappeler à l’esprit , dans l’intention de les joindre ou de les combiner avec d’autres , pour en former le raisonnement. Ce mot essentiel , qui marque également , comme la préposition , les rapports de convenance ou de disconvenance qui existent entre nos idées et nos pensées, s’appelle conjonction.

Parmi les conjonctions qui servent à joindre ou à combiner les différentes propositions entr’ elles , les vingt et une suivantes veulent les

verbes qui s’y rapportent, comme complémens , au Subjonctif , en voici le tableau :

afin

loin

, sans \

au cas

non

(i) quoi J

avant

nonobslant

sinon I

bien

► que pour

^ que si tant est >

en cas'

pour peu

soit |

encore ’

pourvu

supposé 1

jusqu’à ce

posé

prenant J

En effet, ces conjonctions tiennent lieu dans le discours, de mots retranchés, dont le principal objet eût été de manifester à l’esprit des vues particulières, ou abstractions de notre intellect ; ce qui caractérise, essentiellement, l’emploi du Subjonctif dans la proposition subordonnée, c’està-dire, dans la proposition qui sert de complément à ces conjonctions.

(1) C’est à tort que beaucoup de personnes se servent de malgré que, au lieu de quoique , avant les verbes". Le premier est toujours une préposition , et ne prend la conjonction que que dans un seul et même cas, c’est-à-dire , toutes les fois qu’il peut gouverner le verbe avoir, précédé de la préposition en , comme malgré que j'EN eusse-, malgré qu’il en ait, eto. , dans ce cas il gouverne le Subjonctif.

Dans tous les autres cas , malgré n’est jamais suivi de que , ni d’aucnn verbe ; il signifie contre le gré d’une personne , et régit toujours les noms ou pronoms, sans le secours d’aucune aut'e préposition , comme : malgré le mauvais ton de vos lettres , elles me touchent , etc. ( J. 1. Eouss. )

( fio.)

Exemples.

Je veux aller en Italie, avant qu’il fasse chaud.

CeUe glace est toujours sur la commode, afin qu'on fuisse s’eu servir, et la consulter.

Encart que vous soyez malade, et bien que vous le souhaitiez , je ne puis aller vous voir.

Pour peu que la voiture Vous fasse mal, je ferai arrêter mon cocher.

Posé qu'il vous consultât* , que lui conseilleriezvous ?

Débarassez-vous , sans que cela faraisse.

G ell comme s’ il y avait :

Je nTattendrai pas qu’il fasse chaud, pour aller en Italie ?

Avant qu'il, est donc ici pour la proposition négative, je n’ attendrai pas r et nous savons déjà que le sens négatif sous-entend toujours un des verbes nier , vouloir , défkndre , etc. En effet , ne pourrait-on pas dire , pour éviter l’emploi de avant qu’il

Je ne veux pas attendre qu’il fasse chaud, pour aller en Italie.

Les exemples qui suivent peuvent être analysés de la même manière, si l’on conçoit bien ce que nous avons dit au J. XX. Cbap. L"

La proposition subordonnée , pouvant toujours s’inverser à volonté, lorsqu’elle est explicative , peut se placer en tête de la jphrase, comme après. Je verbe qui la régit- Si la proposition subordonnée commence la phrase , et que le verbe, ou le sens de la proposition principale demande le Subjonctif , le verbe régi doit toujours être précédé , suivant la nature de son sujet , d’un des adjectifs pronominaux relatifs quel , quelle , quelque , qui , quoi ou pour , signifiant quelque ; tous ces pronoms sont suivis de la conjonction

QUE (l).

Exemples.

Quel que soit l’homme qui vous oblige, aoye* toujours reconnaissant.

Quelle qui soit votre idée, cachez-la.

(») Il est bon de faire observer, ici, que les deux adjectifs pronominaux quelque que, qiiei, que varient dans leur syntaxe, selon la nature des mots auxquels ils ont rapport.

1. ° Quelque, suivi d’un adjectif, séparé de son substant'f , doit être considéré comme adverbe ; dans ce cas il est invariable.

2. ° Quelque, joint à un substantif, s’accorde en nombre seulement avec ce substantif , c’est-à-dire , qu’il prend un S quand le substantif, masculin ou féminin, auquel il se rapporte , est pluriel.

5.u Quelque, se rapportant à un verbe, représente deux mots (çvez que ) ; dans ce cas quel est un adjectif qui s’accorde toujours en genre et en nombre avec 1e sujet du verbe.

Quelque corrompu que soit le siècle où. nous vivons, le vice n'a pas encore perdu toute sa honte.

Quelle que soit la gloire des grands, elle n'ajoute rien à leur bonheur : l'ambitiou est un abîme où les plus douces e'motions vont s'engloutir.

Qui que vous soyez, on ne vous craint pas , et quoi que vous puissiez dire , on ne vous e'coute pas.

Pour grand ( quelque grand ) que vous soyez, je me crois votre égal, si je passe pour être aussi sage, aussi juste, et aussi prudent que vous.

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