DU VERBE
Le Verbe est une espèce de moT ou moxion de la langue ou de la main , ( soit qu’on parle ou qu’on écrive ) , produite ayec le morif ou dans l’intention formelle, de réveiller ou de manifester à l’esprit des autres, à l’aide de nos facultés physiques qui sont les morrices de celles de parler et d’écrire,, la manière, la couleur et la forme de nos pensées, dont l’objet principal est l’affirmation d’une action , d’une passion , d’un état d’étre ou d’une qualité dans un sujet, tout en considérant les différentes personnes et les différents temps que l’affirmation renferme , par rapport au sujet qui la régit; ce qui donna lieu d'abord à différentes inflexions dans les verbes.
Mais bientôt ces divers modes devinrent insuffisants pour exprimer les nombreux rapports que l’esprit aperçut tout naturellement entre nos idées; et , dès lors , on trouva indispensable de créer de nouvelles inflexions, ou de nouveaux modes d’affirmations pour expliquer plus distinctement les différentes vues ou abstractions de notre intellect, afin de pouvoir le suivre plus sûrement dans ses conquêtes sur la raison ou entendement humain^ Car , comme l’observent très-judicieusement les
immortels écrivains de Port-Royal, on a remarqué, qu’outre les formes simples et affirmatives 11 aime y il aimait , il aima , il pouvait encore y en avoir de subordonnées modificatives et de conditionnelles, comme quoiqiü il aimat* , quand il aimerait . Pour mieux distinguer ces affirmalions , on a doublé les inflexions des memes temps , en faisant servir les unes aux affirmations simples, comme aime , aimait , et réservant les autres pour les affirmations modifiées , comme aimat * , aimerait. Cependant l’usage , qui de tou*s les despotes est peut-être le plus arbitraire, veut qu’on se serve quelquefois des inflexions simples pour signifier des affirmations modifiées, et c’est de ces dernières sortes d’inflexions que les grammairiens ont fait le mode appelé Subjonctif.
De plus, outre, l’affirmation, l’action de notre volonté se peut prendre pour une manière de notre pensée , et nous éprouvons le besoin de faire comprendre ce que nous voulons, tout aussi Lien que ce que nous pensons. Or, nous pouvons vouloir ou désirer une chose de plusieurs manières différentes , dont on en peut considérer et distinguer deux comme les principales.
i.° Nous pouvons vouloir ou désirer des choses qui ne dépendent pas de nous, et alors nous ns
* Tous les mots suivis d’une astérisque prennent un acceut circonflexe sur la dernière syllabe , ytc, etc. ce signe manquait U la typographie française.
les voulons que par un simple souhait, ce qui s’explique ordinairement en Français par la locution plut * à Dieu , exprimée ou sous entendue, comme plut * à Dieu que nous pussions arriver à temps y puissiqn s-nous être heureux aussi long-temps que nous vivrons, sous-entendu plaise à Dieu .
a.0 C’est encore d’une nouvelle manière que nous voulons , lorsque nous nous contentons d’accorder une chose , quoiqu'absolument nous ne la voulussions pas ; comme lorsque nous disons : qu’il p apte , qu’il périsse , qu! elle dépense , etc. on aurait pu inventer une nouvelle inflexion ou forme particulière pour désigner ce mouvement; mais, pour ne pas trop multiplier les formes dans les verbes , on a cru devoir se servir du mode Subjonctif dont le principal objet est d’affirmer toutes les abstractions de notre esprit. Quelques grammairiens profonds ont appelé la forme dont nous venons de parler, Modus potentialis. Les Anglais la désignent, dans toutes leurs grammaires, en l’appelant Potential mood (i). * *
(1) Cependant on ne doit point conclure de ce que nous Tenons de dire , que le Subjonctif français corresponde absolument au potentiel anglais. Ce sont deux modes qui diffèrent totalement, parce que le propre de chacun d'eux est de manifester , outre l'affirmation, les vues et intentions particulières du sujet ou de la pensée elle-même , suivant le génie relatif à chacune des langue* auxquelles ces modes appartiennent.
« The potential mood , dit le célèbre Murray , implies possibi* litiés or Liberty , ppwert will or obligation, That the potential
( io )
Le mode Subjonctifs en français, ne peut-être employé que dans une proposition subordonnée ou dépendante d’un verbe exprimé ou sous-entendu , dont il est toujours le modificatif ou déterminatif. Cette définition est exacte, et constitue essentiellement le propre de ce mode dont les formes sont les suivantes , en prenant le verbe aimer pour exemple : que j’ aime , que jaie aimé , que j’ aimasse , que j'eusse AIMÉ.
i.° Que j’aime , peut exprimer la passion d’aimer coïncidente avec le moment de la parole, et bien encore la meme passion postérieure au meme moment , c’est-à-dire , dans l’avenir. Le
mood should be separated front the subjunctivc , is évident, front the intricacy and confusion ivhich are produced by their being blanded toge the r , and front the distinct nature of the two mouds the former of which may be expressed urithout any doubt , condition , supposition , etc. »
Certes , le Subjouctif français ne saurait exprimer les differente* abstractions dont nous venons de parler ; ces vues, qui sont particulières au génie de la langue anglaise, et qu’on trouve renfermées dans les signes may , can , ivould , should , etc., n’ont pas même été aperçues par nos meilleurs classiques, et dès lors ne sauraient exister dans notre langue. Le lieu , le temps , les circonstances , le climat, exercent une grande influence sur nos facultés physiques, comme sur nos facultés intellectuelles; ce sont eux qui en disposent, à leur gré , tous les ressorts qui les dirigent, qui les développent, et eufin forment le prisme à travers lequel nous percevons les différents rapports de nos idées. Nous pouvons dire avec Pascal: « rien de juste ou d’injuate qui ne change de nature et de qualité en changeant de climat ». J£t de là nous conclurons avec Dumarsak que les vrais principes d’une langue doivent se tirer de cette langue même.
Subjonctif présent peut donc aussi tenir lieu de futur? oui; et aux questions, V aime-t-il? t aimera-t-il? on répondra également bien, je ne crois pas qu’ il l’aime .
2. ° Le Prétérit que f aie aimé, peut signifier tout à la fois l’action d’aimer dans un sujet qui parle , antérieur au moment où il parle , et cette meme action postérieure au même instant. Dans le premier cas il a fallu que j’ aie aime; dans le second il ne croira pas que j’ A ie aimé .