‹ De l'esprit et de la vie de sacrifice dans l'etat religieuxChapitre 12 sur 115 · LE RELIGIEUX EST LUI-MEME LE PRÊTRE DE SON SACRIFICE · texte numérisé non relu

LE RELIGIEUX EST LUI-MEME LE PRÊTRE DE SON SACRIFICE

11 est doDC manifeste que tout Religieux est victime, et Tictirae spéciale, o'est-à-dii'e qu'il l'est non seulement comme doit 1 être tout chrétien en vertu de la grâce de son baptême, mais avec des dispositions particulières de zèle pour la gloire de Dieu et pour sa perfection personnelle. Ce point de vue, cette manière d'envisager la vie religieuse a occupé tous les auteurs qui ont traité de l'excelleuce de ce saint état. Bourdaloue insiste sur cette considération au point de dire qu'il ne croit pas qu'aucun autre ^< nous donne de la profession des vœux une idée plus naturelle et plus propre. » Pour lui l'état religieux est avant tout et par-dessus tout un état d'hostie, et la profession sainte qui fixe dans cet état, un vrai sacrifice, dont il faut admirer l'excellence. Ecoutons-le: « Vœux de religion ou Sacrifice religieux. Sacrifice religieux, comment ? En deux manières dont l'alliance est

tions, etc., ï cet égard , ces citations nous ont paru inutiles ; secondement , parce qu'en nous déleriniuanl à citer ces textes précieux , nous n'aurions pas voulu passer sous .silence même un seul Institut , à raison du respect et-do l'esliine fue nous avons pour tous. Mais com.iicnt arriver à connaître le? Règles , Constitutions et Directoires de tous les Instituts qui soûl dans l'Eglise 1 Nous aurioUf éonc été oécessairemeat eu défaut*

remarqimble. En premier lieu, parce que dans ce Sacrifice c'est le Religieux qui, lui-même et en personne, fait la fonction de Sacrificateur et de Prêtre. Et en second lieu, parce que, dans ce Sacrifice, c'est le Religieux qui, lui-même t^t en personne, tient la place d'hostie et de victime. Le Religieux, dang la profession des vœux, est Prêtre et Victime tout ensemble, Prêtre qui offre et Victime qui est offerte : Prêtre qui offre et qui, par cette oblation et ce sacrifice, s'engage à Dieu solennellement et authentiquement ; Victime qui est offerte et qui, en conséquence de cette oblation et de ce sacrifice, appartient désormais à Dieu spécialement et totalement. Deux rapports sous lesquels toute âme religieuse peut se considérer, deux vues qui doivent lui servir de règle dans la conduite de toute sa vie, et qui, l'une et l'autre, ont de quoi lui fournir sur son état des réflexions très édifiantes et de très salutaires instructions.

« C'est le Religieux qui, lui-même et en personne, dans la profession de ses vœux , fait la fonction de sacrificateur et de Prêtre; pourquoi? Parce que c'est lui-même qui s'oblige, lui-même qui se voue, lui-même qui se donne, lui-même, en un mot, qui s'immole et se sacrifie. Dieu est présent à ce sacrifice pour l'agréer, le ministre député de l'Eglise y assiste pour l'accepter, le peuple fidèle en est spectateur pour ea rendre témoignage et pour le vérifier; mais celui qui le fait, c'est le Religieux même, et nul pour lui ne peut le faire \ *

Ainsi parle le célèbre Jésuite. Suivons sa pensée et considérons successivement ces deux vérités ; le Religieux est le prêtre et la victime de son sacrifice.

1 Buurilaloue, de l'Etat relif/icux. Vœux de religion el Sacriûc« religieux.

Le Religieux est lui-même le prêtre de son sacrifice.

Il faut d'abord savoir que cette qualité, comme celle de victime, est fondée sur la 'çrâce même de notre Baptême. En effet, dans ce sacrement no.\s n'avons pas reçu seulement un esprit d'hostie, mais encore ua esprit de sacrificature. Par le premier, nous sommes consaci-és et voués à Dieu en qualité de victimes perpétuelles devant sa Majesté adorable, et nous recevons des dispositions surnaturelles infuses qui répondent aux obligations de cet état d'hostie. Parle second, notre volonté, aidée de la grâce divine, reconnaît la vérité de cet état d'hostie, comme nous étant propre et essentiel, aime sincèrement les obligations qui y sont attachées, et fait exactement les actes surnaturels qui sont l'accomplissement des devoirs que ce même état d'-hoslie nous impose.

Voilà donc le double esprit que nous avons reçu au saint Baptême. C'est l'esprit même de Jésus-Christ qui a été, lui aussi, à la fois le Prêtre et la Victime de son Sacrifice.

C'est pour cela que saint Pierre , s'adressant à tous les chrétiens, leur dit : « Vous êtes un sacerdoce royal pour offrir à Dieu des sacrifices spirituels qui lui soient agréables par Jésus-Christ ^. » Ces sacrifices spirituels sont tous les actes que nous faisons pour rendre à Dieu les devoirs qu'il mérite , suivant cette parole de saint Augustin : « Toute œuvre que jous faisons pour nous unir à Dieu d'une union sainte et que nous rapportons à ce souverain Bien , source de toute félicité, est un vrai sacrifice ^. »

Ainsi, en vertu de notre Baptême, nous sommes tous véritablement prêtres. C'est ce qui fait dire à saint Jérôme que

* 1 Pelr., n, 5.-3 Cic. Dei, lib. X, cap. M (Patrol. lat.. t. XLI, col. -283).

ce sacrement est la Prêtrise des laïques. Mais il n'est pas nécessaire d'ajouter que, si nous avons reçu cet honneur, ce n'est pas pour avoir le droit d'offrir en sacrifice, dans l'Eglise de Dieu , la grande et véritablement unique Victime du monde, Notre-Seigneur Jésds-Christ. Le dire serait une hérésie, cet honneur n'étant réservé qu'a ceux qui ont reçu l'ordination sacerdotale. Mais nous sommes prêtres, en ce sens que, par notre correspondance à la grâce de notre Baptême, nous nous sacrifions sans cesse nous-mêmes à la gloire de Dieu , immolant nos passions déréglées par une mortification continuelle, et nous consumant volontairement dans le feu d'une charité toujours croissante.

C'est le Sacerdoce mystique que glorifiait l'illustre évêque de Ravenne , saint Pierre Chrysologue , par ces éloquentes paroles :

« Saint Paul s'adresse à tous et il nous dit ; « Je vous

> supplie, par la miséricorde de Dieu, de faire de vos corps

> une hostie vivante, sainte et agréable à Dieu. » Saint Paul, en suppliant ainsi tous les hommes, les élève tous (en quelque sorte) à la dignité sacerdotale. Je vous supplie, dit-il, de faire de vos corps une hostie vivante. 0 exercice inouï du pontificat chrétien ! Voilà donc que l'homme est à la fois pour lui-même victime et prêtre ! Il n'offre donc plus à Dieu, comme autrefois, une victime qui lui soit étrangère. C'est lui, c'est lui-même , et tout ce qui est en lui-même qu'il sacrifie; et de cette manière il est véritablement à lui seul et la victime qui est immolée et le sacrificateur qui l'immole. Soyez donc véritablement, ô homme ! le sacrifice de Dieu et son prêtre, et gardez-vous bien de perdre jamais le rang et de négliger l'honneur que la divine autorité vous accorde.

MOTIFS ET EXCEUENCE 23

Mais prenez les insignes du sacerdoce et oiïrez votre sacrifice. Mettez sur vous l'étole de la sainteté; mettez sur vos reins la ceinture de la chasteté. Que le Christ lui-même soit le voile de votre tête, et sa croix votre sauvegarde. Prenez l'encensoir de la prière, prenez le glaive de l'esprit, et allez! Votre propre cœur est l'autel. Offrez ainsi à Dieu en toute confiance le sacrifice de vous-même *. »

Ce sont là d'éloquentes paroles et qui s'adressent à tous les chrétiens; mais tous les chrétiens ne sont pas tenus de les observer absolument. Comme nous avons dit qu'ils peuvent être, sans ofi"enser Dieu, des victimes imparfaites , ils peuvent aussi, sans blesser sa volonté sainte, être des sacrificateurs imparfaits. Ils s'immolent, mais non complètement et entièrement; ils offrent un sacrifice, mais leur sacrifice n'est pas sans réserve; et parce que la divine Sagesse n'a pas voulu les obliger tous à offrir un sacrifice parfait et absolu d'eux-mêmes, ceux d'entre eux qui ne vont pas jusquelà ne pèchent pas.

Mais il n'en est pas ainsi du Religieux. Il veut devenir victime parfaite, il veut être sacrificateur parfait. C'est la fin de sa glorieuse vocation, c'est là qu'il tend sans cesse. 11 sait que tel est son devoir. Durant le temps de son noviciat, il multiplie avec ardeur, avec amour, ses sacrifices. Pour lui, ce temps de probation n'est qu'un long et heureux exercice de l'esprit de sacrificature qu'il tient de son Baptême, et qui doit se perfectionner chaque jour. Quand la grande fête de la Profession approche, il se réjouit de ce qu'il sera ce jourlà consacré prêtre mystique pour faire avec plus de solennité

I Sorm. i08 {Patrol. lai., t. LU, col. 500).

et une plus grande grâce l'immolation universelle de luimême, et se fixer véritablement pour toujours sur Vautel de l'holocauste. Après ce jour heureux, après cette consécration immuable , après cette immolation universelle , tout lui sera glaive pour donner en quelque sorte à chaque instant une consécration nouvelle à son état d'hostie. La pratique des saints vœux, avec la variété presque infinie d'occasions qu'ils ofi'rent de s'immoler, — les saintes règles et les saintes coutumes qui ont tout prévu, même les moindres mouvements, — les charges à remplir, comme les moindres injonctions à exécuter, les épreuves de la vie commune, les infirmités, les maladies, la mort enfin, — tout sera glaive pour consommer le sacrifice, tout sera feu pour dévorer et réduire en cendres la victime.

Telles sont les dispositions du Religieux fidèle à la grâce de sa vocation.

Le chapitre suivant va nous montrer la sainteté et l'excellence de l'état dans lequel le met son Sacerdoce mystique.

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