PREMIER LIVRE
à ce point, on s'arrête : de même la fin de tous les soins que vous prenez, de tous les desseins que vous formez, de tous les efforts que vous faites, de toute l'application à laquelle vous vous livrez, c'est Celui auquel vous tendez ; et quand vous l'aurez atteint, tous vos désirs cesseront, car il n'y a rien au delà de meilleur que Lui. 11 s'est donc proposé luimême comme l'exemple de notre vie présente, et plus tard il se donnera comme la récompense de notre vie future^. »
Cette doctrine est pleine de lumière et d'onction.
JÉSUS est notre fin. Nous unir à Lui c'est atteindre le terme de la vie spirituelle. Réaliser cette union est donc la grande et unique afl"aire du temps présent, et les divers degrés de perfection de cette union seront les divers degrés de notre état de perfection spirituelle.
Tout cela est bien simple. Or (nous nous plaisons à le répéter) JÉSUS est avant tout et par-dessus tout Victime. C'est le grand caractère qu'il porte devant son Père, à qui il rend tous les hommages qui lui sont dus, et devant les hommes à qui il fait, pour le temps présent et pour l'éternité, tout le bien dont ils ont besoin.
S'unira Jésus, c'est donc s'unir à Jésus Victime. En effet, JÉSUS est Docteur, Jésus est Roi. Mais, comment pourrait-on s'imaginer que notre union à Lui, union qui constitue l'accomplissement de notre fin, soit l'union de Jésus en tant que Docteur, en tant que Roi? — Parler de l'union à Jésus, c'est donc parler de celle qui nous lie à son état d'Hostie. — 11 est vrai que Jésus est Prêtre en même temps qu'Hostie; mais il
1 s. August., i5i^. ; N.-S. dit lui-même : Je »uu Vaipha et l'oméfia , le c»m» mencement et la (in (Apocal., i, 8).
est vrai aussi que notre union à Jésus en tant qu'il est notr» fin, se fait aussi avec Jésus en tant qu'il est Prôtre. Puur^ quoi ? Parce que devant concourir nous-môme k nous constituer hosties devant son Père, ce ne peut-être que par une participation à l'esprit de son sacerdoce. C'est pour cela, nous Pavons dit précédemment, que tout chrétien, et plus sensiblement tout Religieux, est le prêtre de son sacrifice. Mais nous mettons davantage en évidence cette pensée, « que nous nous unissons à Jésus Hostie plutôt qu'à Jésus l*rêtre » parce que, après tout, son état d'Hostie est le terme de soa Sacerdoce, et que c'est en arrivant à ce terme par l'exercice de son Sacerdoce, que Jésus rend à son Père tous les hommages qu'il mérite et qu'il fait aux hommes tout le bien qu'ils attendent de Lui.
La conclusion que nous avons tirée tout à l'heure est donc évidente : s'unir à Jésus Victime, c'est s'unir à Jésus dans l'état où il est véritablement notre fin, car c'est dans cet état qu'il est notre voie, notre vérité, notre vie. Tendre à l'union avec l'adorable \ictime, c'est donc le devoir essentiel de tout chrétien ; mais tendre k la perfection de l'union est le devoir essentiel de tout Religieux. Quand les théologiens disent qu'il y a obligation grave , sous peine de péché mortel, pour tout Religieux profès, de tendre à la perfection, c'est delà perfection de cette union qu'ils parlent implicitement. Car y a-t-il une perfection possible en dehors de Jésus crucilié, de sa gnke, de ses mystères, de l'union h ses dispositions d'hostie? Non, tout est là pour le Religieux. S'il perdait ce point de vue, il p^'rdrait à la fois toute consolation, tonte force et aussi toute gloire; car sa consolation, sa force et sa gloire consistent tout entières en ce qu'il est Atta-
ché à la croix avec Jésus-Christ. « Ce qui relève, en effet, plm que tout le reste la sainteté, » la sublimité, et qui exprime la véritable gloire « de la profession religieuse, c'est qu'elle es* de tous les états celui qui rend l'homme le plus semblable è Jésus^ crucifié. C'est donc avec raison qu'on a comparé les trois vœux aux trois clous par lesquels le divin Maître fu* attaché à la croix. Ce serait sans doute un martyre bien glorieux et bien désirable pour le chrétien que d'être attaché à la croix de son Dieu avec les mêmes clous qui servirent à y fixer ses mains et ses pieds. Ce bonheur est celui du Religieux. Sa profession le rapproche de Jésus crucifié plus que ne pourraient le faire les instruments matériels, qui privèrent de la vie le corps de Notre-Seigneur. La vraie croix du Sauveur, c'est son renoncement, c'est son immolation universelle. C'est sur cette croix divine que chaque Religieux vient se coucher à son tour, comme sur un autel, sur lequell'immolation du divin Agneau doit se continuer jusqu'à la fin des siècles; c'est là qu'il reçoit, par le moyen des trois vœux, la mort mystique de l'âme qui le fait vivre de la vie de Jésus ressuscité ^ >
Etudions donc les divers degrés de perfection qui peuvent exister dans l'union de l'âme religieuse avec Jésus Hostie.
* Direct, de la vie relig., par le R. P. Ramière, II* {mi lie, cbap. &.