‹ De l'esprit et de la vie de sacrifice dans l'etat religieuxChapitre 30 sur 115 · LES ÉPREUVES DU NOVICIAT · texte numérisé non relu

LES ÉPREUVES DU NOVICIAT

Le noviciat est un temps d'épreuves. Il le faut ainsi nécpssairement, pour le bien du jeune novice, qui ne pourrait devenir, sans le secours des épreuves, un profès édifiant, une vraie victime de Dieu. Qu'il n'oublie pas qu'il s'agit, pour lui, de faire mourir le vieil homme, de détruire cette misérable vie de nature dont nous sommes pénétrés et saturés en venant du siècle, et d'arriver à vivre de la vie de la

i Vie de* Pèr€4 du désert, Ht. VI, cfa. v et vi.

grâce ; or, pour toiitos ces fins, il faut passer par la tribnlation. Un noviciat plein de douceur serait un grand malheur. « Sachez, mes ciiôres filles, dit saint François de Sales, que, si le grain de froment tombant en terre ne meurt, il df'meurera tout seul; mais s'il pourrit, il rapportera au centuple : la parole de Notre-Seigneur y est toute claire, sa très sainte bouche l'ayant elle-même prononcée. Par conséquent, vous qtu' prétendez à l'habit, et vous autres qui prétendez à la sainte profession, regardez bien plus d'une fois si vous avez assez de résolution pour mourir à vous-même et ne vivre qu'à Dieu. Pesez bien le tout ; le temps est encore long pour y penser, avant que vos voiles soient teints en noir; car, je vous le déclare, mes chères filles, et je ne veux point vous flatter, quiconque désire vivre selon la nature, qu'il demeure au monde, et que ceux qui sont déterminés de vivre selon la grâce viennent en Religion, laquelle n'est autre chose qu'une école de l'abnégation et mortification de soi-même. C'est pourquoi vous voyez qu'elle vous fournit de plusieurs outils de mortification, tant intérieure qu'extérieure^ »

Voilà donc le doux et indulgent saint François de Sales qui parle comme un Père du désert de Scété ou de Tabecne. Du reste, l'Esprit-Saint lui-même semble avoir annoncé au jeune novice cette nécessité de Tépreuve au commencement de la vie spirituelle. Ecoutons cette divine leçon :

« Mon fils, lorsque vous entrerez au service de Dieu, demeurez ferme dans la justice et dans la crainte du Seigneur et préparez votre âme à l'épreuve.

« Humiliez votre cœur dans les afilictions qui surviea-

1 Entretiens gpiritueU, xv.

drout; attendez avec patience; prêtez l'oreille et recevez avec docilité les leçons de la sagesse, et ne vous hâtez pas d'agir ou de parler au temps de l'obscurité et de la tentation.

« Mais souffrez en paix les retarderaents de Dieu. Demeurez-lui fidèle et uni, et ne vous lassez point d'attendre son secours, afin que votre vie soit à la fin récompensée par une grande joie.

« Acceptez donc de bon cœur tout ce qui vous arrive de fâcheux ; demeurez en paix dans votre douleur, et^u temps de l'humiliation gardez la patience ;

« Car l'or et l'argent s'épurent par le feu ; mais ceux que Dieu veut recevoir parmi les siens sont éprouvés au creuset de l'humilialion ^ »

Ainsi parle le Saint-Esprit. Ses paroles nous font connaître clairement les épreuves qui nous attendent ; mais aussi elles nous promettent les consolations et les bénédictions de Dieu ; nous arriverons infailliblement à celles-ci par la voie sûre des premières. C'est la remarque des saints Pères dans l'interprétation du texte que l'on vient de lire^; c'est aussi la remarque de saint François de Sales que l'on voudrait citer le plus souvent possible : « Les âmes religieuses, dit-il, ne doivent rechercher en la sainte Religion que Dieu et la mortification de leurs humeurs, passions et inclinations; car si elles y cherchent autre chose, elles n'y trouveront jamais la consolation qu'elles prétendent^. y> Après

1 Eccl., II, 1, 2, 3, 4. 5. Nous sommes servi de la pliar.'iphrase du P. de Carrières. — ^ Voyez ce long conmieiilaire que Corneille Lapierre consacre à cei premiers versets du eh. il de l'Eccl., et les textes des Pères qu'il cite. — 3 Enlre^ tiens ipirittuls, xx.

ces réflexions dont l'autonté est si grande, arrivons k notre sujet.

Nous appelons épreuves du noviciat^ cette variété plus ou moins considérable de peines intérieures et extérieures qui exercent la patience du jeune novice, mais dont la fin, s'il les supporte courageusement, est de le fortifier et de l'établir dans sa vocation.

Les causes principales de ces épreuves sont les suivantes : Dieu d'abord, qui les veut d'une volonté toujours adorable, ou qui les permet d'une permission toujours sage. — Deuxièmement, les démons, dont la ruse et la malice, et les rapports avec nous sont incontestables. Les anciens se sont beaucoup occupés de cette action occulte que les démons exercent quelquefois sur nous, par la permission de Dieu. — Troisièmement, les créatures, nos Supérieurs, nos frères, — les personnes du dehors, — nos parents, — le monde. — Quatrièmement enfin, nous-mêmes, notre caractère, notre tempérament, nos défauts, etc.

Comme il ne semble pas à propos de faire ici un traité complet sur les épreuves qui peuvent assaillir un novice, nous nous eu tiendrons à signaler celles qui nous paraissent les plus communes et qui proviennent :!• de notre fonds mauvais; 2* de la sainte Règle; 3' de la direction de nos Supérieurs.

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