I. — Surnaturellement
C'est-à-dire, l'attaquer avec les armes spirituelles et non avec celles que la nature et l'amour-propre nous fournissent. Car, dans ce dernier cas, nous combattons, à notre insu, non pas contre notre ennemi, mais pour lui. La passion dominante étant un défaut, il est évident qu'elle nous rend ordinairement peu agréables aux personnes avec lesquelles nous vivons ; il est évident aussi que, si elles nous pardonnent ce vice, ce travers, par un effet de leur charité, elles ont, dans tous les cas, un effort h faire ; et une fois qu'avec l'aide de notre l'ère spirituel nous connaissons ce vice, ce défaut, ce travers, nous tirons nalurellcmenl colle conclusion . que nous devons déplaire bien souvent aux personnes do la communauté, surtout si notre passion dominante est do
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nature à paraître au dehors, comme il arrive pour la susceptibilité, rindolencft, etc.
Mais si nous prenons garde, le moi va se mettre de la partie ; il est prêt à nous offrir ses services, dans la lutte à engager avec la passion dominante, et ainsi, comme un véritable traître et non comme un allié, il va tourner à son profit, et non au profit de la grâce et de la gloire de Dieu, les efforts que nous allons faire. Voici comment :
Notre passion dominante est haïssable aux autres; elle est donc pour nous une véritable humiliation. Dans le monde, elle était inaperçue peut-être ; ici tout le monde a pu s'en apercevoir. Il faut donc au plus tôt s'en débarrasser. Mais si vous le faites sous l'impression de cette peine humiliante, si vous vous préoccupez de paraître moins imparfait, à cause de vos Supérieurs et des autres novices ; — ou bien encore, si c'est principalement pour vous hâter de vous débarasser de la confusion que vous éprouvez à être si misérable et si imparfait, — si c'est la perfection pour la perfection que vous cherchez, c'est-à-dire pour le décorum qu'elle donne à l'âme, et à cause de l'espèce de satisfaction humaine que vous ressentirez à en être arrivé là, — soyez assuré que vous avez perdu beaucoup de temps, et peutêtre tout votre temps , dans vos préocupations et yos efforts.
Défions-nous toujours de tout regard que nous portons sur nous-mêmes, si la pensée de Ditu ne préside pas à cette vue. Il peut se faire que le désir de notre perfection ne soit qu'humain et un fruit bien misérable de notre amourpropre.
Mais assurément l'amour-propre fait son œuvre tout à soa
aise, si dans le bien que nous faisons, si dans la victoire que nous remportons sur nous-mêmee, nous avons la faiblesse de tenir compte des créatures et de leur estime.
L'abbé xMacaire répondit autrefois très agréablement, dit Cassien , à un solitaire qui se plaignait de ne pouvoir atteindre, maintenant qu'il était au désert, neuf heures du matin sans prendre quelque nourriture , lui qui auparavant pouvait, dans un monastère, passer toute une semaine sans même avoir envie de rompre le jeûne. « C'est qu'ici, lui dit-il, personne ne vous voit jeûner et ne peut vous nourrir de ses louanges ; mais au monastère le regard des hommes vous soutenait, et la vaine gloire vous valait un repas ^ »
Hélas ! que cette observation, toute singulière qu'elle est, est juste, et comme elle exprime bien un des plus pitoyables travers de notre amour-propre !
La conférence de Cassien d'où ce trait est tiré est précisément celle où l'abbé Sérapion, « solitaire recommandable siut<»ut par sa vertu de discrétion'^, » traite des vices principaux, et particulièrement de la passion dominante. Il y donne divers conseils fort sages ; mais il recommande surtout d'user, pour combattre cet ennemi domestique, des armes spirituelles. Il faut écouter cet enseignement, qui répond si bien a ce que nous. venons de dire : attaquer la passion dominante surnatui-ellement •
« Dans le combiu que t*ous avons h livrer à nos vices, il faut examiner celui qui nous est le plus redoutable, et diri-
* Casfçicn , 5' confêience. -- ~ Ce sont les cxpresAioas mCmes de Cassier« «a •«nuiDciiceiueiit dn la cinquième contércno«.
ger contre lui toutes DOS attentions, tous nos efforts. C'est vers cet ennemi qu'il faut lancer comme des traits nos mortifications de chaque jour», nos soupirs, nos gémissements, nos vertus, nos méditations; adressons sans cesse à Dieu nos prières et nos larmes, afin d'ea obtenir la paix et la victoire ; car il est impossible de triompher d'une passion, sans être d'abord persuadé que ce n'est pas par nos propres forces que nous pouvons être victorieux, mais avec le secours de Dieu 2. »
Il ajoute même un peu après 3, que nous ne devons pas nous glorifier de cette victoire, mais en rapporter toute la gloire à Dieu seul. 11 insiste surtout sur cette recommandation particulière, et ainsi il nous apprend que la première disposition pour arriver à vaincre notre grand ennemi, c'est la foi, c'est la prière, c'est le pur zèle et l'amour de la gloire de Dieu.