II. — Combattre notre passion résolument
Cela veut dire : 1' L'attaquer de front et directement par des actes contraires à ceux qu'elle nous inspire, et 2' Prévoir avec une grande vigilance les circonstances particulières où elle exerce surtout son empire, pour en prévenir les surprises et en arrêter les effets.
1" Il faut l'attaquer de front et directement. Prenons un exemple. Supposons qu'il s'agisse de la jalousie. La jalousie ! c'est un vice bien grossier et bien humiliant. Que l'on a de la peine à convenir qu'on est jaloux I On veut bien passer
* Le texte porte ; nos jeûnes de chaqut jour. — * Cinquième con/érenc« .
pour irascible, ou sensuel, ou inconstant, mais jaloux!... Ce qu'il y a de vil dans cette passion révolte notre orgueil au dernier point. Et cependant elle n'est pas chimérique. Hélas! c'est un des fléaux des noviciats peu fervents. Les rapports de cette sœur avec la Révérende Mère, avec la Maîtresse des novices, avec le Directeur spirituel, les attentions qu'on a pour elle ou dont on s'imagine qu'elle est l'objet, ses progrès spirituels, ses manières plus modestes, et puis les choses les moins capables d'exciter en nous ce sentiment haïssable, une bagatelle... tout en un mot, provoque, irrite, désole un pauvre esprit jaloux. Les autres sœurs ne s'aperçoivent de rien ; la pauvre âme atteinte de jalousie s'aperçoit de tout, s'attriste de tout et porte partout le dard empoisonné qui la blesse. Certes, il faut avoir compassion de cette âme qui est vraiment à plaindre, et lui venir en aide par quelques bons conseils.
Voici comment elle attaquera son défaut dominant; IV'lie priera beaucoup, mais avec paix, simplicité et sérénité, p mit la personne qui la fatigue de la sorte; elle fera la sainte communion pour elle, demandant instamment à Notre-S» igneur de la faire grandir en sainteté, de multiplier on ( 1!(^ les grâces reçues, et elle remerciera ce divin Maître do ce qu'il s'est choisi une si fidèle servante. C'est surtout quand le sujet de la jalousie sera la vertu et la ferveur de la personne en question qu'on agira ainsi.
Si c'est la supériorité de son talent, de son éducation, etc., il faut prendre l'habitude, toutes les fois que l'on p' nsera à elle, de se mettre en esprit à ses pieds, en disant : « Seigneur, faites-moi la grâce de comprendre que c'est un grand honneur pour moi d'ùtre aux pieds de cette âme, puis-
«pie j'ai mérité d'être aux pieds du démon. » Il faudra avoir soin de faire la mônr.e pi&tique, en récréation, lorsqu'on se trouvera en sa présence, que l'on parlera ensemble, etc. Et tout cela avec beaucoup de tranquillité d'esprit et de simplicité. Ayez soin que rien ne paraisse de vos dispositions intérieures.
. Si ce sont les rapports qui existent entre cette âme et ses Supérieurs qui excitent votre jalousie, tournez-vous amoureusement vers Notre-Seigneur, et dites-lui: « Seigneur, que votre œuvre de sanctification se fasse dans cette âme, par les moyens que vous avez choisi; qu'en elle et autour d'elle tout soit saint ! Pour moi, je désire comprendre plus que jamais que vous suffisez à tout, et que, si vos dons sont excellents, vous êtes, vous, ô mon Jésus, l'excellence même et le suprême bien, et l'unique joie de mon âme ! »
Si l'on se sert de ces moyens surnaturels, il n'est pas possible que la victoire se fasse longtemps attendre. On peut compter qu'assurément la grâce prendra la place de la nature agonisante.
S'il s'agissait d'un autre défaut dominant , nous aurions sans doute d'autres conseils à donner; mais nous avons mis l'âme fervente sur la voie. Ainsi : 1* attaquer directementet de front la passion dominante i.
* Il y a une exception à cette règle , tout le monde le sait. C'est lorsqu'il s'apt de la passion contraire à la vertu des anges. Ici la victoire est dans la fuite, fuilo des occasions quelles qu'elles soient, soin vigilant mais humble et paisible à écarter toute imagination, tout souvenir, et à faire divi-rsion, quand la tentation s'annonce par les troubles qui la précèdent et qui l'accompaguent ; mortification des sens, de l'ouïe , de la vue ; et enfin et surtout prière afTective , humble , persévérante ; recours fréquent au Coeur de N,-S., à sa très sainte et immaculée Mère, à saint
2* Prévoir, avec une grande vigilance , les circonstances particulières où elle exerce son empire. — Ces circonstances varient infiniment; et, suivant la nature de la passion ellemême, c'est tantôt ici, tantôt là, tantôt en vue des hommes et tantôt dans le secret de la cellule, qu'elle tend à exercer sur nous sa funeste influence. Le parloir, la récréation, le réfectoirp, le lit, les rapports avec les Supérieurs, avec les personnes du dehors, les lettres qu'on écrit, les affaires qu'on traite, l'emploi qui nous est confié, etc., voilà autant de circonstances qui, suivant le vice dominant dont nous sonjmes atteints, peuvent nous devenir fatales. Mais l'expérience sera notre lumière ; et quand nous saurons que tel lieu, telle relation de charité, telle occupation que le devoir impose fournit à l'ennemi l'occasion de nous tendre des pièges et de nous faire tomber dans ses filets, nous serons attentifs et circonspects. Ainsi, je suppose que la manière de faire, le langage, les gestes d'une personne avec qui j'aurai à traiter, à agir dans mon emploi, me fatiguent, m'agacent, m'énervent, comme on dit : je ne l'aborderai pas sans avoir invoqué la douceur du Cœur de Notre-Seigneur, et la mansuétude de celui de sa divine Mère; au besoin je me figurerai, tout le temps de mes rapports avec cette personne, que je suis à ses pieds, sous ses pieds , pour honorer en elle la dignité si grande qu'elle a reçue de membre mystique et d'épouse de Jésus-Christ. Et je ferai tout cela avec tant de simplicité intérieure, qu'extérieurement il ne paraîtra rien que de natu-
Joseph , à noire ange gardien. Avec ces moyen.î surnaturels on peut binn soufTHr encore et subir la douloureuse liumiliaiion <Jc ce que saint Paul appelle les nmffleti i€ Satan, mais en n'est jamais vaincu.
lE NOVICIAT lOt
ïel dans ma conduite, évitant soigneusement que la contrainte que je m'impose soit remarquée.
Une âme qui aurait soin de prévoir ainsi les occasions oi^ sa passion dominante la fait tomber, et qui, dans le travail contre elle-même, ne se découragerait jamais, malgré les surprises de son ennemi, cette âme ne tarderait pas a être victorieuse. C'est le conseil et l'espérance que donne àiàme généreuse un des grands maîtres de la vie spirituelle.
« Prenez pour maxime, dit le P. Guilloré, que, malgré les résolutions lesplus généreuses de dompter votre passion dominante, il est moralement inévitable que vous y retomberez encore de temps en temps; et là-dessus formez le dessein de ne jamais vous rebuter, quelques rechutes qui puissent vous arriver. Dites alors : Je suis homme , mais j'ai de la bonne volonté et beaucoup de grâces; le premier dépend de moi, le second ne me sera jamais ôté, et cela j'espère que le temps me fera obtenir la victoire ; mais quand même cette passion me ferait retomber plusieurs fois chaque jour, je ne me découragerai jamais ^ »
Mais s'il est vrai que nous devons ne nous décourager jamais, il l'est aussi que nous devons persévérer dans une lutte constante et énergique. C'est ce qu'il faut expliquer en troisième lieu.