‹ De l'esprit et de la vie de sacrifice dans l'etat religieuxChapitre 36 sur 115 · III. — Combattre notre passion dominante constamment · texte numérisé non relu

III. — Combattre notre passion dominante constamment

La vie est un combat. Si nous perdons de vue cette vérité fondamentale, nous n'aurons jnmais une vertu solide. « Le royaume des cieu^ souffre violence, a dit le divin Maître, el

* S' maxime du liv. Ii.

lÔS LIVRE DEfXlKME

il n'y a que les violents qui le ravissent ^ » Il faut combattre toujours et partout, — combattre quand on a remporté une victoire, deux victoires et davantage, et combattre quand on a été vaincu une fois, deux fois, dix fois.

Mettons en principe qu'il est rare d'arriver à dompter tout à fait, à terrasser pour toujours la passion dominante. Nous avons cité précédemment le mot de saint François de Sales, parlant de l'amour-propre, dont la passion dominante est la plus vive et la plus énergique expression : « Nous serons bien heureux s'il meurt un quart d'heure avant nous. » Mais s'il est rare que nous arrivions à une complète victoire, même avec des efforts incessants, que serait-ce si volontairement nous nous laissions vaincre nous-même, sans nous soucier de réparer notre défaite? Nous la réparons et elle devient en quelque sorte une victoire, lorque nous avons le courage de nous punir nous-mêmes, et de nous punir sévèrement.

La pénitence à s'imposer varie avec la gravité de la faute commise et le caractère propre de la passion dominante. Dans tous les cas, ici la direction est nécessaire. La nature et peut-être la passion dominante pourraient trouver leur compte et remporter de nouveau une victoire certaine, dans la pénitence que nous aurions choisie nous-même indiscrètement. Ainsi une personne irascible, qui, après une faute d'impatience s'armerait d'une discipline et se frappe-

1 MaUli., XI , 13. Bossuct a dit celte grave parole, si humiliante pour notre orjfu'/il, et qu'il dit exp.'-iiner un principe de foi : « L'amour-propre parvient à l'oxlinclion ciilicic de l'amour de Dieu ; mais, par la constilulion delà justice du cclt» \ic, l'amour de Dieu ne parvient jamais à l'exlinclion entière de l'amour-propre.' (E'.als d'oraison, liv. V.)

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rait avec une sorte de colère, sans cet esprit de confiance en Dieu qui doit faire le fond de toutes nos pénitences volontaires, cette personne, disons-nous, tomberait une second^ fois dans le mal qu'elle voulait corriger, et ce qu'il y aurait de plus déplorable, c'est qu'elle trouverait son malheui dans le remède même qui devait l'en préserver. Nous disons la même chose d'une personne vaniteuse qui s'imposerail d'elle-même une humiliation publique. Puisque cette humiliation est de son choix, il est bien à craindre que sa vanité ne trouve sa pâture dans le moyen qu'elle a pris poui la punir. Encore une fois, c'est principalement à la direction qu'est réservé le soin de désigner le remède au mal. L'humilité, la soumission, l'esprit de foi avec lesquels nous ferons connaître nos chutes, et nous accepterons la punition qu'elles méritent, voilà déjà une réparation et un progrès sérieux dans l'œuvre que nous avons entreprise.

Terminons par un sage conseil que donne le célèbre P. Faber, traitant le même sujet : « Soyez en garde contre l'illusion dans laquelle le démon cherchera à vous faire tomber, en essayant de vous persuader que tous ces combats, pour subjuguer la passion dominante, ne conviennent qu'aux saints et n'appartiennent qu'aux régions les plus élevées de la vie spirituelle. C'est une des maximes favorites du démon, et dont il se sert dans presque toutes les occasions. Un homme sage s'en défiera aussitôt qu'il l'entendra. Ce qui est infiniment plus vrai, c'est que notre âme ne peut jamais espérer atteindre les hautes régions de la spiritualité, tant que nous n'aurons pu obtenir un triomphe à peu près complet sur notre passion dominante. C'est là une condition indispensable ; il faut la remplir, et il fout la

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remplir sans tarder. Non! ni les visions, ùi les extase?, nî les mortifications, ni les miracles, ni môme les brillantes lumières de la contemplation, ne nous feront arancèt d'un pas (danâ la voie qui nous conduit à l'union divine), si nous cessons de lutter avec une sainte opiniâtreté contre notre passiofl dominante*. >

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