‹ De l'esprit et de la vie de sacrifice dans l'etat religieuxChapitre 42 sur 115 · VI. — Le caractère vain et suffisant · texte numérisé non relu

VI. — Le caractère vain et suffisant

Voici une véritable peste ! On ne peut penser sans dégoût ï ces sortes de personnes qui, selon l'expression de saint François de Sales, « étant dans le monde, étaient des boutiques de vanité et viennent en religion non pour s'humilier, mais pour conduire et gouverner*. » Le bon saint ajoute : € Or, c'est ici qu'il fa»;*, prendre garde. »

Sainte Térèse ne pensait pas autrement. On raconte qu'un jour un de ces grands esprits se présente à elle pour être reçu parmi ses filles ; mais la postulante affecte certaines prétentions, et en particulier déclare qu'elle a l'habitude de lire la sainte Bible et qu'elle ne goûte bien que ce livre; elle demande, en conséquence , qu'on lui permette de ne pas s'en séparer. L'illustre Réformatrice, dont le coup d'oeil était si sûr, pénétrant la vanité de la postulante, lui répondit froidement : « C'est assez, Mademoiselle; vous pouvez aller frapper à une autre porte; car pour nous, nous n'avons be^'^in ni de votre Bible ni de vous. »

"Vn. — Le caractère fier.

Il n'est pas sans rapport avec le précédent; mais il est incontestablement moins mauvais. La vanité et la suffisance Bont dans l'âme et se manifestent ensuite dans le langage et les manières. La fierté, au contraire , peut n'être que dans les manières ; mais elle est si opposée à la modestie religieuse, elle contraste si étrangement avec le vêtement même, symbole d'humilité et de parfaite décence, que l'Eglise donne

i Entretiens spirituels, xv^^

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aux Religieux ; il y a un tel désordre dons cet nir extérieur, cette pose, cette démarche que la fierté donne, qu'il faut à tout prix abaisser cette hauteur, ramener à la vérité cet air emprunté. Une âme généreuse qui attaque résolument un tel défaut et qui arrive à le vaincre, peut parvenir, apr^s cette victoire, à une grande perfection d'humilité et de modestie; comme aussi si, par malheur, on négligeait de le dompter, il pourrait causer de grands maux dans une communauté. Mais si l'âme religieuse est victime, qu'est-ce qu'une victime liera et hautaine ? 0 Dieu ! quelle alliance de mots !

VIÏI. — Le caractère violent et vindicatif.

Le caractère peut être violent sans être vindicatif. Nous rapprochons ces deux termes à raison de certaines analogies. — Mais, on voit tout de suite quels obstacles ils opposent l'un et l'autre au véritable espi'it religieux et à la vie de communauté. Ce qui fait en partie le bonheur de celle-ci, c'est l'aménité dans les relations. De là cette parole du Saint- Esprit par la bouche de David : « Qu'il est bon et agréable à des frères d'habiter ensemble! C'est comme l'huile parfumée qui descend de la tête d'Aaron et s' épanche sur sa figure et sur ses vêtem(*nts; c'est comme la rosée de l'IIermon qui descend sur la montagne de Sion». » La violence du caractère est comme un vent glacial qui dessèche cette douc« rosée, qui dissipe ce parfum embaumé .. Il faut à tout prix que le novice devienne pacifique et doux ; sans cette victoire sur lui-môme, la vie commune est impossible, et nul ue

• Ps. CXXXM-

lE NOVICIAT f^y

voudra donner sa voix pour l'admission. — Jésus, notre Vi(v time, n'est-ii pas désigné par saint Jean-Baptiste sous le nom très doux & Agneau ?

Le vindicatif est plus à redouter que celui qui est violent; et il faut que J'araendement dans le novice soit ici plus sensible et plus persévérant.

Une certaine violence tout accidentelle n'est pas incompatible avec un fonds de bonté. Mais ce fonds est tellement gâté par ce fâcheux défaut, qu'il faut le vaincre absolument. L'ospritde vengeance, au contraire, exclut toute bonté, et je ne sais s'il ne faudrait pas regarder comme méritant rexcln>i(jn sans pitié un sujet qui sp serait laissé aller volontaircmtMit, même à un seul acte grave de vengeance. Un toi esprit n'o^t pas seulement un principe de trouble pour une maison rcUgieuse : il en est la terreur.

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