‹ De l'esprit et de la vie de sacrifice dans l'etat religieuxChapitre 46 sur 115 · XII. — Le caractère lâche ei puresseux · texte numérisé non relu

XII. — Le caractère lâche ei puresseux

C'est ici peut-être, après le manque de bon sens, le défaut le plus incorrigible. Nous avons entendu dernièrement le P. Faber nous dire, à propos de la passion dominante : «J'ai vu des hommes parvenir à dompter presque complètement ce terrible ennemi. Mais je n'en ai pas encore vu un dont la passion dominante fût l'indolence, et qui eût réussi à triompher de cette force d'inertie^. > C'est là, en effet, la raison de notre impuissance, et 1 on peut ajouter, sans exagération, de l'impuissance même de la grâce : la force d'inertie. Sur un tel caractère, elle n'a point de prise. Le paresseux luimême n'a point de moyen de sortir de son triste état ; car il ne se connaît pas ou se connaît mal, la connaissance supposant une étude, un travail sur notre vie intérieure et extérieure. Il a horreur de la difficulté, il redoute ce qui le fait sortir de son repos, il vit dans une sorte de vague d'esprit et d'apathie morale, et il s'y trouve bien. — Cherchez à le tirer de là, il ne comprend presque rien à vos remontrances et à votre zèle.

1 Entretiens spirituels , xvii , vers la fin. — - Progrès de l'dme, ch. vi^ ëatriiicrcs liyacsi

Il y a donc peu à espérer. Qui dit vertu dit énergie, vigueur. Qui dit vie religieuse dit tendance généreuse à la perfection, immolation constante, sacrifices perpétuels. Or, énergie, vigueur morale, tendance généreuse vers le bien, immolation, sacrifice, sont des termes ou incompris ou effrayants pour l'âme paresseuse : il faut donc renoncer à l'espérance d'en faire une épouse du divin Crucifié, une victime de son sacré Cœur.

Voilà quelques traits de ces misérables défauts de caractère qui peuvent être si préjudiciables, qui sont même un obstacle à notre admission parmi les enfants de Dieu, si nous ne prenons pas tous les moyens nécessaires pour nous en corriger. Oh ! qu'il est donc corrompu et mauvais le fonds de notre nature! Et encore qu'en savons-nous? Nous avons ici énuméré quelque-uns des tristes fruits, des fruits de mort qu'elle porte ; mais que d'autrps misères resteraient à dévoiler, que de plaies honteuses à sonder, s'il fallait entrer dans tous les détails de cette vie du vieil homme, qui est notre vie première à tous! Demeurons-en là. Contentonsnous d'avoir dit quels sont les défauts principaux qui menacent et compromettent notre vocation religieuse, et voyons maintencnt s'il est un remède à notre malheur, ou s'il faut nous désespérer, parce que nous constatons en nous de telles misères et de tels désordres.

Nous ne devons jamais nous décourager : ce serait le pire des malheurs : car, il y a un remède à ces grandes misères morales, et ce remède c'est la bonne volonté aidée de la grâce.

Saint François de Sales qui, dans le xvii» Entretien à ses chèreb filles de la Visitation, traite précisément des divera

lE NOVICIAT Ihb

défauts que peuvent avoir les postulantes et les novices, et qui reconnaît qu'il y en a de fort désagréables et sur lesquels il faut que l'attention des Supérieurs soit particulièrement attirée et appliquée, ne manque pas de dire à plusieurs reprises qu'après tout on ne renverra une novice que si elle est volontairement incorrigible ; et qu'au contraire il faut admettre celle qui, douée d'une volonté généreuse, accepte résolument les remèdes spirituels qu'on lui donne pour la guérir.

Citons les paroles de notre aimable saint ; elles sont si sages et si encourageantes !

€ Certains défauts et passions ne doivent point empêcher les filles d'être admises au noviciat, pourvu qu'elles aient une bonne volonté de s'amender, de se soumettre et de se servir des médicaments propres à leur guérison. Et, bien qu'elles aient de la répugnance à <îes remèdes et qu'elles les prennent avec une grande difficulté, cela ne veut rien dire, pourvu qu'elles ne laissent pas d'en user ; car les médecines sont amères au goût, et il n'est pas possible qu'on les reçoive avec la suavité que l'on ferait si elles étaient bien appétissantes; mais avec tout cela elles ne laissent pas de faire leur opération, et elle la font meilleure lorsqu'elles font le plus de travail et de peine. Tout de même voilà une fille qui a des passions fortes ; elle est colère, elle fait plusieurs manquements : si avec cela elle veut bien être guérie et veut qu'on la corrige, mortifie, et qu'on lui donne des remèdes propres à sa guérison, quoique en les prenant cela la fâche et la travaille, il ne faut point pour cela lui refuser sa voix (quand il s'agit d'elle pour la- profession) ; car elle n'a pas seulement la volonté de guérir, mais encore elle prend les re-

rtièdes qui lui sont doDnés pour ce sujet, quoique avec peÏM et difficulté.

« Il s'en trouvera qui auront été mal élevées et mal i[ civilisées, qui auront la nature rude et grossière. Or, il n'y a point de doute que celles-ci n'aient plus de peine et de difficulté que celles qui auront le naturel plus doux et traitable, et qu'elles seront plus sujettes à faire des fautes | que d'autres qui seront mieux élevées ; mais néanmoins, si elles veulent bien être guéries et témoignent une volonté ferme de vouloir recevoir les remèdes quoi qu'il leur coûte, à celles-là je donnerai ma voix nonobstant ces chutes. »

Un peu plus bas, le Saint ajoute : « La troisième chose qu'il faut observer, c'est si la fille a bien travaillé en soq année de noviciat, si elle a bien souffert et profité des médecines qu'on lui a données, si elle a bien fait valoir les résolutions qu'elle fit, en entrant dans son noviciat, de changer ces mauvaises humeurs et inclinations; car l'année du noviciat lui a été donnée pour cela. Que si l'on voit qu'elle ait persévéré fidèlement en sa résolution et que sa volonté demeure ferme et constante pour continuer, et qu'elle se soit appliquée à se réformer et former selon les règles et constitutions, et que cette volonté lui dure de vouloir toujours mieux faire, c'est un bon signe et de bonne condition pour lui donner sa voix. »

Ce que notre aimable saint disait à toutes ses filles réunies pour les Entretiens spirituels^ il l'écrivit dans l'occasion à l'une ou à l'autre, suivant leurs besoins particuliers. Oa nous pardonnera facilement de transcrire ici pour l'instruction des chers novices, un fragment d'une lettre du saint Evêque :

LE HOVICTAT 187

€ Savez-vous, ma chère fille, ce que c'est que le monastère? C'est racadémie de la correction exacte où clinqne Ame doit apprendre à se laisser traiter, raboter et polir, afin qu'étant bien lissée et explanée, elle puisse être jointe, unie et collée plus justement à la volonté de Dieu. C'est la signe évident de la perfection de vouloir être corrigée.

« Le monastère, c'est aussi un hôpital de malades spirituels qui veulent être guéris, et pour l'être s'exposent à soufi'rir la saignée, la lancette, le rasoir, le fer, le feu et toutes les amertumes des médicaments. Aussi, au commencement de l'Eglise, on appelait les Religieux d'un nom qui signifiait guérisseurs*. 0 ma fille songez bien à cela, et ne tenez nul compte de ce que l'araour-propre vous dira de contraire ; mais prenez doucement, amiablement et amoureusement cette résolution : ou mourir ou guérir ! et puisque je ne peux pas mourir spirituellement, je veux guérir; et pour guérir je veux souffrir la cure et la correction et supplier les médecins de ne point épargner ce que je dois souffrir pour guérira »

On voit ici la grande part que saint François de Sales donne à la bonne volonté, que la grâce prévient toujours et accompagne. Avec elle, il ne désespère de personne. Elle est le glaive qui immole, lentement peut-être, mais infailliblement, la victime; elle est le feu qui finira par consumer tout l'holocauste. Le saint fondateur veut si bien qu'on se Bouvienne de sa recommandation que, finissant l'entretien spirituel dont nous citions tout à l'heure un passage, il revient

1 Thérapeutes, nom grec qui signifie guérisseurs de malades. — * Lettre de 9 septembre 1619.

à sa pensée favorite, en disant : « Enfin pour toutes imperfections que les filles apportent du monde, il faut garder cette règle : Quand on voit qu'elles s'amendent, combien qu'elles ne laissent pas de commettre des fautes, il ne faut pas les rejeter ; car par l'amendement elles font voir qu'elles ne sont pas incorrigibles. »

Que le jeune novice ait donc confiance ! que rien ne le décourage ! qu'il se prenne d'abord comme il est. Puisqu'il a été admis aux saints exercices du noviciat, c'est une preuve que ses Supérieurs sont disposés à avoir patience avec lui. Qu'il soit un enfant simple, souple, ouvert ; mais qu'il aspire en même temps à devenir « l'homme parfait selon l'âge parfait du Christ, » comme dit saint Paul *, et, que, par conséquent, il soit généreux, constant, déterminé à tous les sacrifices! 0 Dieu ! que de grâces, quelle paix , quelle joie sainte l'attendent dans le paradis de la profession religieuse 1

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