‹ De l'esprit et de la vie de sacrifice dans l'etat religieuxChapitre 47 sur 115 · LA SI.MPLIGITÉ RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LA SI.MPLIGITÉ RELIGIEUSE

Après avoir tant parlé et du moi avec ses perverses incli* nations, et de la passion dominante et des défauts de ca- ';nctère : autant de sujets qui finissent par fatiguer l'esprit, reposons-nous un instant et réjouissons-nous dans la considé-

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ration et l'étude d'une vertu dont les charmes sont ravissants : la simplicité religieuse. Quelle délicieuse fleur au milieu du parterre spirituel de la vie parfaite 1 Comme son parfum est doux I Comme son doux éclat repose l'œil ! Heureux qui la possède et la cultive avec le soin qu'elle mérite ! Heureux temps du noviciat , si favorable à l'acquisition de ce trésor sans prix ! Le monde no la connaît pas; elle est la richesse des monastères et des cloîtres, la joie, le bonheur de toutes les communautés où Dieu se plaît ! 0 simplicité ! ô doux épanchement du Cœur de Jésus! ô céleste émanation de la vie sainte de Nazareth ! ô compagne intime, bien-airaée, inséparable de la Trinité de la terre 1 ô inestimable avant-goût des délices du ciel !

Nous allons essayer d'en parler. Que le novice soit plus attentif que jamais. Quelle grâce sera la sienne , s'il comprend la beauté de cette merveilleuse vertu, s'il en goûte les suaves douceurs, s'il la pratique avec amour! Le novice vraiment simple, de la simplicité des saints, est la consolation du Cœur de Jésus et la bénédiction de sa communauté.

Disons-lui donc ce que c'est que la simplicité, et comment on en fait les œuvres au noviciat, afin de l'avoir pour amie et pour protectrice tout le reste de la vie d'exil.

La simplicité est une vertu qui nous ramène et nous fixe dans Vuniiéj comme le vice contraire, qui est l'astuce, la finesse, nous rend doubles : de là le nom de duplicité, qu'on donne aussi à ce vice. Mais il faut se hâter d'expliquer ces paroles : une vertu qui nous ran\ène et nous fixe dans l'unité; car elles sont obscures. Elles signifient qu'une àme simple, delà simplicité surnaturelle des enfants de Dieu,

n'a qu une seule vue, un seul regard, une seule intention, un seul désir dans toute sa conduite. Elle ne tend pas vers deux buts, mais vers un seul.

Mais quel est l'objet de cette unique vue, de cette unique intention ; quel est ce but unique ?

Cet objet, ce but unique, c'est DieU seul : sa volonté seule, son bon plaisir seul, ses intérêts seuls, sa gloire [ seule. Il convient de laisser ici encore la parole à saint François de Sales, puisque nous traitons un sujet qui est si naturellement son sujet de prédilection.

« Il faut en premier lieu, dit-il, savoir ce que c'est que cette vertu de simplicité. Vous savez que nous appelons communément une chose simple , quand elle n'est pas brodée, doublée ou bigarrée; par exemple nous disons : voilà une personne qui est habillée bien simplement, parce qu'elle ne porte point de façons ou de doublures à son habit : je dis doublure façonnée ou qui se voie ; mais sa robe et son habit n'est que d'une étoffe, et cela est une robe simple. La simplicité donc n'est autre chose qu'un acte de charité pur et simple, qui n'a qu'une seule fin, qui est d'acquérir l'amour de Dieu, et notre âme est simple lorsque nous n'avons point d'autre prétention en tout ce que nous faisons.

« L'histoire tant connue des hôtesses de Notre-Seigneur, Marthe etMagdeleine, est grandement remarquable pour ce sujet; car ne voyez-vous pas que Marthe, bien que sa fin fût louable de vouloir bien traiter Notre-Seigneur, ne laissa pas d'être reprise par le divin Maître, d'autant qu'outre la fia très bonne qu'elle avait en son empressement, elle regardait encore Notre-Seigneur en tant qu'homme, et pour cela elle croyait qu'il fut comme les autres auxquels un seul mets ou v

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nne sente sorte d'apprêts ne suffit pas, et c'était cela qui faisait qu'elle s'émouvait grandement afin d'apprêter plusieurs mets ; et ainsi elle doublait cette première fin de l'amour de Dieu en son exei'clce de plusieurs autres petites prétentions, desquelles elle fut reprise de Notre-Seigncur : « Marthe, Marthe, tu te troubles de plusieurs choses, bieù qu'une seule soit nécessaire, qui est celle que Magdeleine a choisie, et qui ne lui sera point ôtée. »

« Cet acte donc de charité simple, qui fait que nous ne regardons et n'avons autre vue en toutes nos actions que le seul désir de plaire h Dieu , est la part de Marie, qui est seule nécessaire, et c'est la simplicité ; vertu qui est inséparable de la charité, d*autant qu'elle regarde droit à Dieu, sans que jamais elle puisse souffrir aucun mélange de propre intérêt; autrement ce ne serait plus simplicité, car elle ne peut souffrir aucune doublure des créatures, ni aucune considération de celles-ci; Diéû seul y trouve place. Cette vertu est purement chrétienne. Les païens, même ceux qui ont le mieux parlé des autres vertus, n'en ont eu aucune counaiàêance, hôn plus que de rhumilité^ »

L'âme simple est donc l'âme qui, éclairée de la lumière de la foi et ne se guidant que par elle, regarde Dieu comme sa fin unique et ne âe préoccupe que de lui plaire, sans considération humaine des créatures. On comprend tout de suite la parfaite unité qui en résulte dans toute sa conduite.

Il n'y a pas en elle une manière de penser et une manière de parler. Mais elle parle comme elle pense. Comment tromper DiÈu, avec un langage extérieur oui ne serait pas en

« EntretièM spirUuets, xii, sui- la SiiupUciU.

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rapport avec la pensée intérieure ? Est-ce que Dieu ne sonde pas les reins et les cœurs?

Pareillement, il n'y a pas en elle deux manières d'agir : nne en secret et l'autre en public. Sa conduite est la même partout et toujours ; et s'il y a quelques différences que la charité, les convenances exigent , ce n'est pas par égard pour la créature, pour lui plaire , pour avoir son estime, mais c'est parce que ces changements sont conformes au bon plaisir de Dieu , et sont fondes sur les lois de la prudence chrétienne qu'il a lui-même établies.

Dans la pratique des vertus, cette âme demeure plus sensiblement encore dans la simplicité. Elle ne voit que Dieu dans l'autorité de l'Eglise; dès lors sa foi est simple, sans raisonnement, sans hésitation, sans réserve, qu'il s'agisse d'un dogme ancien, qu'il s'agisse d'une vérité définie depuis peu.

La connaissance qu'elle a, par la foi, des promesses de Dieu et de son immuable fidélité à les remplir, rend aussi son espérance simple; et son abandon à la divine Providence et à toute la conduite de Dieu la fait se reposer simplement, sans crainte et sans inquiétude, entre ses mains. Enfin son amour pour Dieu est tout plein de simplicité filiale, parce qu'il est très pur; la simplicité lui faisant tout rapporter à lui, amoureusement, sans retour, sans réserve, comme « un enfant d'amour, » dit saint François de Sales dans ce môme Entretien xii* que nous venons de citer.

Et c'est le même esprit qui l'accompagne dans la pratique de toutes les vertus. La simplicité est une disposition intérieure que l'on peut appeler universelle. Elle a sa part dans toutes nos œuvres; et il le faut, du reste, pour que toutes

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nos œuvres soient agréables à Dieu, puisque c*est elle qui les ramène à Dieu, leur principe. C'est peut-être là le sens le plus vrai des paroles de Notre-Seigneur : < Si votre œil est simple, tout votre corps sera lumineux* ; tout votre corps, c'est-à-dire tout l'ensemble de votre vie. Que serait en effet la mortification, si elle n'était pas simple? — et la charité envers le prochain? — et notre zèle? — et nos pratiques de piété? — et la modestie? — et la patience ? — et toutes les vertus ?

Telle est la simplicité surnaturelle, la simplicité des vrais enfants de Dieu. Il est évident qu'elle est essentielle à la perfection delà vie chrétienne et par conséquent à la vie religieuse. Elle est essentielle à celle-ci, parce qu'elle est la perfection de la vie chrétienne ; mais, nous l'avons répété bien des fois, qui dit vie chrétienne parfaite, dit vie de victime parfaite. Voyez donc comme il convient que la victime soit simple, c'est-à-dire toute à Dieu, à son bon plaisir et à sa gloire. Quel est son état? Sous le regard de qui est-elle? A qui se rapporte sa vie, son être, tout ce qu'elle est? Son état est d'être fixée sur l'autel de Dieu ; — elle est sous le regard de Dieu, qui la domine et l'observe en quelque sorte; — elle n'a de relation d'existence qu'à Dieu seul. Elle est réellement et d'une manière absolue et universelle à ce Dieu, qui a reçu son oblation et qui est l'unique fin de son immolation. Donc nul n'est plus simple, et dans un état dft plus parfaite simplicité, que la victime.

Quelle pureté dans sa grâce ! et quelles faveurs divines lui sont assurées!

' Matt., yi, 22.

C'est ainsi que l'âme simple est une bénédiction pour sa Coraraunouté. Saint François d'Assise disait du frère Junij)ère, qui était d'une admirable simplicité et dont le nom latin signifie genévrier : « Que je voudrais avoir une forêt de pareils genévriers ! »

Les âmes simples sont les bénédictions des communautés; mais elles en sont aussi le charme. Un langage simple, un maintien simple , un air de visage simple, des manières simples, — dans le support des défauts, une patience simple, — dans la sympathie que l'on témoigne au prochain à l'occasion de quelque peine qu'il éprouve, une commisération simple,- — dans la charité avec laquelle on rend service, un dévouement, un empressement, une cordialité simples... Quelle touchante et attrayante et tout aimable révélation du Cœur de Jésus et de celui de sa sainte Mère ! et quelle paix, quel bonheur répand autour d'elle cette grâce vraiment céleste !...

Dieu est alors devenu comme sensible et visible dans l'âme qui jouit de cette grâce de la simplicité. Car « la simplicité, dit le P. Grou, se communique de l'intérieur à l'extérieur; et de deux personnes dévotes un œil clairvoyant discernera sans peine, à l'air, h la contenance, au parler, au geste, à la démarche, celle qui est intérieure et simple et celle qui ne l'est pas. Il n'est pas possible de rendre ce que Dieu imprime sur le visage, dans les regards, dans le ton de voix, dans le maintien d'une personne qu'il possède. Tout le monde est frappé de l'ofTet ; très peu remontent à la cause, qui n'est autre chose que cette admirab'e simo'icité. laauftlle se répand du dedans sur le dehors^ »

1 L'Intérieur de Jésus et de Marie, chap. XL.

DiED est en elle, et elle est en Dieu ; tout est dit, Dana toute action, son regard se fixe uniquement sur ce Principe et ce Terme divin. Elle n'a pas, elle n'a jamais un regard sur elle-même. Si elle regardait et Dieu et elle-même, il y aurait vue double et duplicité par conséquent. Mais non! Dieu seul ! Elle ne dit pas : Que pense-t-on de moi?... Ne me trouvera-t-on pas bonne, affable, modeste, recueillie, patiente ? — Cette pensée ne peut venir en son esprit, ou si elle vient, comme par un jeu de l'imagination, elle la repousse avec horreur. Mais si elle vient au commencement de la vie chrétienne, on peut dire qu'à la fin elle n'est plus possible : tant cette âme a réussi à se dégager de tout l'humain qui est de sa nature double, multiple et compliqué, et à se reposer en Dieu seul qui est essentiellement simple. Comme elle rapporte tout à cet unique Fin, comme elle fait tout en vue de cet unique Centre, elle demeure dans l'unité, et c'est ainsi qu'elle est toujours admirablement simple. Aussi n'est-elle point inconstante dans sa charité, sa patience, son dévouement. Comment le serait-elle? Si elle agissait en vue des créatures ou d'elle-même, elle pourrait le devenir, parce que le bon plaisir de toute créature est variable, et que si on la suit dans ses variations, on est inconstant comme elle. Mais le bon plaisir de Dieu ne varie pas. Nous savons toujours comment on lui plaît. 11 n'y a pas à s'inquiéter de l'opinion qu'il aura de nous , si notre intention est droite et pure. Et voilà la paix, la tranquillité, l'unité dans laquelle l'âme s'établit; voilà une sorte d'union perpétuelle à Dieu et de demeure fixe en lui, qui est le commencement de la béatitude éternelle.

OU 1 qu'heureux est le novice qui arrive à posséder cette

grâce d'un prix infini ! Heureux les noviciats quï possèdent en grand nombre des novices tout embaumés des célestes parfums de la simplicité religieuse !

Mais voyons particulièrement quels sont les fruits admirables que porte la simplicité, dans la pratique de la vertu la plus essentielle au noviciat.

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