‹ De l'esprit et de la vie de sacrifice dans l'etat religieuxChapitre 49 sur 115 · I. — Elle est sans j\igement humain · texte numérisé non relu

I. — Elle est sans j\igement humain

Le Supérieur parle, c'est Dieu même qui parle : tout est dit. Ce qu'est l'action à faire, difficile ou facile, agréable ou

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lî>ïy LIVRE DEUXIÈME

pénible à la nature, est chose indifférente. Le regard àe l'esprit ne se porte pas sur l'ordre donné pour le juger, pour se rendre compte des motifs qui ont déterminé celui qui commande , mais sur l'ordre de Dieu qui est indubitable, mais sur sa volonté qui est manifestement connue par celle du Supérieur : et, pour le vrai obéissant dont l'esprit esl simple, dont la volonté est droite et simple comme l'esprit, tout est là.

Saint Grégoire, pape, dit : « Le vrai obéissant est celui qui n'examine jamais les vues du Supérieur et qui ne discute pas ce qu'on lui commande, parce que son jugement est tout entier soumis. Toute sa joie est de faire ce qu'on lui dit. Son obéissance est tout son bonheur^. »

Tels étaient les novices des déserts de la Thébaïde et de Scété. Ecoutons d'abord le récit du noviciat de Paul le Simple. Que cet exemple et le suivant, qui contrastent si fort avec la délicatesse et l'esprit de sufTisance et d'orgueil de notre époque, ne nous paraissent pas des exagérations l Ce serait un malheur pour nous que de penser ainsi.

Quand Paul, surnommé le Simple à cause de sa grande droiture et simplicité, se présenta à saint Antoine (et il fut le premier à solliciter d'avoir part à la vie sainte du Père des solitaires), le grand patriarciie lui dit que la première vertu du vrai novice était l'obéissance, et qu'il ne pourrait devenir son disciple et réussir dans le genre de vie qu'il embrassait, qu'en pratiquant excellemment tout ce qu'il lui

« In libr. l Keg., libr. II , c. iv. — Patrol., t. LXXIX , col. 131 : Vera oheiientia nec prœpositorum intcntionem discutit , nec pvœcepla discernit; im hoc solo gaudet, *i quod prœcipitur operalur, Nescit enim jtM(t«ar«, «w*

lommanderait. Paul lui promit tout dnns la sincérité de son eœur. Alors commencèrent les épreuves du noviciat. La première preuve que saint Antoine exigea de sa soumission fut de demeurer en prière hors de la cellule, et de n'en pas bouger jusqu'à ce qu'il vint lui apporter de quoi travailler; et lui cependant se renferma dans sa cellule, observant par la fenêtre, à la dérobée, s'il s'acquittait bien de ce qu'il lui avait prescrit. Il le laissa ainsi exposé à l'ardeur du soleil durant le jour et à la fraîcheur de la nuit, sans que Paul changeât jamais de situation, ni se détournât de sa prière.

Après cette longue et pénible épreuve, oii le Saint eut tout lieu d'admirer sa simplicité et sa patience, il apporta des branches de palmier et lui dit de travailler de la manière qu'il lui verrait faire ; et quand il eut fini l'ouvrage, il lui témoigna qu'il n'avait pas bien réussi et lui ordonna de le défaire, pour le mieux faire, ce qui rendit le travail encore plus long et plus pénible ; à quoi Paul se rendit, sans qu'il parût sur son visage la moindre marque d'inquiétude*.

Tel fut le commencement du noviciat de Paul, premier disciple de saint Antoine. Cet homme simple s'abandonna ainsi sans réserve à la conduite de son saint directeur. Il royait Dieu en sa personne, et sa volonté admirable dans chacun de ses ordres; et rien ne pouvait le déterminer de celte vue, ni la sévérité du commandement, ni les contradictions apparentes de celui qui commandait.

C'est dans les mêmes dispositions admirables que le vénérable Jean le Nain et son frère se présentèrent à un saint solitaire du désert de Scété. Celui-ci était un homme d'une

> Vitt dts Pères Uu désert» liv. I. cb. vi.

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grande austérité de vie, et tout son soin était de former des disciples en qui la vie de la nature fût éteinte et qui n'eussent plus en eux d'autres mouvements que les mouvements de la grâce. C'pst pourquoi, dit Tau teur des Vies des Pères j il exigeait de ceux qui se présentaient a son monastère qu'ils fussent dans la disposition de n'avoir point de volonté propre. Ce n'est qu'à cette condition qu'il consentait a les recevoir. Donc, lorsque Jean le Nain et son frère se présentèrent à lui, il ne manqua pas de les interroger sur ce point essentiel; et sur la promesse qu'ils lui firent de se soumettre aveuglément à tout ce qu'il leur prescrirait, il se chargea de leur conduite. Les épreuves suivirent de près cette première leçon. Le vieillard, prenant un bâton, sec depuis longtemps, qu'il trouva sous sa main, l'enfonça dans la terre et ordonna à Jean le Nain de l'arroser tous les jours jusqu'à ce qu'il portât des fruits. L'ordre était d'autant plus difficile à exécuter que l'eau était à deux milles de là, et il était obligé de partir le soir pour aller en puiser, et n'en pouvait revenir que le matin. Il persévéra deux ans dans ce pénible travail, sans qu'il y eût apparence que le bâton reverdît. Enfin, à la troisième année, Dieu bénit sensiblement son obéissance par un prodige. Le bâton, contre toute espérance, poussa des feuilles et produisit des fruits, que son Supérieur porta à l'église des solitaires et leur présenta en disant : « Goûtez mes fi'ères, de ces fruits; ce sont des fruits d'obéissance. »

Postumien, qui avait été en Egypte en 402, certifiait à Sulpice Sévère, d'avoir vu lui-même cet arbre vert dans la cour du monastère*. On dit qu'il y a encore en Egypte un

I Sttlp. S«v., Dial., l, c. XIX.

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monastère dédié à notre saint solitaire, où l'on montre un arbre qu'on croit être le même et qu'on appelle pour cela l'arbre d'obéissance. Ce qui serait un nouveau miracle*.

Tels étaient Jean le Nain et le maître qu'il s'était choisi. Nous voyons que Dieu récompensa par un miracle la parfaite simplicité du fervent novice dans l'obéissance. Le miracle a été souvent la bénédiction que la bonté divine a attachée à cette merveilleuse simplicité. Un jour, saint Benoît dit à son disciple saint Maur, d'aller au secours d'un autre frère qui se noyait; saint Maur le fit, et marcha sur les eaux. La célèbre Mère Anne de Saint-Barthélémy, qui fonda, dans les premières années du xvii* siècle, le Carmel de France, ne savait pas écrire au commencement de sa vie religieuse. SainteTércselui dit un jour de prendre une plume et d'écrire; elle le fit, et devint la secrétaire de la Sainte. Nous avons connu une véritable Supérieure, morte aujourd'hui, en odeur de sainteté, qui avait une de ses filles malade. Elle lui commanda d'aller dire à la Sainte Vierge en son nom de la guérir. L'obéissante religieuse alla faire la commission avec une simplicité d'enfant à la Mère de toute consolation, et fui guérie.

Ces exemples, que nous pourrions multiplier, ne sont pas cités ici pour qu'un maître des novices s'autorise à faire ce que les saints, inspirés de Dieu, ont fait dans quelques rares circonstances; mais ils prouvent combien ce Dieu d'amour se plaît dans l'obéissance simple, et la consolation que donne à son cœur le novice qui, ne voyant que sa volonté sainte dans celle de son Supérieur, va tout droit sans raisonnement humain, dans la voie de l'obéissance.

< Vies des Pires du désert, liv. IV, cb. xvu.

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