‹ De l'esprit et de la vie de sacrifice dans l'etat religieuxChapitre 56 sur 115 · DES VŒUX DE RELIGION · texte numérisé non relu

DES VŒUX DE RELIGION

On ïppelle vœux de Religion, les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, émis dans un institut approuvé par l'Eglise.

Ces trois vœux sont l'essence de la vie religieuse. On définit la vie religieuse : « Un genre de vie stable et permanent approuvé par l'Eglise, dans lequel les fidèles s'engagent à tendre à la perfection par le moyen des trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, faits conformément à la Règle de l'Ordre*. »

On dit 1" : « Un genre de vie stable et permanent approuvé par l'Eglise. » Sans cette approbation suprême, quelles garanties sérieuses offriraient aux fidèles les règles môme les plus parfaites et l'ordre en apparence le plus fervent? L'Eglise ne peut pas se tromper dans l'appréciation de la fin d'une congrégation, et des moyens que celle-ci se propose pour atteindre cette fin.

On dit 2* : «... dans lequel les fidèles s'engagent à tendre à la perfection. » Cette tendance est de l'essence de la vie religieuse, et tout Religieux est tenu, par une obligation grave, à être dans cette disposition de tendance à la perfection.

* s. Liguori, lib. IV, a* I.

3' «.. par le moyen des vœux. » Moyen essentiellement nécessaire. Sans eux, le fidèle peut tendre à là perfection, et il en est heureusement ainsi de plusieurs dans le monde Mais ils peuvent ne pas persister dans cette tendance et revenir à la simple pratique des commandements ; tandis que le Religieux est fixé d'une manière permanente dans cet état de tendance vers la perfection, et il ne peut se désister de cette tendance sans pécher mortellement. Or, ce sont les vœux de la religion qui le fixent dans cet état.

4' 4... des vœux faits conformément à la Règle de l'Ordre. » C'est eu effet la Règle (en comprenant sous ce nom les Constitutions), qui fait connaître l'étendue particulière des vœux dans chaque institut, et qui en précise la pratique.

Rien n'est plus noble et plus saint, après le Sacerdoce, que la vie religieuse. Elle est d'institution divine. C'est Notre- Seigneur lui-même qui l'a fondée ; aussi nous la voyons pratiquée de bonne heure au sein du Christianisme.

Des monuments de la plus haute antiquité ne permettent pas d'en douter*. Sainte Marthe, l'hôtesse du Sauveur, chassée de Palestine avec saint Lazare et sainte Madeleine, aborda dans le midi des Gaules, et y fonda un monastère de pieuses femmes'^. Sainte Madeleine, sa sœur, aurait aussi embrassé la vie religieuse dans l'Orient. Saint Ignace, disciple des Apôtres, écrivait aux Pliilippiens : « Je salue l'assemblée des vierges et la congrégation des veuves ; » et ailleurs, il recommande à ceux de Tarse d'honorer les Vierge» comme « consacrées à Dieu, » et les veuves comme « l'autel

1 V. Platus, de Bono stat. relig., 11b. II, c. 24. Il cite un j^rand nomliro des Pères les plus anciens. — 2 C'est la Tradiliou de l'iovcncc. V, le Uréviaire romain , qui la conGrme, au 2U juillet.

OU le sacraire de Dieu. » Et dans l'épître aux habitants d'Antioche; « Que les vierges, dit-il, reconnaissent à qui elles sont consacrées. » Et enfin à Héron : « Conservez les vierges comme les joyaux de Jésus-Christ. »

C'est saint François de Sales qui, dans la préface des règles et constitutions de l'Ordre de la Visitation, a recueilli ces textes.

Il existait donc des Religieux et des Religieuses longtemps avant saint Antoine et saint Pacôme, qui sont appelés les pères de la vie monastique. Mais, à partir de l'époque oiices anges de la solitude peuplèrent les déserts de tant de saints cénobites, la vie religieuse est dans le plus grand honneur, et l'histoire, tant en Occident qu'en Orient, en est vraiment merveilleuse.

Cependant jusqu'au douzième siècle tous les vœux étaient simples ; à cette époque, le pape Innocent II, au deuxième concile de Latran , les éleva à la dignité de vœux solennels *. Quel fut leffet de cet acte de la volonté souveraine du vicaire de Jésus-Christ ? C'est ce que nous allons voir.

Les vœux religieux se divisent en vœux simples et en vœux solennels. Les uns et les autres ne diffèrent en rien quant à la substance, c'est-à-dire que quels que soient les vœux que le Religieux a faits, simples ou solennels, la pratique des vœux est aussi rigoureuse dans les deux cas : même pauvreté, même chasteté, même obéissance. La différence consiste en ce que le Religieux à vœux solennels est incapable de faire un acte valide contraire à son vœu, tandis que

1 Le deuxième eonciic de Latran fut tenu en 1130. Quelques auteurs pensent toutefois que ce fut saint Grégoire le Grand qui , au «ixièaie siècle, fil cettt heureuse innovation.

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le Religieux à vœux simples, en faisant le même acte fait ua acte valide quoique illicite.

Mais s'il est vrai que les vœux solennels n'imposent pas au Religieux une obligation plus stricte de la pauvreté, de la chasteté et de l'obéissance, il fa ut convenir cependant qu'ils le placent dans un état plus parfait, puisqu'ils lient davantage sa liberté, et que par conséquent ils le consacrent plus absolument à Dieu. Aussi est-ce de la profession solennelle, et d'elle seule, qu'on a dit qu'elle est un second baptême et qu'elle est comparable au martyre.

Les instituts religieux qui font des vœux solennels sont appelés canoniquement Ordres religieux ; ceux qui ne font que des vœux simples portent le nom de Congrégations religieuses. Mais il y a même dans les Ordres, des Religieux qui ne font que des vœux simples. Cela est déterminé par les constitutions. Comme aussi l'Eglise quelquefois donne à un vœu qui demeure simple, la vertu et les effets d'un vœu solennel. C'est ce qui a lieu pourle vœu simple de chasteté émis par les scholastiques de la Compagnie de Jésus, auquel le Pape Grégoire XIII attacha la force d'annuler le mariage contracté sans dispense

En France, les vœux de toutes les Religieuses, soit qu'elles appartiennent à d'anciens ordres, soit qu'elles fassent partie de congrégations plus récentes, sont simples ^ L'Eglise l'a ainsi voulu, depuis la révolution de 1793, pour de très sages raisons, toujours dignes d'elle.

Ml y a une cxccplioii : clic est en faveur des communautés religieuses de femmes appnrtcn.int aux ordres anciens , Carmélites, Visitandines, etc., qui ha- Lllcnl la Savoie (Rép. de la S. Congréf. des Ev. et Réç., 31 juillet 1861). Ce qui fait espérer que lût ou tard la soleimilé des vœux pourrait élro rendue aux autre! communautés de France.

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Les vœux solennels ne peuvent être que perpétuels : c'est une condition absolument indispensable. Les vœux simples sont les u'js perpétuels, les autres temporaires. Cette difîérence provient des vues particulières de chaque fondateur da congrégation religieuse, vues qui sont toujours respectables, surtout quand les règles et constitutions sont approuvées par l'autorité légitime. Il y a même des communautés dont les membres font les uns les trois vœux perpétuels, les autres les trois vœux temporaires ; d'autres enfin, où une partie de la communauté fait un ou deux vœux seulement, celui d'obéissance, par exemple.

Mais quelle que soit la durée des vœux, qu'ils soient émis pour toujours ou seulement pour une année, ou même moins, n'oublions pas que l'obligation du Religieux à yœux solennels et du Religieux à vœux simples, soit perpétuels, soit temporaires, est h même quant a la pratique person^ nelle du vœu, pour le temps que le vœu embrasse ; c'est-àdire que le Religieux qui n'aurait que des vœux d'un au devrait se considérer, pendant cette année, comme étant tenu à une pratique aussi exacte de la pauvreté, de la chasteté et de l'obéissance que le Religieux à vœux solennels (à moins que les constitutions ne disent expressément le contraire, mais nous ne. connaissoDs pas de constitutions de co genre*).

1 S'il pouvait y avoir une exception au principe que nous ëmellons îcl, ce serait relativement au vœu de pauvreté. Les vœux simples n'enlevant pas (comme !e« vœux solennels) le domaine direct de ses biens au Religieux, mais seulement l'usufruit , il pourrait se faire que les Conslitutions de son Institut l'autoritassent à transmettre, sans la permission dt; son Supérieur, ce domaine direct, «oit par donation, soit par testament. Mais il ser.iit toujours vrai qu'il ne peut bir« aucun acte contre la matière essentielle du vœu. Nous verrons bicntAl

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Par conséquent, nous ne rappellerons plus désormais ces distinctions de vœux solennels et ces vœux simples perpétuels ou temporaires. Ce que nous avons à dire dans la suite regarde également tous les Religieux.

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