LETTRE DE SAINT IGNACE SUR L'OBE'ISSANCE
DANS LAQUELLE SONT EXPOSÉS LES MOTIFS ET LES TROIS DEGRÉS DE PERFECTION DE CETTE VERTU*
Ignace de Loyola aux Pères et Frères de la Compagnie de Jésus, qui sont en Portugal.
I. J'ai beaucoup de joie, mes très chers frères en Jésus - CHRIST, d'apprendre avec quel courage, aidés de la grâce divine, vous VOUS portez à la plus haute perfection, et avec quelle ardeur vous vous employez au service de Dieu, qui, après vous avoir appelés à cette manière de vie, vous y conserve par sa miséricorde et vous conduit à la fin bienheureuse qui est le terme assuré de tous les élus.
II. Or, quoique je désire, comme je l'ai témoigné autrefois, de vous voir accomplis dans la pratique de toutes les vertus, je souhaite surtout que vous excelliez dans l'obéis-
1 CeUe admirable lellre e?t peu connue. Nous croyons ôlre agréable au pieux lecteur cil la reproduisant. Elle rcsunio et elle complète ce que nous avons dit sur robéissancc. Il n'est pas nécessaire de faire remarquer la grande autorité da l'illustre saint qui l'a écrite.
iance, non seulement à cause des grands biuns et des avantages singuliers qui sont attachés à cette vertu, comme il est très constant par un grand nombre de passages et d'illustres exemples de l'Ancien et du Nouveau Testament, mais aussi parce que, comme dit saint Grégoire, il n'y a que l'obéissance qui produise en nos cœurs les autres vertus et qui les y conserve, après les y avoir prodaitos. Si cette vertu règne en nous, les autres y régneront aussi et y produiront les fruits que je souhaite et que demande de vous avec justice Celui qui, par sa propre obéissance, a voulu réparer le monde qui s'était entièrement perdu par le mépris de cette Tertu, « s'étant fait obéissant jusqu'à la mort, comme parle l'Apôtre, et jusqu'à la mort de la Croixi. »
III. Si quelques ordres religieux sont plus austères que nous, en veilles, en jeûnes, et en d'autres macérations du corps, selon leur institut, pour moi, mes très chers frères, je souhaite surtout que ceux qui se consacrent à Dieu dans cette Compagnie s'attachent à une parfaite obéissance, à un entier renoncement de leur volonté et de leur jugement; et que cette vertu soit comme la marque qui distingue les véritables enfants de la Compagnie, n'ayant jamais égard à celui à qui ils obéissent, mais regardant en sa personne Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour l'amour duquel ils obéissent. En effet, si l'on obéit à un Supérieur, ce ne doit pas être par rapport à lui, ni en vue des bonnes qualités qu'il pourrait avoir, comme de prudence, de bonté ou d'autres semblables, mais parce qu'il tient à notre égard la place de Dieu et qu'il est revêtu de l'autorité de Celui qui a dit • « Quiconque vous
1 Philip., II, 8.
écoute m'écoute, et qui vous méprise me méprise*, » de Hanière que, quand il manquerait de prudence et de conduite, on ne doit pas pour cela lui être moins obéissant, puisqu'il est toujours Supérieur et qu'il représente Celui dont la sagesse est infailible, et qui suppléera par soi-même à ce qui pourrait manquer à son ministre, soit de vertu ou d'autres bonnes qualités. En effet, Jésus-Ghrist ayant dit : « Les Scribes et les Pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse. » ajouta expressément : « Gardez donc et faites tout ce qu'ils vous diront; mais ne faites pas ce qu'ils font^. »
. ÎV. Motifs de Vohéissance. — Ainsi, ce que Je souhaite expressément, c'est çue vous apportiez tout votre soin et toute votre application à reconnaître, en quelque Supérieur que ce soit, Jésus-Ghrist Notre-Seigneur, et à rendre à son caractère de Supérieur l'honneur et le respect que vous devez à la Souveraine majesté de Dieu. Ce que vous n'aurez pas de peine à comprendre si vous considérez que saint Paul nous ordonne d'obéir aux puissances séculières et aux païens même, comme nous obéissons à Jésus-Ghrist, qui est la source de toute puissance bien réglée; car voici comme il écrit aux Ephésiens : « Obéissez à vos maîtres temporels avec crainte et tremblement en la simplicité de votre cœur, comme à Jésus-Ghrist, ne les servant pas seulement lorsque vous en serez vus et comme cherchant à plaire à des hommes purement, mais en serviteurs de Jésus-Christ qui cherchent à faire la volonté de Dieu de tout leur cœur, et qui n'ont d'autre volonté que de le servir, sachant qu'ils rendent leurs services au Seigneur et non aux hommes^. » Et
c Luc, X, 16. — 2 MaUh., xxiii, 2, 3. — 3 Eplies., VI, 5, 7.
par là vous pouvez juger vous-même quel respect le Religieux doit avoir intérieurement pour celui à qui il s'est soumis pour sa conduite, non seulement comme à un Supérieur, mais encore comme à celui qui tient à son égard la place de Dieu; et s'il le doit considérer comme un homme seulement. et non pas comme le vicaire de Jésus-Christ.
V. Degrés de Vobéissance. — Premiei degré : Exécution; — second degré : Union de volonté. Mais ce que je désire encore plus , c'est que vous compreniez bien et que vous graviez profondément dans votre esprit que cette première sorte d'obéissance , qui ne tend qu'a la seule exécution des choses qu'on commande, est une obéissance bien basse et bien défectueuse, et qu'elle n'est pas même digne du nom de cette vertu, si elle se contente de cela seulement, sans monter jusqu'au second degré , qui fait de notre volonté et de celle de notre Supérieur une même volonté et qui met un si bon accord entre lui et nous, que non seulement il paraisse, dans l'exécution, que nous faisons ce qu'il nous commande , mais aussi que nous n'avons qu'un même dessein avec lui ; de manière que nous voulions ou ne voulions pas les mêmes choses. C'est pourquoi nous lisons dans lEcriture : c L'obéissance vaut mieux que d'offrir des victimes', » parce que, dit saint Grégoire, « dans les victimes on sacrifie des animaux et une chair étrangèie, et dans l'obéissance ou sacrifie sa propre volonté. » Et parce que cette faculté de Dotre âme est si noble et si précieuse, de là vient que le sacrifice que nous en faisons à Notre-Seigueur et à notre Créateur est extrêmement considérable.
«IRec.,xv,aa.
VI. C'est donc une erreur bien grossière et bien dange* reuse, non seulement de ceux qui s'imaginent qu'il leur est permis de se retirer de l'obéissance dans les choses qui flattent le corps et la sensualité , mais aussi de ceux qui se persuadent qu'ils peuvent s'éloigner de la volonté du Supérieur pour faire des choses qui sont d'ailleurs spirituelles et fort saintes en elles-mêmes, comme sont les jeûnes, les oraisons et semblables œuvres de piété. Qu'ils écoutent ce que Cassien a sagement remarqué dans la conférence de l'abbé Daniel : « Certainement, dit-il, c'est également désobéir d'aller contre les commandements du Supérieur, soit pour s'attacher au travail, soit pour demeurer dans le repos : et c'est un aussi grand mal d'agir contre les règles du monastère pour dormir que pour veiller, et une aussi grande faute d'agir contre l'ordre du Supérieur pour vaquer à la lecture que pour dormir. » L'occupation de Marthe fut sainte; la contemplation de Magdeleine fut sainte, la pénitence et les larmes dont elle lava les pieds du Sauveur furent saintes; mais il fallait que tout cela se fît en Béthanie, c'esl-à-dire dans la maison d'obéissaûce, selon la signification du mot Béthanie ; comme si Notre-Seigneur, ainsi que l'a remarqué saint Bernard, nous eût voulu instruire par là , que ni l'inclination aux actions de piété, ni la douceur de la contemplation des choses saintes, ni les larmes de cette pénitente , n'eussent pu lui être agréable hors dt Béthanie
VII. Ainsi, faites tout ce que vous pourrez, mes très chers frères, pour avoir cette entière soumission de vos volontés; abandonnez généreusement et sacrifiez à votre Créateur la liberté qu'il vous a lui-même donnée, et ne pensez pas faire
peu de chose, lorsque vous l'en rendez entièrement le maître par l'obéissance. Bien loin de perdre votre liberté en lui ea faisant un sacrifice, elle devient plus excellente et plus parfaite, parce qu'ainsi vous avez toujours votre volonté conforme à une règle très sûre de rectitude, qui est la volonté divine, dont vous avez un fidèle interprète en celui qui commande de la part de Dieu.
VIII. C'est pour cela que vous devez bien prendre garde à n'attirer jamais la volonté du Supérieur, que vous devez regarder comme celle de Dieu, à votre volonté et à vos desseins ; car ce ne serait pas conformer votre volonté à la volonté divine, mais plutôt accommoder la volonté divine à la règle et aux inclinations de la vôtre : ce qui serait renverser entièrement l'ordre de la sagesse de Dieu. En effet, combien est grande Terreur de ceux que l'amour d'eux-mêmes a tellement aveuglés, qu'ils se persuadent d'être obéissants lorsqu'ils ont porté le Supérieur, en quelque manière que ce soit, à vouloir ce qu'ils veulent ! Qu'ils entendent là-dessus saint Bernard, si intelligent en cette matière : « Quiconque, dit-il, travaille ouvertement ou en secret pour porter son Supérieur à lui commander ce qui est selon son inclination , se trompe soi-même, s'il se flatte de pratiquer l'obéissance en ce qu'il fait ; car ce n'est pas lui qui obéit alors au Supérieur, mais c'est le Supérieur qui lui obéit. » Et par conséquent, celui qui veut acquérir la vertu d'obéissance doit s'élever au second degré de cette vertu, qui demande que non seulement il exécute la volonté du Supérieur, mais aussi que sur la volonté du Supérieur il règle la sienne, ou plutôt qu'il quitte la sienne pour ne voir que celle de Dieu, laquelle lui est déclarée par le Supérieur.
IX. Troisième degi^é : Soumission du jugement. — Mais si quelqu'un veut faire de soi-même un sacrifice parfait, il est nécessaire qu'après avoir soumis à Dieu sa volonté, il lui consacre encore son entendement , en quoi consiste le troisième et le plus haut degré de l'obéissance; de sorte que non seulement il veuille ce que le Supérieur veut, mais qu'il soit aussi du même sentiment et que son jugement soit entièrement soumis au jugement du Supérieur, autant qu'une volonté déjà soumise peut soumettre l'entendement. Et quoique cette faculté de l'esprit ne soit pas libre dans ses opérations, comme l'est la volonté, et qu'elle se porte, par une détermination naturelle et nécessaire, à ce qui lui paraît véritable , elle peut néanmoins , dans les choses où l'évidence de la vérité connue ne l'emporte pas nécessairement, suivre l'un des deux partis, selon le poids que la volonté lui donne. Et c'est dans l'occasion de ces choses qui ne sont pas évidentes, que tout homme qui fait profession d'être obéissant doit se soumettre au sentiment du Supérieur : car, comme l'obéissance est une espèce d'holocauste, par lequel tout l'homme, sans nulle réserve, se sacrifie dans les flammes de la charité à son Créateur et Seigneur, parles mains de ses ministres; et comme elle est encore un entier et parfait renoncement à soi-même , par lequel le Religieux cède volontairement tout le droit qu'il peut avoir sur sa conduite particulière, pour ne dépendre absolument que de la divine Providence, sous le commandement de son Supérieur, i il est aisé de voir que l'obéissance ne renferme pas seulement l'exécution des choses commaudées, ni la volonté pouf s'en acquitter volontiers; mais qu'avec l'exécution et la volonté, elle comprend encore la soumission du jugement, par laquelle l'inférieur Iro v "r htMi ©i raiaonuable tout ce que le
Supérieur aurn commandé et juge de la sorte, autant que la volonté, comme nous l'avons dit, aura de force et d'empire sur l'entendement, pour l'obligoi* h «^r» •snninolti'e.
X. — Nécessité de ce tromcme degré d* obéissance. — Plût à Dieu que cette obéissance du jugement fîit aussi parfaitement connue et aussi fidolement pratiquée des hommes qu'elle est agréable à Dieu, et nécessaire h tous er-nx qui vivent dans les religions ! Car, comme dans les corps célestes, afin que l'un donne le mouvement à l'autie il est nécessaire que le plus bas soit tellement placé au-dessous du plus haut qu'il y ait subordination et assujettissement d'un corps à l'autre ; de même parmi les hommes, afin que les uns reçoivent leur mouvement et leur conduite de l'autorité des autres, ce qui se fait par l'obéissance, il faut que celui qui dépend de la volonté d'autrui soit soumis a sa discrétion et à ses ordres, afin que, par cette soumission, il reçoive l'impression de l'autorité de celui qui commande. Or, il n'est pas possible que cette obéissance et cette soumission puissent subsister, si la volonté et le jugement de l'inférieur ne sont pas parfaitement d'accord avec la volonté et le jugement du Supérieur.
XI. Que sî nous voulons ensuite faire réfioxion sur la fin et la cause de l'obéissance, nous trouverons que, comme la volonté se peut dérégler en ce qui nous touche, le jugement peut en cela même tomber aussi dans l'erreur, et par conséquent, comme, pour empêcher que notre volonté ne se dén'^gle, nous l'unissons avec celle du Supérieur; ainsi, dans la crainte que notre jugement no se trompe, nous devons le conformer avec le jugement du même Supérieur. * Ne vous
appuyez point sur votre prudence, » dit l'Ecriture sainte*. Et c'est un commun sentiment parmi les sages, dans les affaires mêmes du monde, qu'il est de la prudence de ne se fier nullement à sa prudence, surtout dans nos propres affaires, dans lesquelles nous ne sommes pas ordinairement des juges assez équitables, à cause de la passsion qui nous trouble. S'il est donc vrai que, dans nos affaires particulières, nous devons soumettre notre jugement au jugement et à l'avis d'un autre, quoiqu'il ne soit pas notre Supérieur, combien plutôt le devons-nous faire à l'égard de celui qui est véritablement notre Supérieur, à la conduite duquel nous nous sommes abandonnés, le regardant comme le lieutenant de Dieu et comme l'interprète de sa volonté souveraine ! Et ceite précaution est d'autant plus nécessaire aux personnes spirituelles et dans les affaires de Dieu, que le danger est plus grand dans le chemin de la vertu, lorsqu'on y va sans être retenu par les règles de la prudence et delà discrétion. Sur quoi Cassien dit fort à propos, dans la conférence de l'abbé Moïse : « Il n'y a point de dérèglement d'où le démon tire plus d'avantage pour perdre un Religieux, que lorsque lui faisant négliger les avis de ses Supérieurs, il lui aura persuadé de s'arrêter à son propre jugement et de suivre ses propre lumières. »
XII. De plus, c'est que, si cette obéissance du Jugement nous manque, il ne peut se faire que la soumission de notre volonté et l'exécution des choses qui nous sont prescrites De soient beaucoup plus défectueuses; car nous sommes ainsi faits, que les puissances affectives de notre âme suivent
*Pfov.,in, 5.
naturellement celles qu'on nomme appréhensives ; d'où il arrive que, sans une grande violence il n'est pas possible que la volonté se soumette constamment dans les choses que le jugement désapprouve ; et quand même il se trouverait quelqu'un qui eût cette soumission de la volonté durant quelque temps, par cette maxime générale qu'il faut obéir, même en des choses qui ne seraient pas commandées avec assez de prudence, cette soumission, néanmoins, ne peut être constante ni assurée, et ainsi il n'y a point de persévérance, ou du moins la perfection de l'obéissance, qui consiste à obéir promptement et avec gaîté, ne s'y rencontre pas : car il ne se peut faire qu'il y ait de la joie et de la promptitude oiî les esprits sont si partagés dans leurs opinions. Le soin et la diligence à exécuter le commandement se perdent aussi, lorsqu'on vient à douter s'il est à propos de faire ou de ne pas faire ce qu'on nous ordonne. Cette simplicité si renommée de Tobéissance aveugle ne s'y trouve plus, lorsque nous recherchons en nous-même si c'est avec prudence ou avec peu de raison qu'on nous fait le commandement ; et peut-être il arrive que nous condamnons le Supérieur, parce qu'il nous commande ce qui ne nous est pas fort agréable L'humilité se perd, d'autant que si d'une part nous nous soumettons, de l'autre, néanmoins, nous nous préférons au Supérieur. La force nous manque dans l'entreprise des choses difficiles. Enfin, pour le dire en un mot, toute la vigueur de l'obéissance et tout ce qu'elle a d'excellent se perd; et, au lieu de tous ces avantages, il arrive d'ordinaire, par le défaut de cette soiimission du jugement, que l'on tombe dans la tristesse, dans la pesanteur, dans les murmures, dans les excuses ou dans d'autres impei-fections considérables, qui ravissent à l'obéissance toute sa valeur et tout soq mérito.
C'est pourquoi samt Bernard, parlant à ceux qui ont tant de difiSculté à exécuter les choses qui leur sont commandées, quand elles sont fâcheuses, leur donne cette instruction : « Si vous souffrez avec peine ce qui vous est ordonné ; si vous faites quelque jugement désavantageux de votre Supérieur; si vous vous laissez aller intérieurement aux murmures, quoique vous fassiez extérieurement ce qui vous est commandé, sachez que ce n'est point là une vertu de patience, mais un déguisement pour couvrir votre malice ! » Que si l'on recherche la paix du cœur et la tranquillité de l'esprit} il est hors de doute que celui-là n'en jouira jamais, qui nourrit en soi-même le sujet de toute sorte de troubles et d'inquiétudes, lequel n'est autre que cette opposition de jugement aux ordres de l'obéissance ; et c'est pour cette raison que l'apôtre saint Paul exhortant les fidèles à maintenir entre eux cette paix et cette union qui est le lien de toutes les sociétés, leur recommande si expressément que tous jugent et disent les mêmes choses, afin que par cet accord des jugements et des volontés, ils se conservent mutuellement dans une paix parfaite.
XIII. Excellence du troisième degré d'obéissance. — De ce que nous avons dit jusqu'ici, il est aisé de connaître combien l'obéissance du jugement est nécessaire ; mais si vous voulez savoir combien elle est parfaite et agréable k Notre-Seigneur, il ne faut que considérer premièrement, que c'est par elle que l'on consacre à Died la plus noble et la plus précieuse faculté de l'homme ; de plus, que c'est par son moyen que celui qui obéit devient un holocauste vivant et agréable à la Majesté divine, ne réservant rien du tout de loi-même ; et enfin que c'est elle qui nous fait entreprendre
un combat uôs difficile, dans lequel celui qui ooeit se surmonte très généreusement pour l'amour de Dieu, résistant ^ cette inclination si naturelle à tous les hommes, qui les porte à s'attacher à leur propre sens ; d'où nous devons conclure qu'encore que ce soit le propre de l'obéissance de perfectionner la volonté, puisque c'est elle qui la rend soumise au moindre signe de l'inclination du Supérieur, néanmoins cette obéissance, comme nous avons dit, doit encore étendre son pouvoir sur l'entendement, pour lui faire prendre parfaitement les pensées et les sentiments du Supérieur ; et de cette manière il arrivera qu'employant toutes les forces de la volonté et de l'entendement, nous nous porterons avec une promptitude merveilleuse a exécuter entièrement tout ce qui nous est ordonné.
XIV. Moyens pour acquérir ce troisième degré a ooetS' Bance. — Il me semble que vous me dites , mes très chers frères, que vous êtes maintenant bien persuadés de la néces» site de cette vertu, mais que vous voudriez bien savoir comment vous pourriez en acquérir la perfection. Je vous dis avec saint Léon, « Quïl n'y a rien de difficile aux humbles, et rien de fâcheux aux esprits doux et traitables. » Ainsi, pourvu que la douceur et l'humilité ne vous manquent pas, la bonté de Dieu ne manquera pas aussi de vous donner des grâces assez fortes pour vous acquitter non seulement sans résistance, mais aussi avec plaisir, des promesses que vous lui avez faites.
XV. Premier moyen. — Mais, outre cette réponse générale, je vous présente trois moyens particuliers qui peuvent beaucoup servir à acquérir cette obéissance du jugement. Le premier est, comme je vous ai dit au commencement de
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cette lettre, de ne considérer pas le Supérieur comme une personne sujette aux défauts et aux faiblesses ordinaires des hommes, mais de regarder en lui Jésus-Christ même, qui est la Sagesse souveraine, la Bonté incompréhensible et la Charité infinie, lequel n'est capable ni d'être trompé ni de vous tromper. Et puisque votre conscience vous rend témoignage que c'est pour l'amour de Dieu que vous vous êtes soumis au joug de l'obéissance, afin d'être plus assurés de faire la volonté diviue en faisant celle du Supérieur, tenez aussi pour très certain que la charité de Jésus-Christ, qui est très fidèle en ses promesses , veillera toujours sur votre conduite, et qu'elle ne manquera jamais de se servir du ministère de ceux qu'elle a établis vos Supérieurs , pour vous mener à votre bût par des chemins assurés. C'est pourquoi, vous devez écouter la voix et le commandement du Supérieur avec le même respect que vous écouteriez la voix de JÉsus- Christ ; car c'est ainsi que l'apôtre saint Paul, dans la lettre qu'il écrit aux Colossiens, exhorte les sujets à obéir à leurs supérieurs, et leur dit : « Quelque chose que vous fassiez , faites-la de cœur comme si vous travailliez pour Dieu et non pas pour les hommes, sachant que vous recevrez de Dieu la récompense; rendez vos services à Jésus-Christ, Notre- Seigneur. » Saint Beruard nous propose encore ce même moyen quand il dit : « Quelque commandement qu'on vous ait fait, soit qu'il vienne de Dieu ou de l'homme qui est le vicaire de Dieu, vous devez certainement vous y soumettre avec un soin et un respect égal, pourvu néanmoins que le commandement de l'homme ne soit pas contraire à la loi de Dieu. » Et ainsi, pourvu que vous n'arrêtiez pas vos yeux sur ce qui paraît d'extérieur en l'homme, mais que vous portiez vos pensées plus haut, pour regarder Dieu en sa per-
sonne, vous n'aurez nulle difficulté de conformer tos volontés et vos jugements à la règle que vous avez choisie vousmême de vos actions.
XVI. Second moyen. — Le second moyen que je vous propose, c'est de faire toujours tout ce que vous pourrez pour justifier en votre esprit le commandement et le sentiment du Supérieur, et de ne prendre jamais la liberté de le désapprouver ; pour cela, il ne vous servira pas peu de vous affectionner à tout ce qu'il ordonne; d'où il arrivera que non seulement vous obéirez sans chagrin, mais que vous le ferez avec beaucoup de joie et de plaisir; car, comme dit saint Léon : « On ne sert point avec contrainte, quand on aime ce qui est commandé. »
XVn. Le dernier moyen pour acquérir cette soumission du jugement, est de tous le plus facile et le plus sûr, et même le plus en usage parmi les saints ; savoir, de vous mettre bien dans l'esprit que tout ce que le Supérieur commande est le commandement et la volonté de Dieo même ; et comme vous vous portez avec un esprit entièrement soumis h embrasser les vérités que la foi catholique vous propose, ainsi, avec quelque proportion, vous devez vous porter, comme en aveugle, à faire tout ce que le Supérieur vous dit, avec une volonté toujours prête à obéir et une soumission d'esprit qui n'examine point les raisons du commandement. 11 est à croire que ce fut ainsi qu'Abraham obéit au commandement qui lui fut fait de sacrifier son fils Isaac, et que ce fat aussi de la sorte que quelques-uns des saints Pères du désert, au temps de la loi de grAce, obéirent à leur Supérieur, comme firent ceux dqnt parle Cassien, entre autres l'abbé Jean, qui n'avait point d'égard si les choses qu'on lui
commandait étaient de quelque utilité ou non ; comme lorsque, avec tant de travail et avec une assiduité constanti il arrosa un bois sec pendant un an ; ni même si les choses étaient possibles, comme lorsqu'il s'appliqua h faire rouler un rocher qui n'eût pu être remué par plusieurs hommes ensemble. Et néanmoins cette sorte d'obéissance est si agréable à Dieu, qu'il l'a voulu autoriser quelquefois par des miracles. Car, pour ne pas parler des autres qui vous sont assez connus, saint Maur, disciple de saint Benoît, étant entré dans un lac par l'ordre de son Supérieur, marcha sur l'eau sans s"y enfoncer; et un autre ayant reçu le commandement d'aller prendre une lionne et de l'amener à son Supérieur, la prit et la lui amena sans nulle résistance. Il faut donc avouer que cette manière d'assujettir son jugement propre et de s'arrêter sans autre recherche au sentiment du Supérieur, approuvant intérieurement ce qu'il nous commande, n'est pas seulement en usage parmi les saints, mais qu'elle doit être imitée de tous ceux qui ont de l'estime et de l'inclination pour la perfection de l'obéissance, en toutes les rencontres oii il n'y a point de péché manifeste.
XVIII. — Ce n'est pas pourtant que, s'il se présente à votre esprit quelque sentiment différent de celui du Supérieur, et qu'après avoir consulté Notre-Seigneur dans l'oraison, il vous semble le devoii" représenter, vous ne le puissiez faire avec liberté; mais, de peur qu'en cela l'amour-propro et votre sens particulier ne vous trompent, il est à propos d'y porter cette précaution, qu'avant et après avoir proposé votre sentiment au Supérieur, vous soyez également disposé à faire ou à ne pas faire ce que le Supérieur veut ou ne veut pas, et toujours prêt à juger meilleur tout ce qu'il jugera lui-mêrae.
XIX. Subordination dans l'obtissance. — Tout ce que nous avons dit de l'obéissance oblige d'une même manière : et les particuliers à l'égard de leurs Supérieurs immédiats, et les Recteurs ou les autres Supérieurs locaux a l'égard de leurs Provinciaux, et les Provinciaux envers le Général, et le Général envers celui que Dieo lui a donné pour Seigneur, savoir, son Vicaire en terre, afin qu'on g<irde parfaitement la subordination, et qu'ensuite l'on conserve cette paix et cette charité sans lesquelles le gouvernement ni de notre Compagnie, ni de quelque autre société que ce soit, ne saurait subsister longtemps. C'est ainsi que la Providence divine dispose toute chose avec une susvité merveilleuse : elle les mène toute à leur fin par cette subordination, les plus basses par celles du milieu, celles du milieu par les plus hautes. C'est de là aussi que procède cet ordre qui se trouve dans les hiérarchies des anges où les unes sont dépendantes des autres, et qui sont subordonnées entre elles; c'est de là aussi que vient cette liaison mutuelle des globes célestes avec tous les autres corps qui se meuvent, où nous voyons que tous leurs mouvements dépendent du premier mobile, et, se continuant ensuite régulièrement, dépendent de degré en degré jusqu'au dernier. Nous remarquons cela même dans la police de toute ville bien réglée, et particulièrement dans la hiérarchie ecclésiastique, où tous les membres de ce corps et toutes les fonctions qui s'y pratiquent dépendent généralement d'un seul, qui est le Vicaire de Jésus-Christ, Notre-Seigneur ; et plus cette disnosition et dépendance est exactement gardée, plus le gouvernement est excellent et mieux réglé. Au contraire, personne ne peut ignorer les désordres étranges qui arrivent en toutes sortes de sociétés, oar le mépris de cette subordination, et c'est pour cette
raison que je souhaite avec tant d'ardeur que cette ver(u soit religieusement pratiquée dans cette Compagnie, dont Dieu a voulu que je procurasse le bien, comme si tout son avancement et toute sa conservation consistait en sa seule pratique.
XX. — C'est pourquoi, pour finir cette lettre par ou je J'ai commencée, je vous conjure par la considération de Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui ne nous a pas seuloiiient enseigné l'obéissance par sa doctrine, mais encore par son exemple, de vous porter à cette vertu de tout votre cœur, dans le désir extrême de remporter une glorieuse victoire, en vous surmontant vous-mêmes; d'assujettir la partie de votre âme la plus noble et la plus difficile, qui est votre volonté et votre jugement, afin que la connaissance et l'amour sincère de Jésus-Christ Notre-Seigneur, attire à soi parfaitement vos cœurs et règle si bien vos pas dans le chemin de cette vie, que vous puissiez arriver avec plusieurs autres, que vous aurez aidés par vos soins et par vos exemples, ù la dernière et très heureuse fin de la vie éternelle. Je me recommande instamment à vos prières.
De Rome, le vingt-septième de mars mil cinq cent cinquante-trois.
LÏVRE QUATRIÈME
CE qu'il faut entendre par la vie de communauté
La vie de communauté est celle qui, en toute chose et toujours, est conforme aux saintes Règles. Les Règles ont tout déterminé. Il y a des observances de chaque jour, de chaque semaine. Il y a les exercices auxquels toute la coramujituté prend part ; il en est d'autres qui ne sont propres qu'à .1 .-elques membres, suivant leur rang, leurs charges, leui -tat de santé. Ce qui regarde la nourriture, l'ameublement le la cellule, le vêtement, est aussi l'objet de prescriptions ^t,iiiculières. Le silence dans l'intérieur de la communduié et les rapports avec les personnes du dehors sont pareillenv:ut téglés avec le plus grand soin, par les sages fondateur^ Jes divers instituts. En un mot, il n'est rien qui ne soit p/cvu.
La vie commune consiste à s'en tenir fidèlement c: a» qui fst prescrit et déterminé, pour ces divers points et ces diver* «es occurrence».
Elle a horreur des exemptions, elle fuit comme une peste les singularités, elle regarde les soulagements eux-mêmes comme un châtiment (tout en acceptant avec reconnaissance ce que l'obéissance impose). Elle se plaît et trouve son bonheur dans cette uniformité tranquille qui résulte de la régularité de tous, et qui est l'ordre parfait. Le Supérieur sait qu'il est tenu à la vie commune comme l'inférieur, et l'inférieur se réjouit de ce que jamais il n'aura (comme cela peut arriver au Supérieur) à se soustraire à cette invariable et toute aimable règle.
Pour s'exciter à l'amour de la vie commune, le Religieux fait souvent cette réflexion : qu'elle est pour lui purement et simplement la volonté de Dieu, et qu'en dehors d'elle, il n'y a que péril pour le salut, aliment pour l'esprit propre, sensualité, orgueil et point de véritable paix.
Saint Bernard a dit cette belle sentence : « Il n'est rien qui agrée tant à Dieu qu'une vie commune, que des affections communes'. »
Le P. Balthazar Alvarez, si célèbre par son esprit de dîscejnement et ses lumières disait aussi que « vivre avec la communauté et comme la communauté, était le sacrifice le plus agréable h Dieu et la source des plus abondantes bénédictions. » Ses historiens ajoutent que si on lui demandait des pratiques de pénitence extraordinaires, il imposait celleci : « Suivez en tout la communauté, sans exemptions ni privilèges. Mieux vaut, ajoutait-il, vivre un peu moins, ou avec une santé débile, et suivre la communauté, que de f vivre longtemps avec une santé parfaite, en usant d'exemptione et de privilèges qui excitent la jalousie des autres. »
1 Scrm. Je divertis. [l'uliuL lai., l. CL.WXIII.)
LA TIE DE COMMUNAUTé 379
Pour lui, il sollicitait de Notre-Seigneui* cette grâce, qui lui paraissait immense, de pouvoir suivre jusqu'à la fin la communauté; et, bien qu'il eût des inflrmités, il les dissimulait pour ne pas sortir du train commun. L'expérience lui avait appris que le Religieux exact à suivre la communauté est aidé de Dieu, avance dans la vertu et trouve du temps pour tout, pour ses exercices spirituels comme pour ses emplois.
Notre propre bien spirituel exige donc que nous nous attachions à la vie commune, comme à une planche de salut. Il n'est pas possible, en effet, de dire à quels écueils nous nous exposons sans elle.
■ Il arrive quelquefois que des personnes dont la vocation était excellente, et dont le noviciat et les premières années de profession avaient été marquées par une grande ferveur, ont quitté leur institut et sont rentrées dans le siècle : quelle est la cause principale de ce grand malheur? C'est le peu de courage qu'elles ont eu à s'en tenir à la vie commune; c'est le relâchement qui les a portées à demander mal à propos des dispenses ; ce sont les exemptions ou privilèges qu'elles ont obtenues de la faiblesse de leur Supérieur.
Et ce malheur ne provient pas seulement des exemptions ou des dispenses ; mais il y a quelquefois dans les meilleures communautés des esprits singuliers qui semblent n'attacher de iimportance qu'aux actions extraordinaires; ils ont un geure de vie à part, ils s'adonnent à des pratiques de pénitence ou de zèle que l'obéissance ne sanctionne pas, et ils sortent ainsi de la vie commune, et leur vocation elle-même est en péril.
Or, ce malheur est grand ; il est très grand ; et voici quelle en est la cause. Elle est tout entière dans cette simple et
triste vérité : La grâce n'est plus avec ces Religieux insensés. Pendant quelque temps, la nature, qui est pleine d/orgucil et qui se repait de ces singularités, parce qu'elles sont up aliment naturel à ce mcMiie orgueil, la nature, disons-nous, se soutient par ses propres forces : mais bientôt elle s'épuise; elle éprouve alors le besoin d'un changement, et elle s'imagine que le milieu où elle vit n'est plus celui qui lui convient. De là à l'abandon de la première vocation il n'y a qu'un pas, et ce pas est bien vite franchi, si quelque grâce extraordinaire ne vient pas éclairer l'âme infortunée, jouet d'une telle illusion, et lui faire voir l'abîme où ses désordres la conauisenî. p ^
Mais, nous dira-t-oc, la vie des saints, et même des saints vivant en communauté, est pleine de faits qui montrent qu'ils ne craignaient pas les voies extraordinaires et que sou» vent, poussés par l'esprit de Dieu, ils pratiquaient les plus grandes singularités.
A cela nous répondrons par les deux considératious suivantes :
1* « EprouTiZ les esprits, nous dit saint iean, pour savoir s'ils viennent bien de Dieu ^ » « Il est certain, ajoute le vénérable dom Barthélémy des Martyrs , que jamais les saints ne fussent devenus saints, s'ils n'eussent acquiescé à l'inspiration divine qui les poussait à des vertus singulières et exceptionnelles ; mais le Supérieur doit premièrement examiner avec soin l'esprit qui porte le Religieux à ces vertus: Tobéissance à s'en déprendre ou l'obstination à s'y attacher «era la pierre de touche. Il doit, en second lieu, éviter de paraître estimer fort ces faveurs siuMuU^ss et juger de la sainteté
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par ces vertus exceptionnelles : il courrait risque de dresser un piège à l'humilité du Religieux ainsi favorisé, de pousser à l'illusion ceux qui ne sont pas conduits par cette voie, peutêtre même d'éveiller la jalousie dans le reste de la communauté. Les filles, en général, sont très flattées de ces dons extraordinaires; il faut leur rappeler que saint Paul préfère la charité à tout ce qu'il y a de sublime et de rare en ce genre, et que le fondement nécessaire qu'il importe d'établir, c'est la sainteté qu'exige la règle et que produit la vie commune. »
2* Dans tous les cas, il ne peut être admis que les grandes grâces des saints nuisent à la vie commune. S'il en était ainsi, il en faudrait conclure que Dieu demande d'eux qu'ils quittent leur monastère, et quoique cela soit rare, cela s'est vu. Saint Pacôme, cet homme divinement inspiré, pria saint Macaire de se retirer de sa communauté, parce qu'il craignait que la vie extraordinaire de ce grand serviteur de Dieu ne nuisît à l'esprit de régularité qui régnait parmi ses religieux; et le Supérieur de saint Siméon Stylite fit de même, quand il remarqua que ce grand solitaire était appelé à une vie extraordinaire.
Mais, avons nous dit, cela est rare, et communément les grâces extraordinaires, les grandes vertus, les grandes faveurs divines ont pour effet de fortifier l'esprit de communauté. Témoin ce que nous lisons dans la Vie de la bienheureuse Marguerite-Marie écrite par elle-même. Voici ses
paroles :
« Sur quoi l'on m'attaqua encore, proche le temps de ma profession, me disant que l'on voyait bien que je n'étais pas propre à prendre l'esprit de la Visitation, qui craint toutes ces sortes de voies sujettes à la tromperie ou illusion. Ce que
je représentais d'abord à mon Souverain en lui faisant mes plaintes : «Hélas ! mon Seigneur, vous serez donc la cause que > l'on me renverra ? » Sur quoi il me fut répondu : « Dis à ta » Supérieure qu'il n'y a rien à craindre pour te recevoir, que » je réponds pour toi, et que, si elle me trouve solvable, je » serai ta caution. »Etluiayantfait ce rapport, elle m'ordonna de lui demander, pour marque de sûreté, qu'il me rendît utile à la sainte Religion, par la pratique exacte de toutes ses observances. Sur quoi son amoureuse Bonté me répondit : « Eh bien ! ma fille, je t'accorde tout cela, car je te rendrais » plus utile h la Religion, qu'elle ne pense, mais d'une ma- » nière qui n'est encore connue que de moi ; et désormais » j'ajusterai mes grâces à l'esprit de ta règle, à la volonté » de tes Supérieurs et à ta faiblesse, en sorte que tu tiennes » pour suspect tout ce qui te retirerait de l'exacte pratique
> de ta règle , laquelle je veux que tu préfères à tout le
> restée »
Les belles et vraiment divines paroles : « J'ajusterai ma grâce a l'esprit de ta règle, en sorte que tu tiennes pour suspect tout ce qui te retirerait de l'exacte pratique de la règle, laquelle je préfère a tout le reste ! » Quel magnifique et fécond sujet de méditation pour les âmes consacrées à Dieu, et quelle lumineuse et grave leçon pour ces esprits inconstants, ira mortifiés ou singuliers qui semblent n'avoir d'autre mobile ou d'autre règle de leur vie que les fantaisies de leur nature indisciplinée, les rêves de leur imaginatioa ou les ardeurs irréfléchies de leur dévotion indiscrète '.
i vu et œuvres de la B. Marguerite- Marie, t. II, p. 317.
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