‹ De l'esprit et de la vie de sacrifice dans l'etat religieuxChapitre 81 sur 115 · LA VIE DE COMMUNAUTÉ ET LA VIE DE SACAIPIGE · texte numérisé non relu

LA VIE DE COMMUNAUTÉ ET LA VIE DE SACAIPIGE

La vie de communauté et la vie de sacrifice sont une même vie. Nous allons le montrer. Elles sont une même vie, pour deux raisons, dont la première ressort du devoir d'état et la seconde , de la condition qui nous est faite par notre nature déchue ; mais ceci a besoin d'explication.

Pour l'âme religieuse, le principal devoir d'état consiste à vivre partout et toujours en esprit de victime. Nous l'avons souvent répété : c'est le saint jour de sa profession qu'elle a été fixée sur l'autel du sacrifice en qualité d'hostie devant Dieu; mais ce jour-là môme a été celui où s'est faite son admission définitive dans la communauté. Elle vivra donc de la vie de communauté, en vertu de sa profession et de sa consécration comme victime. Or, il est évident dès lors qu'elle doit observer toutes les règles et être fidèle à toutes les pratiques qui constituent cette même vie commuLe, en esprit de victime. Cet esprit pénétrera toutes ses actions, les plus vulgaires comme les plus importantes, soit qu'elle

obéisse a la cloche au moment du lever, soit qu'elle se rende à l'oraison, à la sainte messe , au chapitre ; soit qu'elle observe le silence, la modestie, la ponctualité, soit qu'elle prenne part à la récréation, au travail, à quelque emploi ; dans ses rapports avec les autres membres de la communauté, avec les Supérieurs, avec les séculiers; dans les infirmités, les humiliations, les maladies : toujours , sans descendre jamais de l'autel de son sacrifice, l'âme religieuse est victime. Tout pour elle est un acte de Religion, et, suivant la nature des œuvres qu'elle fait dans le courant du jour, l'acte présent est une louange qu'elle adresse à Dieu, ou une expiation qu'elle lui offre, ou une immolation qu elle le prie d'agréer.

Notre-Seigneur, sur la terre, était sans cesse en état de sacrifice. Depuis qu'il s'était constitué en qualité d'hostie devant son Père, au moment de son incarnation, comme saint Paul nous l'apprend, il ne faisait rien, tant extérieurement qu'intérieurement, qu'en cette qualité toujours permanente de victime et d'hostie. Tous ses actes s'élevaient sans cesse vers la majesté de son Père comme un encens d'agréable odeur ; et comme il entrait dans les desseins du Père que JÉSUS devait nous sauver par son sacrifice, chacun de ses actes, même les moindres en apparence, aurait pu suffire, et même surabondamment, pour notre rédemption. C'est un bien beau sujet d'admiration que cet état de Jésus et ces actes incessants d'oblation de lui-môme et de toutes ses œuvres à son Père ! Cette Victime sainte et toute aimable nous a révélé ce mystôre, quand elle nous a dit : « Je ne cherche pas ma gloire, mais celle de mon Père, et ce qui lui plaît, je le fais toujours^.»

I Joan., VIII, 29.

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Or, en cela, le vroi lU'ligieux est la copie parfoitede Jésus- Christ. Le nom même qu'il porte signifie que sa vie est toute une vie de religion envers Dieu, pour lui rendre sans cesse en esprit de sacrifice toute sorte de louanges. Saint Pierre disait aux premiers fidèles : « qu'ils étaient un temple saint et qu'ils avaient reçu un sacerdoce royal pour ofi'rir à Dieu des sacrifices spirituels qui lui fussent agréables par Jésus-Christ*; » mais c'est le Religieux qui est d'une manière excellente ce temple saint et qui possède ce sacerdoce royal pour offrir sans cesse, en toute occasion, par toutes ses œuvres, des hosties spirituelles que Dieu agrée par Jésus- Christ.

Il est donc évident que si le Religieux remplit parfaitement son principal devoir d'état, qui est d'être victime, pour lui la vie de communauté et la vie de sacrifice sont une seule et même vie. A mesure que nous nous occuperons des diverses observances qui constituent la vie commune, nous aurons occasion d'exposer en détail ce point essentiel. ^

Mais si le devoir d'état est la première raison de l'obligation qui incombe au Religieux do faire de la vie commune une vie de sacrifice, il faut dire aussi que, donnée la condition misérable de notre nature déchue, il est impossible que cette même vie bien gardée ne soit pas l'occasion d'une multitude d'imrjolaUons, d'actes d'abnégation et de mort à soi-même.

L'auteur de Vlmitation de Jésus-Christ a dit cette sentence qui paraît de prime abord singulière : a Si vous voulez avoir et conserver la paix et la concorde avec vos frères , lï faut vous immoler en une multitude de circonstances ; car ce n'est pas peu de chose que d'habiter dans les monastères ou

* I Petr., u, 5.

dans les communautés et d'y passer sa vie sans contradiction*. » *

Ce qui signifie que la vie de communauté est une vie d'immolation et de sacrifice. On attribue à saint Bernard cette autre sentence : « Vita communis martyrium. La vie commune est un martyre »

Saint Jean de la Croix dit à son tour et plus ouvertement encore : « Figurez-vous que vos frères sont autant de sculpseurs armés de marteaux et de ciseaux, et que vous êtes placé devant eux comme un bloc de pierre destiné, dans la pensée de Dieu, à devenir une statue représentant l'homme de douleurs, Jésus crucifié avec tous ses traits. » Quelles paroles ! Quelles conditions à la foi glorieuse et douloureuse nous est faite!.. Ainsi donc, tous nos frères concourent, qui d'une manière, qui d'une autre, mais tous par des moyens douloureux, à faire de nous une victime, bien sacrifiée, bien immolée^.

Et de fait, ne nous y trompons pas, la différence des tempéraments, des caractères, de l'éducation première, du pays, de l'âge, que sais-je encore? contribue singulièrement et comme fatalement à créer une sorte d'antagonisme, au moins occulte entre les personnes qui vivent en communauté. Nous disons : au moins occulte; mais, par intervalle, il se révèle dans les paroles, les manières et les mille riens de la vie qui ont pourtant une signification réelle ; et alors la contradiction se fait sentir, et cette contradiction est quel-

1 Lib. I, cap. xviT.

s Tou? les saints tiennent le même langag^e. Saint Vincent de Pau! disait à ses missionnaires ; « Quiconque veut vivre en conununauté doit savoir qu'on y eîî éprouvé comme l'or dans la fournaise, et qu'on ne peut y persévérer que si l'on veut s'humilier pour Dieu. • [ Yerliu de S. Vincent de Paul, par M. l'abbé Mayaard, cb. xx.m^

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quefois seulement comme une épine qui nous pique et une autrefois comme un glaive qui nous perce. Il y a des natures délicates, impressionnables à l'excès, pour qui rien n'est épine, mais pour qui toute chose est glaive acéré et douloureux. En général, c'est par une disposition de nature que les choses se passent ainsi : quelquefois c'est par une volonté particulière de Dieu. Notre-Seigneur disait à la Bienheureuse Marguerite-Marie : «. Dans le dessein de te perfectionner par la patience, j'augmenterai ta sensibilité et ta répugnance, de manière à te faire trouver occasion d'humiliations et de souffrances jusque dans les choses les plus minces et les plus indifférentes. »

Mais dans les deux cas, tt esV toujours l'immolaiion douloureuse, crucifiante.

Et, chose étrange ! otâ dirait que cette sensioilitè s'est eu quelque sorte développée depuis que nous sommes entrés en Religion. Serait-ce que les occasions de contradiction, de froissement, nous manquaient au sein de notre famille, dans le siècle? ou bien notre amour propre aurait-il profité de cette sorte ce décorum extérieur que nous donnent la qualité, l'habit, la vie de Religieux, et nous rendrait-il ainsi plus susceptibles sur le point d'honneur? Ou bien encore (et il faut croire que ceci est le plus probable) la parole du Saint-Esprit se vérifierait-elle à notre égard : « Parce que vous étiez agréable à Dieu, il a été nécessaire que la tentation vous éprouvât ? * Quoi qu'il en soit notre sensibilité, parfois ridicule, est une source de souffrances. Une parole insignifiante nous Qffense •omrae si elle était un outrage sanglant, et un procédé indélicat produit en nous l'effet d'un acte de malice et de haine. Prenons patience ! c'est le glaive du sacrifice qui se tourne contre nous, sous une forme ou sous une autre. Acceptons-

le avec une humble et trauquille résignation. N'est-il pas dair- VoHre, que la vicUrae soit immolée?

Lcîf saintes règles avec leur uniformité et la ponctualité qu"?lis? exigent, sont une autre source de sacrifices. Toujou?? les mêmes heures, les mêmes exercices, la même nourrituro, et autour de soi les mêmes horizons. Pour un grand nov ire, cette uniformité paisible est une consolation. Pour plusi( urs, elle est fatigante. Si nous sommes de ces derniers, iL^^s \^ei)s armerons de courage et de constance, et, dussionsno'Aj ne jamais nous habituer à tel exercice ou a telle pratique ï^o nous laissons jamais abattre ; mais soyons vigilants et pa':"Yir -if. zèle, dit l'auteur de V Imitation, nous excitant sans ce-x?'? "■- garder plus fidèlement notre règle, puisque bientôt nO'j^.- ^?cevrons de notre Dieu la récompense de nos peines».'

F,;-- cD.ême temps que l'uniformité, la ponctualité est la so'»-"i'c d<? bien des immolations. Toujours se lever au prenne-/ jC r.» df: la cloche, tout quitter au premier signal, même UTi'.^ ieUre commencée, — comme nous avons vu que le pratiqixi^ii Marc, le disciple de saint Sylvain; — abandonner sait' jélai ce que nous faisons avec plaisir, et aller à un ofiî'îfj h un exercice qu'il nous coûte de faire; nous rendre à ',1'. .'écréation, quand nous voudrions demeurer seul dans jiciiw cellule, et nous rendre à une occupation pénible, quand nous croyons avoir besoin de nous distraire ; et le rc?tf^ ?À le reste... Tout cela immole et sacrifie sans pitié. El )\<y& ' souvenons-nous que l'obéissance est la perfection du sa liîkî^. eV que par cette fidélité constante, ponctuelle, aux vioindîp-'^ choses des saintes règles, nous mériterons plus tard rentrer dans la joie de notre Seigneur et Maître Jésus,.

> Lil). I, cap. XIX- — - Q»i« t» paitca fuisli fidelis... iiUra in gaudium Dcmini lui. Off. Confcss. ao» l'onlif.

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