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LE SILENCE RÉGULIER

Le silence régulier comme son nom l'indique, est celui qui est l'objet des prescriptions de la règle. Il porte des Qoras divers. Il y a le silence sacré ou grand silence et le silence ordinaire, — le silence de paroles et le silence d'action. Certains lieux ont pareillement, à des degrés différents, des droits particuliers à un silence plus religieusement gardé : ce sont l'église, le chœur, la sacristie, la salle du chapitre, le réfectoire, etc. Nous allons traiter du silence extérieur, envisagé sous ces divers aspects.

I. Le grand silence. — C'est celui qui est prescrit pour les derniers moments de la journée, toute la nuit, et le lendemain jusqu'après l'oraison ou après la sainte messe, si la sainte messe suit de près l'oraison.

On l'appelle grand silence, parce qu'il faut une grande raison pour le rompre, et silence sacré, parce qu'il ne peut être violé si ce n'est pour un motif très sérieux. On l'appelle aussi sacré, à cause de la liaison étroite qu'il a avec l'oraison. Saint Jérôme semble le dire expressément dans ces paroles de sa Règle : « Les saints Pères qui habitent les déserts gardent avec le plus grand soin les sacrés silences fsancta silentiaj, comme étant le principe qui produit la sainte contenyplation*. »

1 Reg. monach., cap. xxu.

Le coup de cloche qui donne, le soir, dans une maison religieuse, le signal du grand silence, a quelque chose de solennel. Dèsce moment, pas le moindre bruit dans tout le monastère ; les mouvements sont plus graves et plus recueillis, les portes s'ouvrent et se ferment avec plus de précaution. C'est comme si l'esprit de Dieu, envahissant toutes les âmes et les possédant seul , réalisait d'une manière sensible et saisissante cette parole d'Elie au Carmel : « Le Seigneur n'est pas dans le bruit*; mais il bénira son peuple dans la paix'. »

Ces heures du soir et de la nuit si calmes, si recueillies, sont des heures de bénédiction spéciale. Le repos que le corps prends n'est qu'une image du repos de l'âme se séparant plus absolument du créé et se retirant plus entièrement en Dieu. Elle dit avec le Psalmiste : « Je m'endormirai dans mon silence et dans ma paix, et je me reposerai en mon DiEU^. » La prière du soir ou la psalmodie des Compiles favorisent singulièrement ce recueillement de l'âme ; le sujet d'oraison qui est annoncé ou lu, soit en communauté, soit en particulier, (selon l'usage des diverses maisons religieuses), fixe l'âme dans une vue de foi, et elle emporte jusque dans sa couche les vérités salutaires qu'elle a entendues. L'oraison commence déj;"), en quelque sorte. Déjà l'Epouse cherche l'Epoux et veut l'assurer de son amour. Elle dit : « Je dors, mais mon cœur veille*. > Au réveil, la présence de Dieu s'impose d'elle-même, pour ainsi dire. Le grand silence de toute la communauté continue à protéger l'âme religieuse contre toute tentation de distraction volontaire, et quand toute la communauté est réunie au chœur pour les premières prières de la journée, c'est

1 m Reg. XIX, il. — 2 P«. xxvui, 11. — 3 Pj,, IV, 9. — * Cànl., v, 8.

comme si le ciel tout entier s'était abaissé sur la terre pour rendre ensemble au Dieu d'infinie mnjesté les honneurs et les actions de grâces qui lui sont dus.

Ayons toujours le plus grand respect pour le silence Traiment sacré, qui est rempli par tant d'oeuvres célestes. On a TU des âmes ferventes faire des actes héroïques de patience pour ne pas le violer. Tous les monastères peuvent citer des traits semblables. On dit, à la Visitation, qu'une sœur, s'étant rompu le bras à l'entrée du grand silence, aima mieux soufîrir d'atroces douleurs que d'appeler une autre sœur pour se faire soigner. C'est un sublime excès, plus admirable qu'imitable, aurait dit dans cette occasion le saint fondateur de la Visitation , — mais qu'il faut sincèrement admirer; — comme il faut admirer la vénérable Mère Emilie qui, une nuit, entendant gémir une de ses filles atteinte de douleurs intolérables, se leva, alla passer plusieurs heures auprès d'elle et ne se fit pas scrupule de charmer son état de souffrance par quantité de récits pieux*.

Les vertus ne sont pas opposées entre elles, et la vraie charité et le silence se donnent volontiers la main.

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