‹ De l'esprit et de la vie de sacrifice dans l'etat religieuxChapitre 88 sur 115 · LA SANCTIFICATION DU TRAVAIL DES MAINS · texte numérisé non relu

LA SANCTIFICATION DU TRAVAIL DES MAINS

La sanctification de notre travail dépend tout entière de la part que la grâce et l'esprit de Notre-Seigneur ont dans ce même travail. Si cette grâce et cet esprit pénètrent nos œuvres manuelles , elles sont saintes ; s'il en est autrement, elles sont vaines ; elles sont exposées même à être du nombre de celles dont parlait le prophète Isaïe, quand il disait : « Ils ont conçu des projets de travail et ils ont enfanté l'iniquité ^ »

Il y a, en effet, le travail fait par force, en quelque sorte, le travail auquel on se détermine uniquement parce qu'il n'est pas possible de demeurer dans la communauté si l'on ne s'y soumet, mais qui est accompli sans amour pour l'obéissance, sans élévation d'esprit vers Dieu, sans considération pour le bien de la maison religieuse à laquelle on appartient. Or, ce travail est détestable aux yeux de Dieu. « Vous ne m'avez pas invoqué, dit le Seigneur par son Prophète, nous n'avez pas travaillé en moi, Israël*,» c'est-à-dire en ma présence et selon ma volonté.

Il y a un travail mercenaire et intéressé, qui est fait non en vue d'un salaire payé en or ou en argent, mais d'un salaire de regards approbateurs ou de paroles flatteuses. C'est un travail tout mondain et indigne d'une âme consacrée à Dieu. Il est même menacé de devenir un travail hypocrite,

i Isaie, Lix, 1-i. - * "^^ xliu,22.

car lorsque raalheureusemeût Vœil du maître, comme on dit communément, exerce sur nos actions une telle influence, il est fort à craindre que, lorsque ce regard nous manque, nous nous laissions aller à une lâche négligence. Or, paraître laborieux et apppliqué quand on nous voit, et nous laisser aller à la paresse quand nous sommes sans témoins, qu'estce ai'tre chose qu'une misérable hypocrisie?

11 y a encore le travail que l'on pourrait appeler mondain. La vaine gloire, l'amour-propre y ont beaucoup de part. On est bien aise de passer pour habile, pour diligent. Or, « que revient-il à l'homme, dit le Sage, de toute la peine qu'il se donne, de tout le travail qu'il fait (en se fatigant de la sorte)? Tout cela n'est que vanité et affliction d'esprit'. » Examinons bien nos dispositions et voyons, si quelque motif d'amour de nous-même et si quelque sentiment de complaisance en notre savoir-faire ne compromettent pas, ou même ne ruinent pas entièrement le mérite de nos fatigues. Evitons aussi de choisir nous-même notre travail; naturellement nous nous porterions vers celui qui nous plaît, qui répond mieux à nos aptitudes ; peut-être aussi vers celui qui est plus commode, moins laborieux, moins humiliant.... 'Nous réussirons peut-être mieux en ce genre d'occupation qu'en tout autre ; mais le véritable succès est celui qui glorifie Dieu et qui profite à notre sanctification. Hélas! il faut dire souvent de ceux qui réussissent de la sorte ce que dit David « de l'herbe desséchée que l'on récolte sur les toits : elle ne suffit pas même pour en remplir la main, et les gerbes qu'on en fait ne sont pas assez fortes pour qu'or; les porte dans ses bras'. »

Arrivons à parler du travail religieux et voyons comment il est saint, agréable aux yeux de Dieu et méritoii'e. Nous

1 Eccl., i, 2. — 2 Pj. Lxxvii, 7.

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l'avons dit au commencement de ce chapitre, il doit être, pour cela, tout pénétré de la grâce et de l'esprit de Notre- Seigneur. Or, quelle est cette grâce et cet esprit ? Jésus a travaillé sur la terre; il a fait la plupart dos œuvres manuelles auxquelles nous nous livrons. Son travail nous a mérité la grâce de sanctifier le nôtre. Nous devons demander cette précieuse grâce ciiaque jour. Mais en même temps que ses mains divines étaient occupées, son âme, son divin cœur l'étaient aussi. Il n'est pas possible sans doute de dire quelle était la perfection de ses dispositions intérieures; mais nous sommes sûrs de ne pas nous tromper, eu disant que le travail du divin Rédempteur était tout pénétré des sentiments les plus sublimes qui répondent aux diverses vertus de religion, d'expiation, d'humilité, de charité. Arrêtons-nous un instant à considérer, à admirer dans le Cœur de notre admirable Victime nos sentiments si beaux, si ravissants.

JÉSUS travaillait, et d'abord il voulait honorer par ses œuvres le grand ouvrage que son Père a voulu faire au commencement du monde en créant toute chose, suivant cette parole de la Genèse : « Dieu fit le ciel et la terre, et il termina son œuvre le septième jour, et ce jour, il se reposa de toute l'œuvre qu'il avait faite'. » Notre-Seigneur pouvait honorer ce travail de son Père adorable, soit par des actes intérieurs de louange, soit par ceux de la reconnaissance ; et il le fit en effet toute sa vie, mais il voulut aussi lui rendre hommage par des œuvres extérieures analogues à cette œuvre que son Père fît en dehors de lui-même au commencement. Cette considération nous explique peut-être pourquoi l'homme, même dans l'état d'innocence, devait s'occu-

i Gen., u, i.

per à un certain travail, dans le paradis terrestre!. Notre Seigneur veut témoigner intérieurement et extérieurement et de toute manière, à son divin Père, sa parfaite religion, «t c'est ainsi que son travail dans l'atelier de Nazareth, est un magnifique hommage qui s'élève vers sa Majesté infinie et une louange très sublime qui honore sa toute-puissance créatrice.

A cette première disposition, Jésus en unissait une autre qui répond d'une manière plus sensible à son état et à sa qualité de Victime, pour les péchés des hommes, et qui s'harmonise bien avec le genre de travail que ce doux Sauveur avait choisi. Le premier homme, après sa chute, avait entendu cette sentence : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage. » Le second Adam, Jésus, notre Victime qui porte tous les péchés du monde, l'avait prise pour lui, et sa jeunesse, jusqu'à l'âge de trente ans, se passe dans les humbles et pénibles travaux d'un atelier. Ses mains se durcirent à force de manier la scie ou le rabot, ses épaules d'enfant ou de jeune homme se plièrent sous le poids des pièces de bois qu'il avait à porter, et la sueur ruissela souvent sur son visage. Ces détails seraient bien vulgaires, s'il ne s'agissait de notre Dieu ; mais c'est bien Lui, notre unique Dieu et Sauveur, qui s'est imposé, pour nous sauver et nous tirer de l'esclavage de l'enfer, tant de fatigues et tant d'humiliations. Il est Victime d'expiation et il travaille comme le plus pauvre des ouvriers. ^ Nonne hic est faber? mais n'est-il pas ouvrier? > disaient les Nazaréens étonnés... 0 mystère d'amour!

Oui, d'amour ! car c'est pour nous et non pour Lui qu'il travaille, c'est pour expier nos péchés et en particulier nos

i Qua., Il, i&<

lâchetés et notre oisiveté ; c'est aussi pour nous donner l'exemple. Or, tout cela est l'œuvre de l'amour. Nous croyons que c'était aussi d'une manière délicate et particulièrement touchante pour l'amour de Saint Joseph , surtout quand saint Joseph fut avancé en âge. Jésus alors dut augmenter ses heures de travail. Pourquoi cette vue de notre cœur serait-elle hasardée? Jésus était un fils si dévoué, si tendre!... 11 travaillait aussi, pour l'amour de sa sainte Mère, pour la soulager, pour lui épargner certaines démarches, qui auraient pu être un sacrifice pour son esprit de solitude et de silence. Saint Bonaventure nous apprend que Marie n'ayant personne à son service pour porter au dehors le travail de couture ou de broderie qu'elle avait fait, Jésus s'offrait toujours à sa Mère et lui tenait lieu de serviteur*.

Ainsi la religion, l'expiation, rhurailité*, la charité, se trouvaient réunis pour faire du travail de notre adorable Victime un très parfait holocauste, digne de toutes les complaisances du Père céleste.

Or, c'est avec ces mêmes dispositions que l'âme religieuse remplit la sainte obligation du travail des mains, puisqu'elle est victime avec Jésus et selon son esprit. Donnons quelque développement à cette pensée.

I. — Elle travaille toujours en esprit de religion , c'est-àdire qu'elle a linteution, à l'exemple de Notre-Seigneur, d'honorer la divine condescendance de Dieu le Père, qui a bien voulu en quelque sorte sortir du repos de son éternité et faire dans le temps l'œuvre immense de la création, dont nous faisons nous-même partie. Ne sommes-nous pas, ea effet, comme dit la sainte Écriture en plusieurs endroits,

1 Le saia( Docteur dit : Scutiferum. Méditât, in Vita Christw

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l'œuvre de ses mains, œuvre qu'il a faite comme un habile ouvrier pour son honneur et sa gloire*? L'âme religieuse s'appliquera à honorer et à adorer le travail même de Notre- Seigneur à Nazareth , car ce travail est adorable et digne de tous nos hommages. Nous avons à lui rendre nos devoirs de religion par des actes intérieurs d'admiration, de louange, d'amour et de reconnaissance ; mais il y a un culte particulier dans notre travail extérieur et corporel offert comme un sacrifice h ce divin Maître , qui est aussi notre Dieu et par conséquent le terme de notre religion. Saint Paul semble faire allusion à ce sacrifice, quand il nous recommande « de faire même de nos corps une hostie vivante, sainte et agréable à Dieu*. »

' II. — L'âme religiense, en union avec ï' adorable Victime, fait aussi son travail en esprit d'expiation. N'avons-nous pas tous besoin d'expier? N'étions-nous pas tous en Adam, quand il est tombé? Et la terrible sentence qu'il dut entendre de la bouche de Dieu irrité, ne la portons-nous pas nous-mêmes ? Le péché de notre premier père est notre péché, et son châtiment est le nôtre. Mais n'y a-t-il en nous, dans notre vie, que cette unique source de disgrâce et cette première raison d'expiation ? N'avons-nous pas misérablement, par nos péchés personnels, nombreux et graves, appesanti le joug qui pèse sur nos têtes, pour parler le langage de l'Ecriture^?... La plupart des souvenirs de notre vie, comme l'enseignement même de la foi, nous avertissent que nous avons à expier.

. Or, dans les desseins de la divine Miséricorde, le travail,

i Im\9, lxiv,8; Ps. cxvin, 73 ; Job, X, 8; Proverb., XVI, 4.-8 Rom., xri, 1. — 3Eccli,, XL, i : Occupatio magna creata est omnibus hominibus et jugum fraye super filio$ Àtlam, 4 dH €xUm4 dt ventre matrU eorum, etc.

fait par ob'^issance et en esprit de foi, est le moyen efDcace, le plu3 efficace peut-être, pour expier nos fautes passées et nos fautes de chaque jour. Seulement, travaillons sérieusement et comme il convient à des âmes que leur profession a consacrées victimes, et n'appelons pas du nom austère de travail certaines occupations plutôt agrénbles que pénibles, plutôt récréatives que laborieuses. N'oublions pas que le travail de notre Epoux divin, depuis les jours do Nazareth jusqu'au portement de croix sur la voie du Calvaire, fut vraiment celui d'une Victime expiatrice. Sans doute, nous sommes loin de vouloir dire ici que les labeurs et les fatigues extraordinaires qui affligent beaucoup les sens, soient nécessaires à la perfection de notre vie d'hostie. Telle n'est pas notre pensée. Mais un moment ou l'autre, la part de sollicitude et de dévouement que toute âme religieuse doit prendi-e pour le bien de sa communauté donne lieu à certains travaux plus pénibles que de coutume. Il y a fatigue, il y a affliction des sens, il y a souffrance. Cette souffrance est quelquefois légère; elle est, dans d'autres circonstances, vivement sentie. C'est alors surtout que l'épouse de Jésus l'humble ouvrier, et de Jésus portant sa croix , devient plus manifestement victime dexpiation. Quand, un jour d'été, la chaleur est forte , et que la sueur ruisselle sur le visage ; — lorsque, pendant l'hiver, le froid est intense et qu'il faut, en quelque sorte,- lutter contre lui par un travail plus soutenu; — quand l'œuvre à faire exerce plus sensiblement notre patience, parce qu'elle est pleine d'embarras et de difficultés, surtout si elle a été rendue telle par l'ignorance, l'insouciance ou l'incurie d'un autre membre de la communauté; ^- quand, malgré un travail qui nous paraît considérable, plus considérable qu'il ne faut pour occuper le temps dont

nous pouvons disposer, un désir, au moins un désir , sinon un ordre, survient, qui nous désigne tel autre ouvrage à faire, dans un temps assez limité (Notre-Seigneur le permettant ainsi, pour que nous puissions nous rendre compte de de la fermeté de notre patience) ; — quand, tout accablés de ce qui nous reste à faire, nous nous apercevons, par une sorte de pénétration d'esprit qui semble devenir alors plus vive, plus clairvoyante (comme si quelque malin esprit nous aidait en cela) , quand nous nous apercevons, dis-je , que d'autres sont bien moins occupés, et qu'ils paraissent même oisifs... oh! alors, quelle bienheureuse occasion nous est offerte pour que notre travail devienne, sous les regards de Dieu , un sacrifice d'expiation , infiniment agréable à «on Cœur!...

Et quand notre travail sera terminé, il arrivera peut-être que, par quelque oubli involontaire, on ne fera aucun cas de ce qui nous a paru exiger une constance, une bonne volonté héroïques ; peut-être même trouvera-t-on que tout ce grand travail est peu de chose et que nous nous écoutons outre mesure (et peut-être-aura-t-on raison ; mais nous sommes, à cause de notre délicatesse et de notre mortification, si véritablement fatigués et épuisés!...) Eh bien ! alors, si notre patience est humble, douce, calme et toujours disposée à l'obéissance, et que par elle l'amour de notre vocation soit toujours plus constant, elle sera, cette surnaturelle patience, un sacrifice d'expiation dont les anges seront témoins avec bonheur, j'allais dire : dont les anges seront jaloux...

Diverses pratiques saintes, fruits de l'esprit de foi, peuvent nous aider à nous fortifier et confirmer dans cet esprit durant notre travail : ce sont, le souvenir des travaux et des souffrances de Notre-Seigneur, la pensée de la présence de Dieu,

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la considération des fins dernières, etc. Mais l'exposé de ces divers moyens nous mènerait trop loin; il est, du reste, facile au pieux lecteur de le faire lui-môme *,

m. — Lame religieuse, en union avec l'adorable Victime, s'applique h son travail, avec humilité et charité.

L'humilité et la charité vont bien ensemble, ou pour mieux dire, elles ne peuvent pas être séparées. La vraie humilité est toujours charitable; la vraie charité est toujours humble. Réunies, elles donnent au travail religieux une dignité et une sorte de beauté surnaturelle vraiment dignes d'admiration. Mais, d'abord, que serait le travail de l'âme religieuse s'il n'était pas humble ? Aurait-elle compris ce que nous sommes tous sans exception, de pauvres et de misérables esclaves ? Le travail est un signe de servitude ; eh bien ! n'avons-nous pas, en toute vérité, mérité de porter les fers sous le'tyrannique empire de Satan ? Ne nous flattons pas. « Qui commet le péché, dit Notre-Seigneur lui-même, est esclave du péché^ > Si nous avons mérité d'être esclaves et de l'être éternellement, le travail, le rude et dur travail nous convient. Il est en quelque sorte un exercice essentiel de notre état et de notre condition de pécheur. Oh ! que cette considération est profonde et capable de nous tenir toujours bien à notre place, de régler nos goûts et nos attraits pour tel ou tel travail, de nous faire vaincre nos répugnances, de modérer nos retours d'amour-propre !

Mais le travail ainsi compris est à son tour un secours pour l'humilité. C'est ce qui faisait dire à un ancien Père de la solitude, saint Dorothée : « L'humiliation du corps

* On pourrait lire quelques rhapitrcsdu Combat spirihid quircpomlonlparfaltemeat à uolre pensée ; ce sont les xxii* et wtii*. — - Juan., viu. 34.

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donne lieu à rhumiliation de l'esprit, et l'humiliation de l'esprit engendre l'humilité ^ >

La charité accompagne aussi très naturellement le travail de l'âme religieuse. Ses œuvres les plus laborieuses auïfiient-elles quelque prix et quelque mérite sans cette divine vertu? Est-ce pour elle que l'âme religieuse travaille? n'est-ce pas pour la communauté? si elle travaillait pour elle, quel ne serait pas le désordre de ses pensées et de ses vues? Mais non ! l'humilité lui rend impossible ce retour vers elle-même, et la charité la porte à s'immoler pour le bien, pour le soulagement, pour la consolation de tous les membres de la famille spirituelle, dont elle fait partie. - Elle travaille, et d'abord elle a en vue de soulager ceux qui lui représentent Dieu dans la communauté. Elle voudrait faire l'impossible, elle voudrait multiplier ses forces, afin de pouvoir dissiper, par les fruits d'un travail extraordinaire,' certaines préoccupations parfois très affligeantes, surtout au commencement d'une fondation. Elle n'ignore pas, en efTet,' que si les travaux qui affligent le corps sont ordinairement impossibles aux Supérieurs, ils ont des peines, des anxiétés quelquefois, et toujours des sollicitudes bien autrement difficiles à porter que « le poids du jour et de la chaleur-:. «

Si l'humilité ei la charité sont les compagnes assidues du'travail, elle sera encore bien heureuse de pouvoir concourir à procurer plus de repos aux membres de la communauté que la maladie et les infirmités éprouvent. Qu'il est doux à l'âme vraiment digne de sa vocation de penser que, grâce à son travail, à ses fatigues, à ses sueurs, ces pauvres malades, ces chers infirmes, pourront être exempts du travail plus longtemps, attendre plus patiemmen* le retour

» S. Dorolh., Institut., il. — ^ AlaUh., xx, 1:^,

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des forces et de la santé, et que les vénérés anciens du monastère auront des jours plus longs, grâce à un repos complet. Ces pensées sont admirables, et, comme elles sont toutes pénétrées d'humilité, elles font les délices du cœur de Dieu.

Ajoutons ici une considération qui est assez délicate dans le siècle où nous sommes. Nous avons dit précédemment que rien ne serait pitoyable comme les prétentions d'une personne qui, occupant dans le monde un certain rang, jouissant d'une certaine fortune, voudrait qu'on s'en souvint, une fois entrée en communauté, pour lui épargner les travaux pénibles et les occupations humiliantes. Et, en effet, oet esprit mondain est repoussant. Mais nous dirons maintenant : Malheur à l'âme religieuse qui, participant à un autre esprit non moins haïssable, l'esprit de ce siècle qui ne rêve que le nivellement de toutes les conditions, qui veut effacer toutes les distinctions hiérarchiques, fondées sur la naissance ou sur d'autres titres légitimes, distinctions qui sont en vérité l'œuvre de la providence elle-même; malheur, disons nous, à l'âme qui, corrompue par cet esprit d'orgueil, serait sans indulgence et sans égard pour lu personnes qui ont tout saci'ifié pour se vouer à la pauvreté et à l'obéissance monastiques ! Oh ! qu'au contraire, elle sera bénie de Dieu l'humble Religieuse, la modeste converse (puisque c'est elle surtout qui nous occupe en ce moment) qui, pleine de respect, de déférence et de dévouement pour celles de ses sœurs qui, dans le monde, auraient pu être ses maîtresses, travaille avec soin, avec fidélité, avec simplicité, se disant qu'il est convenable de ménager des santés qu'elle estime plus précieuses que la sienne, et qui ne peut pas se résoudre à voir à son niveau celles que l'éducation ou la

naissance ou plutôt un dessein de la Providence divine, auraient placées dans le monde bien au-dessus d'elle.

Ces dispositions sont saintes ; elles sont même héroïques, si l'on veut; mais pourquoi ne pas penser qu'elles puissent être ou devenir familières à des âmes que Notre-Seigneur daigne s'unir en qualité d'épouse?

Que de bénédictions de toutes sortes sont attachées à un travail ainsi surnaturalisé! Il y a les bénédictions du temps présent qui sont la préservation de dangereuses tentations, suivant une maxime célèbre des anciens Pèresi, la paix de l'esprit et du cœur, la joie de la bonne conscience, la consolation de concourir au bien commun ; et il y a des bénédictions pour l'éternité, car c'est au serviteur humble et modeste qui paraît avoir fait peu de chose, qu'il est dit d'entrer dans la joie de son Seigneur^ L'Esprit-Saint a résumé toutes ces bénédictions dans ce verset du psaume cxxvii : « Lahores manuum tuarum quia manducabiSf beatus es et hene tibi erit. Parce que vous vous nourrissez du travail do vos mains, vous êtes heureux et vous le serez à jamais. »

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