‹ De l'esprit français et de l'esprit allemandChapitre 12 sur 25 · HENKI PESTALOZZI — M. DE FELLENBERG · texte numérisé non relu

HENKI PESTALOZZI — M. DE FELLENBERG

du riche, et le mépris du riche à l'égard du pauvre. Le pauvre ne peut plus haïr ces rangs élevés auxquels il peut monter : le riche ne peut plus mépriser ces rangs inférieurs d'où lui viennent des égaux, je me trompe, des supérieurs.

« Hofwyl est le système d'éducation de M. de Fellenberg animé et mis en action, et ce système serait incomplet si, dans ce cadre, il n'y avait point place pour toutes les conditions de la société.

a L'institut scientifique fait l'éducation des classes supérieures; l'école des pauvres fait Téducation des classes inférieures ; il y a entre ces deux conditions une condition intermédiaire, celle des hommes livrés à l'exercice du commerce et de l'industrie. Cette classe doit trouver aussi son éducation à Hofwyl. De là la fondation récente de l'école intermédiaire. Sur deux cent quarante élèves qui sont à Hofwyl, l'institut scientifique en a quatre-vingt-seize, l'école des pauvres cent six et l'école intermédiaire trente-huit seulement. Je ne puis guère donner de détail sur cette école : elle commence à peine.. Tout ce que je puis dire, c'est que M. de Fellenberg croit à son succès, parce qu'elle répond aux besoins de la société nouvelle, et que c'est encore un témoignage en faveur du genre d'écoles que toute l'Europe cherche à fonder en ce moment.

« Hofwyl aujourd'hui, avec ses trois écoles voisines et qui donnent l'une dans l'autre, son institut scientifique, son école de pauvres et son école intermédiaire, représente donc exactement l'état de la société où les classes sont séparées sans cesser d'être voisines, afin que le passage soit facile de l'une à l'autre. Qu'on ne croie pas cependant qu'à Hofwyl ce passage, pour être toujours ouvert, soit toujours fréquenté. M. de Fellenberg ne fait point passer légèrement un enfant d'une école dans une autre, c'est-à-dire d'une classe de la société dans une autre. Il sait quel danger il y a à déclasser les hommes et à les transplanter d'une sphère sociale dans une autre. Il ne prend point la vivacité de l'enfance pour du talent. Jusqu'ici il y a à peine deux ou trois élèves de l'école rurale que leur talent ait poussés dans rinstitut scientifique. Aujourd'hui que l'école intermédiaire est

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fondée, il en pourra passer davantage dans cette école, Fintervalle à franchir étant moins grand.

« Ce n'est pas seulement à Hofwyl qu'il y a des écoles de pauvres. Hofwyl, comme une métropole, a fondé des colonies. A Maykirch, non loin d'Hofwyl, il y a, sous la conduite d'un maître, une colonie de trente et un enfants qui exploitent une ferme. Ils ont bâti eux-mêmes leur maison ; ils font eux-mêmes leurs habits, leur cuisine ; ils labourent, ils sèment, ils récoltent : ce sont de petits Robinson Crusoé. Dans le canton de Glaris, dans les marais desséchés de la Lenth, une école des garçons, où les enfants travaillent à Tinstar d'Hofwyl, est placée sous la conduite d'un élève de M. Wherly. Les écoles rurales ne sont donc point des rêves ruineux : ce sont des institutions possibles et praticables.

« Il me reste à parler des deux écoles normales d'Hofwyl, l'école normale permanente et l'école trimestrielle.

« L'école normale permanente est étroitement liée à l'école rurale. Elle se compose des élèves qui se distinguent dans cette école, sans cependant être appelés par leur talent à entrer dans l'institut scientifique, et des jeunes gens étrangers à Hofwyl, qui se destinent à être maîtres d'école et qui veulent perfectionner leur instruction. Ils vivent avec les élèves de l'école rurale, aident M. Wherly à les instruire, et partagent leurs travaux dans les champs : c'est de cette manière qu'ils remboursent M. de Fellenberg des frais de leur entretien.

« Sans l'école normale permanente, l'école rurale serait impossible, ou du moins elle ne serait praticable qu'en petit. Mais avec les jeunes maîtres qui en sortent et qui y rentrent sans cesse, qui sont formés à ses habitudes, à sa méthode et imprégnés de son esprit, l'école peut devenir nombreuse sans danger, parce qu'il y a toujours assez de maîtres pour suffire aux élèves, et des maîtres qui ont la tradition de l'école. Tout serait perdu si elle était livrée à des maîtres étrangers.

« L'école permanente est donc un établissement destiné plutôt à accroître et à continuer la famille des pauvres de M. de

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Fellenberg qu'à propager au dehors l'esprit d'Hofwyl. L'école normale trimestrielle est fondée à ce dernier effet.

« Je ne puis mieux comparer cette école trimestrielle qu'aux retraites que font quelquefois les prêtres d'un diocèse sous la direction de Tévêque ou d'un grand vicaire. Chaque année, pendant les trois mois d'été, les maîtres d'école du canton de Berne sont invités à venir à Hofwyl. Ils y sont logés et nourris aux frais de M. de Fellenberg, qui même prend soin quelquefois" de leur famille pendant cette absence. Durant ce séjour, on s'efforce de leur inspirer l'estime des fonctions qu'ils remplissent, de remplir les lacunes qu'on trouve dans le cercle de leurs connaissances et de les exercer dans les méthodes les plus favorables aux progrès rapides des élèves. Quelques-uns d'entre eux reviennent l'année suivante pour achever leur instruction. Peu d'années suffiront à faire le tour de toutes les écoles du canton de Berne, et en élevant ainsi l'instruction des maîtres de quelques degrés, l'instruction des enfants se trouvera élevée d'autant.

C'est en 1808 que M. de Fellenberg fonda ce cours trimestriel. 11 eut beaucoup de succès , et les maîtres d'école se rendirent en grand nombfe à Hofwyl. Le gouvernement bernois s'effraya de l'influence qu'une pareille réussite donnait à un simple citoyen; et en 1809, quand M. de Fellenberg annonça son cours d'été, le gouvernement défendit aux maîtres d'école de s'y rendre, sous peine de déposition.

« Les maîtres d'école, qui sentaient le besoin qu'il avaient de ce cours, vinrent alors à Hofwyl comme moissonneurs. Personne n'y pouvait trouver à redire, leur traitement étant trop faible pour qu'on pût leur interdire de travailler pendant les vacances d'été des écoles de campagne. Ils travaillaient avec l'école rurale et perfectionnaient leur instruction dans l'intervalle des travaux. Ils apprirent de cette manière plus qu'ils ne croyaient ; car ils apprirent à comprendre la vertu du travail et son efficacité pour le développement moral et intellectuel de l'homme.

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