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rance touchant mon caractère dans Tintérêt de mes vœux les plus intimes. Décidez donc si vous voulez donner votre cœur à un homme qui a ces défauts et qui se trouve dans cette situation, et si vous jugez pouvoir être heureuse avec lui.
a Ma chère amie, je vous aime de tout mon cœur, et si profondément que cette démarche m*a bien coûté; je crains de vous perdre, ma bien-aimée, si vous me voyez tel que je suis; j'ai souvent voulu garder le silence, enfin j'ai triomphé de moi. Ma conscience me disait hautement que je serais un séducteur, et non un amoureux, si je cachais à ma bien-aimée quelque chose de mon âme, ou une circonstance qui pût quelque jour l'inquiéter et la rendre malheureuse : je me réjouis maintenant de ce que j'ai fait. »
Le 24 janvier 1769, Pestalozzi, âgé seulement de vingtquatre ans, épousait Anna SchuUhess. Le malheur ne tarda pas à venir s*installer au foyer. L'établissement de Neuhof ne réussit pas. Avec l'exploitation agricole, Pestalozzi avait eu l'idée de combiner une institution pour de pauvres enfants. Dans sa pensée, ces deux établissements devaient s'étayer mutuellement. En été, les enfants travailleraient aux champs; en hiver, on les instruirait en les préparant à une existence honnête, laborieuse et éclairée. Idée féconde et réalisable certainement (1), mais sous une autre direction. La question commerciale et économique n'était pas le fait de Pestalozzi. Secondaire au point de vue théorique et dans la pensée du fondateur, elle maintenait son rang au regard du succès matériel de l'exploitation, lequel devait tout soutenir et tout faciliter. L'entre-
(1) Elle Ta été depuis avec succès, eu Suisse, en Belgique, en Aileinagnc et même en France.
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prise se trouva bientôt dans une situation déplorable. Les capitalistes de Zurich aimèrent mieux retirer à grand'perte les fonds qu'ils avaient prêtés, que de les abandonner en des mains ausâi incapables de les faire valoir. Pestalozzi resta sans ressource. Ce premier désastre fut grand. Abandonné de ses amis, ridiculisé même par quelquesuns, cet homme généreux eut la douleur de voir la misère s'appesantir dès le début sur sa jeune femme» héroïque dans cette première épreuve comme elle resta dans toutes les autres jusqu'à la fin.
La détresse de Pestalozzi fut salutaire en un sens : elle lui mit la plurhe à la main. Il écrivit alors son premier ouvrage pédagogique. Les Soirées d'un solitaire. C'est dans cet écrit qu'il formula fragmentairement, et pour la première fois, les idées encore éparses qu'il devait plus tard réunir en un corps de doctrine et s'efforcer dêf réaliser à l'aide d'une méthode qui leur fût appropriée. Cette publication eut du retentissement. Encouragé par ce succès imprévu, et poussé par quelques amis, Pestalozzi se remit aussitôt au travail, et écrivit en deux mois son roman dé Lienhard et Gertrude, Cet ouvrage fit le tour de l'Europe. L'Allemagne le reçut avec enthousiasme* La réputation pédagogique de Pestalozzi était fondée* Ce livre touchant est écrit à la glorification de la mère, -^ eelle qui veille au foyer du pauvre laboureur et de l'artisan. Il est destiné à montrer, en des tableaux pleins de vérité, ce que peut, non^seulement pour le soutien du ménage, mais surtout pour l'instruction et l'éducation des enfants, une mère sensée, vigilante et vraiment religieuse. Dans cette œuvre comme dans celles qui suivirent, Pestalozzi s'est préoccupé avant tout de l'influence maternelle. N'a-t-il pas tenté lui-même, au Neuhof, et plus tard à Stanz, de remplacer la mère pour de pauvres orphelins? Son but
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dominant, celui qu'il n'a j amals perdu de vue et qui s'est toujours dégagé avec plus de clarté de ses efforts, a été ladéjcouverte d'une méthode assez élémentaire pour qu'elle pût être appliquée au plus humble foyer par la mère de famille. Transporter sous le moindre chaume une école primaire, tel était .son rêve. Il se rappelait sa propre mère, ses tendres soins à l'instruire, trop souvent prodigués b l'aventure, « Je veux mettre l'éducation du peuple, écrivait-il, entre les mains des mères. »
Après la publication de Lienhard ei Gertrude^ Pestalozzi resta dix-sept années encore au Neuhof. Les ouvrages qu'il écrivait durant cette longue période d'angoisse 6t de dénûment montrent combien, dans l'homme animé de quelque grande idée, qui est toujours un grand amour, la volonté sait réagir sous le poids des infortunes matérielles. En 1782, il publia Christophe tt Etse, un nouveau roman populaire destiné à compléter celui de Lienhard et Gertrudey mais qui est loin d'avoir la même valeur. Dans cette même année et celles qui suivirent, parut également un journal hebdomadaire rédigé par lui, et plusieurs écrits détachés. En 1798, les Rechercha iur la marche de la nature dans le développement de Vespèce humaine. — Il a dit lui-même de cet ouvrage : « Je passai trois années à l'écrire, au milieu des plus grands efforts, exclusivement dans le but de me mettre d'accord avec moi-même sur la série de mes idées favorites, et de faire cadrer mes instincts naturels avec mes représentations du droit civil et de la morale. Mais cette œuvre m'offre un nouveau témoignage d'impuissance; elle est un simple jeu de ma force d'investigation, exclusive et sans proportion avec moi-même, dépourvue de toute tendance suffisante vers l'énergie pratique, dont j'aurais eu si grand besoin pour le dessein que je poursuivais.
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< La disproportion entre mon pouvoir et mes vues ne fit que s'en augmenter, — L'effet que produisit mon livre autour de moi fut comme celui de toute mon activité ; bientôt personne ne me comprit, et je ne trouvai pas deux hommes dans mon entourage qui ne me donnassent à moitié à entendre qu'ils tenaient le livre entier pour un galimatias. x>
C'est la Révolution française qui, indirectement, ramena Pestalozzi aux tentatives d'application. Les armées françaises avaient pénétré en Suisse; une république une et indivisible, moulée sur la nôtre, avait été décrétée à l'usage des populations. A sa tète figurait un directoire de cinq membres; parmi eux Legrand, homme plein d'intentions excellentes et grand admirateur de Pestalozzi. Celui-ci crut l'occasion venue; il sollicita pour la première fois de sa vie — et ce fut une place de maître d'école. Legrand songea d'abord à faire ériger sous sa direction une institution dans le canton d'Argovie. Un incident de guerre empêcha la réalisation du projet. Le 9 septembre 1798, le bourg de Stanz, dans l'Unterwalden, fut incendié par les Français, et tout le canton dévasté. — Des familles dispersées, des enfants orphelins, beaucoup d'autres sans asile, appelaient du secours. — Legrand invita Pestalozzi à se rendre sur les lieux dévastés pour y recueillir les enfants et veiller à leur éducation. On mit à sa disposition le couvent des Ursulines, resté intact; il y entra accompagné seulement d'une ménagère. Peu à peu, il recueillit dans ce refuge jusqu'à quatre-vingts enfants couverts de haillons, sales, rongés de vermine. A peine si, entre dix, il s'en trouvait un qui sût l'AB C. C'est là que Pestalozzi fit les premiers essais de la méthode qu'il avait indiquée dans Lienhard et Gertrude, Il s'attacha surtout à imiter l'éducation de famille. Son activité tenait du
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prodige. Presque seul , il suffisait à toutes les exigences de la maison. Tour à tour maître, père, comptable, valet et presque servante, le zèle qu'il déploya fut inouï. Comme à Neuhof trente années auparavant, il chercha des combinaisons propres à accorder le travail manuel avec l'enseignement, rétablissement pédagogique avec rétablissement industriel, destiné à satisfaire à la fois par ses profits aux besoins financiers de Tentreprise, à donner et à maintenir Thabitude du travail chez les enfants, à leur faciliter enfin pour l'avenir le gain de la journée. Privé d'auxiliaires, il créa renseignement mutuel des enfants les uns par les autres, s'en remettant aux plus intelligents et aux plus avancés du soin de le seconder. « Mon but était, dit-il encore à .ce sujet, de simplifier assez les moyens d'enseignement pour que l'on pût facilement amener rhomme le plus ordinaire à instruire ses enfants, et à rendre peu à peu les écoles presque superflues en ce qui touche aux premiers éléments. Comme la mère est la première nourrice du corps de son enfant, il faut aussi que, par la grâce de Dieu, elle soit sa première nourrice intellectuelle, et je regarde comme très-grands les maux qui résultent de l'enseignement prématuré dans les écoles, et tout ce qu'on communiqiie artificiellement aux enfants en dehors de la maison. Le moment désiré approchera dès que nous aurons simplifié l'enseignement à tel point que la mère pourra enseigner elle-même sans secours étranger, et faire elle-même des progrès tout en enseignant. » Des maladies survinrent parmi les élèves; Pestalozzi redoubla d'ardeur et de soins. Les parents le payèrent de leur ingratitude et de leurs calomnies. Le 8 juin 1799, les Français, pressés par les Autrichiens, l'arrachèrent à une tâche qui l'aurait tué. Arrivés à Stanz, ils convertirent en hôpital militaire les dépendances du couvent. Pestalozzi