J.-BEBNABD BASEDOW
dut rendre à leurs familles le plus grand nombre des enfants ; vin^t-deux seulement restèrent sur quatre-vingts, sous la direction du pasteur Businger. Pestalozzi se retira pendant quelque temps aux bains du Gurnigel, dans l'Oberland bernois. Dans un état de santé irès-précaire encore, il se rendit ensuite à Burgdorf (seconde ville du canton de Berne), et y obtint par faveur l'autorisation de professer dans les plus basses classes. Le maître d'école prit de Tombrage, et crut que Pestalozzi visait à le supplanter. « On se disait à l'oreille que moi-même je ne savais pas écrire, calculer, et pas même lire convenablement. »
Un an après, la poitrine attaquée, Pestalozzi se vit obligé encore une fois d'interrompre son humble mais fervent apostolat. 11 reprit la plume et écrivit, en 1801, son livre Comment Gertrude instruit ses enfants. Il y parle avec une douleur poignante du désir qui remplit sa vie de venir en aide au pauvre peuple par l'éducation et l'enseignement, de son incapacité à réaliser ce vœu, de ses nombreuses méprises, de son désespoir vis-à-vis de lui-même.- Il attaque amèrement la culture intellectuelle et morale de la génération actuelle : « L'Europe s'est élevée d'un côté, dit-il, en ce qui concerne les arts particuliers, jusqu'à une hauteur gigantesque, mais d'un autre côté elle a perdu tous les principes d'une direction naturelle à imprimer à ses populations. Aucune partie du monde n'a été placée encore aussi haut, aucune n'est tombée aussi bas d'autre part j comme l'image du prophète, on la voit qui touche les nues de son front doré ; mais l'enseignement populaire, qui devait être le support de cette tête brillante, est fait comme les pieds de l'image, de l'argile le plus infime, le plus fragile et le plus méprisable. »
En 180i, après quelques tentatives infructueuses pour se mettre en rapport avec M. de Fellenberg, directeur de
HENBT PESTALOZZT — M. DE FELLENBERO 175
l'institution de Hofwyl, près de Berne, Pestalozzi accepta avec empressement la proposition que lui fit la ville d*Y Verdun de mettre à sa disposition les bâtiments nécessaires pour rétablissement d'un institut pédagogique.
Fondé en 1805, rétablissement d'Yverdun a été pour la doctrine de Pestalozzi ce que le <r Philanlhropin » fut pour celle de Basedow. Cette institution célèbre, qui compta un instant près de deux cents élèves, a joui, comme celle de Dessau, mais à plus juste titre sans doute, d'une réputation européenne. Visitée par de très-hauts personnages, honorée du patronage spécial de l'empereur de Russie, elle resta durant les vingt années de sa durée un point de mire pour tous ceux qui s'intéressent aux importantes questions qu'elle ambitionnait de résoudre. Le philosophe Fichte lui prédisait, je l'ai dit, comme le fit Kant pour le Philanlhropin, qu'elle transformerait l'ordre social en couvrant l'Europe d'établissements semblables. Mais Pestalozzi ne pouvait que succomber à la longue sous le fardeau d'une pareille administration ; il devait s'ensevelir sous les glorieux débris de cette œuvre, la dernière tentée par son génie, mais qui grandit son nom et l'élargit jusqu'aux confins du monde civilisé.
Raconter les phases et dire la destinée de cette œuvre suprême est chose impossible dans un aperçu aussi général. Quelques lignes suffiront aujourd'hui. L'établissement d'Y Verdun se soutint longtemps par le zèle fervent du fondateur, qui se répandait p^arlout, animant les cœurs et les volontés; mais il fut redevable de sa durée plus encore au concours de quelques hommes plus habiles à s'accommoder aux circonstances et à tirer des découvertes du maître ce qui se pouvait prêter à une application immédiate. Le système se mitigeait ainsi et sa rigueur logique s'accommodait davantage aux diverses exigences de la
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