A QUELLE CAUSE ON DOIT ATTRIBUER L
mBVGB DE GBRtrAllTS PBOTI£S PoijR L'A YSKTV.
P o i/r savoir si c*est de la nature on de la forme particulière des gouveniemeqs que dépend rindifférence de certains peuples pour la vertu , il (aut d'abord connaiti^ Thomme , f»énétrer jusque dans Tabime du cœur, humain » se rappeler que , né sensible à la douleur et au plaisir , c>st à la sensibilité physique que
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rbomme doit ses passions, et à ses passions qu'il doit tous ses vices et toutes ses vertus.
Ces principes posés , pour résoudre la question ci-dessus proposée, il faut examiner ensahe si les mêmes passions, codifiées selon les différentes formes de 'gouvernement, ne ptoduiraient point jên nous les vices et les vertus contraires.
Qu'on homme soit assez amoureux de la gloire pour y sacrifier toutes ses autres passions : si , par la forme du gouvernement , la gloire est toujours le prix des actions vertueuses , il est ^idetit que cet homme sera toujours nécessité à là Vertu, et que, pour en faire un Léonidas, un fîbraUus Codes, il he faut que le placer dam dh pays et ddns dés circonstances pa« rcilles.
ytHs , dira-t-on , il est peu d'hommes qui s'éièrent à ce degré lié passion. Aussi , répôn- ^î-je,'n'eit-ce "Çué Thômme fortement passioimé qui pénètre jusqu'au sanctuaire de la vertu, n ù'én est pas aibsi de ces hommes incapables de passions vives, 'et qu'on appelle hmnéits. Si , Idîn de de''^lictûàlre ,'cés derniers cepetidâift ioiil tdujdtâ-s VéiëlaUs par les liens
to4 T>K L*BSP]IIT.
de la paresse dans le chemin de la vertu , c*est qu^ils n*ont pas même la force de s'en écarter.
La vertu du premier est la seule vertu éclairée et active; mais elle ne croît ou du moins ne parvient à un certain degré de hauteur que dans les républiques guerrières > parce que c'est uniquement dans cette forme de gouvernement qae Pestime publique nous élève le plus au-de^us des autres hommes , qu'elle nous attire plus de respect de leur part, qu'elle est le plus flatteuse, le plus désirable , et le plus propre enfin à produire de grands effets.
La vertu des seconds , entée sur la paresse, et produite, si j'ose' le dire, par l'absence des passions fortes, n'est qu'une vertu passive , qui , peu éclairée , et par conséquent très-dangereuse dans les premières places , est d'ailleurs assez sûre. Elle est commune à tous ceux qu'on appelle honnêtes gens , plus estimables par les maux qu'ils ne font pas, que )par les biens qu'ils font.
A l'égard des hommes passionnés que j'ai cités les premiers , il est évident que le même désir de gloire qui , dans les premiers siècles dr la république romaine , en eût fait des Curtins
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(t des Décias, en deyait faire des Marius et des Octave dans cea momens de troubles et de révolutions , où la gloire était , comme dans les derniers temps de la république , uniquement attachée à la tyrannie et à la. puissance. Ce que je dis de la passion de la gloire, je le dis de Famour de 4a considération , qui n'est qu*un diminutif de Tamour de la gloire,, et l'objet des désirs de ceux qui peuvent atteindre à la renommée.
Ce désir de la considération doit pareillement produire, en des siècles difîérens, des vices et des vertus contraires. Lorsque le crédit a le pas sur le mérite , ce désir fait des intrigans et des flatteurs ; lorsque l'argent est plus honoré que ïa vertu , il produit des avares qui recherchent les richesses avec le môme empressement que les premiers Romains les fuyaient lorsqu'il était lionteox de les posséder : d'où je conclus que, dans des mœurs et des gouvememens diiférens , le même désir doit produire des Cincinnatus » des Papyrins, des Crassus et des Séjan.
A ce sujet , je ferai remarquer en passant quelle différence on doit mettre entre les aml>Uteux de gloire et les ambitieux de places ou
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àe richesses. Les premiers ne pearent jstmais être que de grands crîinineîs; parce que les grands crimes , par là supériorité -des taiens nécessaires pour les e^éciiter ,' et le grand prix attaché au succès, peuvent seuls en imposer assez à Fimagination des hommes pour ravir leur admiration; admiration fondée en eux sur un désir intérieur et secret de ressembler à ces illustres coupables. Tout homme amoureux de la gloire est donc incapable de tous fes petits crimes. Si cette passion fait des'Croinwelly elle ne fait jamais des Cartouche. D*ôu je conclus que, sauf les positions rares et extraordinaires où se sont trouvés les Sylla et les César , dans toute autre position , ces mêmes homnkesy par la nature môme de leurs passions, fussent restés fidèles à k vertu: bien différens en ce point de ces intrigans et de ces avares que la bassesse et l'obscurité de leurs crimes met jouruellement dans Toccasion d*en commetti^ de nouveaux. Après avoir montré comment la Uiéme pas- « sion , qui nous nécessite à TàniôUr et h la pratique de la vértii , peut , en des temps et des gouvernemehs différens , produire en nous des vice» contraires, essayons inaîntenant de percer plus
DISCOURS lU) CHAPITRE X TI. IO7
arantd£(Ds lecœurhumain > et de. découvrir pour- ({Qoi, dans quelque gouTemement que ce soit » I liomnie, toujpurs incertain dans sa conduite , est par ses passions déterminé tantôt aux bonnes, tantôt aux mauvaises actions ; et pourquoi ^ju cœur est une ar^ne toujours ouverte à la ntte du vice et de la vertu.
Pour résoudre ce problème moral, il faut ^'lercher la cause du trouble et du repos suc- (essif de la conscienc€|, de ces mouvemens coniuut divers de l'amey-et enfin de ces combats 'ntérieurs que le poète tragique ne présente avec Uttt de succès au théâtre , que parce que les spectateurs en ont tous éprouvé de semblables : il ^aut se .demander quels sont ces deux moi que Pas€^ (i) et quelques pbilosppbes indiens ont {«connos en eux.
(r) Dans Técole de Védantam , les bracb- '^anes de cette secte enseigiifçnt qu'il y a deux principes ; Tun positif» qui ^stle moi; l'autre
'gatif, auquel ils donnent le nom de maya, 'est-à-dire du moi, c'est-à-dire, erreur, La sa- .^f^se consiste à se délivrer du maya , en se persuadant, par une application constante, qu'on ^t Cétiv unique , étemel, infini. La clef de déli-.
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Pour découvrir les causes uniTersell» de tout ces effets , il suffît d'observer que les hommes ne sont point mus par une seule espèce de senti mens ; qu'il n'en est aucun d'exactement animé de ces passions solitaijres qui remplissent toute la capacité d'une ame; qu'entraîné tour à tour j)ar des passions différentes , dont les unes sont conformes et les autres contraires à l'intérêt général , chaque homme est soumis à deux attractions différentes , dont l'une le porte au vice el l'autre ^ la vertu. Je dis chaque homme , parce qu'il n'y a point de probité plus universellemenl 1 econnue que celle de Caton et de Brutus , parce qu'aucun homme ne peut se flatter d'être plus A ertueux que ces deux Romains : cependant le premier, surpris par un mouvement d'avarice, lit quelques vexations dans son gouvernement ; et le second , touché des prières de sa fille , obtint du sénat , en faveur de Bibulûs , son gendre, une gi'ace qu'il avait fait refuser à Cicéron, son ami , comme contraire à l'intérêt de la n- ]mblique. VoiKî la cause de ce mélange de vice
livrance est dans ces paroles : Je suis i'éire su-
prém9.
DISCOURS tlly CUAPITRX XYI. 10$
et de vertu qu'on aperçoit dans tous les cœurs , et pourquoi , sur la terre , il n'est point de vice ni de vertu pure.
Pour savoir maintenant ce qui fait donner à un homme le nom de vertueux ou de vicieux , il faut observer que , parmi les passions dont chaque homme est animé , il en est nécessairement une qui préside principalement à sa conduite, et qui, dans son âme, l'emporte sur toutes les auti^s.
Or, selon que cette dernière y commande plus ou- moins impérieusement, et qu'ette est, par sa nature ou par les circonstances , utile ou nnisihle à l'état , l'homme , plus souvent déterminé au bien ou au mal , reçoit le nom de vertueux ou de vicieux.
J'ajouterai seulem)ent que la force de ses vices ou de ses vertus sei*a toujours projportionnee a la vivacité de ses passions , dont la force se mesure sur le degré de plaisir qu'il trouvera les satisfaire. Voilà pourquoi , dans la première jeunesse, âge ou l'on est plus sensible a.u plaisir et capable de passions fortes , on est en général capable de plus grandes .actions.
La plus haute vertu , comme le vice le plus
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honteux , est en nous Teffet du plaisir plus ou moins vif que nous trouvons à nous j livrer.
Aussi n'a-t-on de mesure précise de sa vertu qu'après avoir découvert , par un examen scrupuleux, le nombre et les degrés de peines qu'une passion telle que l'amour de la justièe ou de la gloire peu( nous faire supporter. Celui pour qui l'estime est tout et la vie n'est rien , subira, comme Socrate, plutôt la mort que de demander lâchement la vie. Celui qui devient Fâme d*nn état républicain , que l'orgueil et la gloire rendent passionné pour le bien public, préfère» comme Caton , la mort à l'humiliation de voir lui et sa patrie asservis à une autorité arbitraire. Mais de telles actions sont l'effet du plus grand amour pour la gloire. C'est à ce dernier terme qu'atteignent les plus fortes passions , et à ce même terme , que la nature a posé les bornes de la vertu humaine.
En vain voudrait-on se le dissimuler à soimême ; on devient nécessairement l'ennemi des hommes , lorsqu'on ne peut être heureux que par leur infortune (i). C'est l'heureuse confor-
(i) Seeundùm ii quod ampUùs nos dtUctat optrtmwr necêsse est, dit saint Augustin.
DISCOURS tll, CHAPITRE XYI. III
mité qui se trouve entre notre intérêt et l'intérêt public, cooformité ordinairement produite par le désir de Testime , qui nous donne pour les hommes ces sentimens tendres dont leur affection est la récompense. Celui qui , pour être Tertueux, aurait toujours sespenchans à yaincre^ serait nécessairement un malhonnête homme. Les vertus méritoires ne sont jamais des vertus sures (i). Il est impossil^, dans la pratique, de livrer, pour ainsi dire, tous les jours <ies batailles à ses passions , sans en perdre un grantl nombre.
ToQJours forcé de céder à l'intérêt le plus puis • MDt, quelque amour qu'on ait pour l'estime, on 07 sacrifie jamais des plaisirs plus grands que ceux qu'elle procure. Si , dans certaines occasions , de saints personnages se sont quelquefois exposés au mépris du public > c'est qu'ils ne voulaient pas sacrifier leur salut à leur gloire. Si quelques femmes résistent aux empressemens d'ua prince , c'est qu'elles ne se croient pas dé- — ■■ I , , , Il ■ ■ I i
(i) Dans le barem , ce n'est point aux vertus méritoires , mais à l'impuissanoe , que le grandseigneur donne des femmes à garder.
lia DE l'esprit.
dommagées par sa conquête , de la perte de leur réputation : aussi en est-il peu d'insensibles à Famour d'un roi jeune et charmant , et nulle qui pût résister à ces êtres bienfaisans, aimables et puissans , tels qu'on nous peint les sylphes et les génies , qui par mille enchantemens pourraient à la fois enivrer tous les sens d'une mortelle.
Cette vérité fondée snr le sentiment de l'amour de soi f est non-seulement reconnue , mais même avouée 4cs législateurs.
Convaincus que l'amour de la vie était en général la plus forte passion des bomme^ , les législateurs n'ont, en conséquence, jamais regardé comme criminel , ou l'homicide commis à son corps défendant , ou le refus que ferait un citoyen de se vouer, comme Décius, à la mort pour le salut de sa patrie.
L'homme vertueux n'est donc point celai qui sacrifie ses plaisirs , ses habitudes et ses plus fortes passions à l'intérêt public , puisqu'un tel homme 6st impossible (i) ; mais celui dont la
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(t) S'il est dés hommes qui semblent avoir sacrifié leur intérêt à l'intérêt public, y est que
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plus forte passion est tellement conforme à Tintérét général , qu'il est presque toujours nécessité à la vertu.C'est pourquoi l'on approche d'autant plnsde la perfection, et l'on métite d'autant plus le nom de vertueux , qu'il faut , pour nous déterminer à une action malhonnête ou criminelle, un plus grand motif déplaisir, un intérêt plus puissant , plus capable d'enflammer nos désirs , et qui suppose , par conséquent , en nous plus de passion pour l'honnêteté.
César n'était pas , sans doute, un des Romains les plus vertueux ; cependant , s'il ne put renoncer au titre de bon citoyen , qu'en prenant ceini de maître du monde , peut-être n'est-on pas en droit de le bannir de la .classe des hommes honnêtes. En effet , parmi les hommes vertueux et réellement dignes de ce titre , combien est-il d'hommes , qui , placés dans les mêmes* cir-
l'idée de vertu est, dans une bonne forme de gouvernement , tellement unie à l'idée de bonheur , et l'idée de vice à l'idée de mépris , qu'emporté par un sentiment vjf, dont on n'a pas toujours l'origine présente , on doit faire par ce motif des actions souvent contraires à ion intérêt.
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constances, refussassent le soeptrts du monde, surtout s^ils se sentaient ^ comme César , doués de ceà talens supérieurs qui assurent le succès des grandes entreprises ? Moins de talent les rendrait peut-être meilleurs citoyens; une médiocare vertu, soutenue de plus d'inquiétude sur le succès y suffirait pour les dégoûter d'un projet si hardL Cest quelquefois un défaut de talent qui nous préserre d'un vice ; c'est souvent à ce même défaut qu'on doit le complément de ses vertus.
On est au contraire d'autant moins honnête, qu'il faut pour nous porter au crime des motift de plaisir moins puissans. Tel est, par exemple, celui de quelques empereurs de Maroc , qui , uniquement pour faire parade de leur adresse , enlèvent d'un seul coup de sabre, en se mettant en selle, la tête de leur écuyer.
Voilà ce qui différencie de la manière la plus nette , la plus précise et la plus conforme *à l'expérience, l'homme vertueux de Fhomme vicieux : c'est sur ce plan que le publie ferait nn thermomètre exact où seraient marqués les divers degrés de vice ou de vertu de chaque citoyen , si , perçant au fond des cœurs , û pouvait y découvrir le prix que chacun met à sa
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Tertu. L'impossibilité de parvenir à cette connaissance, Ta forcé à ne juger des Iiommes que par leurs actions : jugement extrêmement fautif <]ans quelques cas particuliers, mais en total assez conforme à l'intérêt général , et presque aussi utile que s'il était plus juste.
Après avoir examiné le jeu des passions, expliqué la cause du mélange, de vices et de vertus qa'on aperçoit dans tous les hommes; avoir posé la borne de la vertu humaine , et fixé enfin f idée .qu'on doit attacher au mot vertueux , on est maintenant en .état de juger si c'est à la na- ^e ou à la législation particulière de quelques états qu'on doit attribuer l'indifférence de cer« tuns peuples pour la vertu.
Si le plaisir est Tunique objet delà recherche des hommes , pour leur inspirer l'amour de la vertu , il ne £aut qu'imitor la nature : le plaisir en annonce les volontés, la douleur les défenses , et l'homme lui obéit avec docilité. Armé de la même puissance , pourquoi le législateur ne produirait«il pas les mêmes effets ? Si les hommes étaient sans passions , nul moyen de les rendre bons ', mais l'amour du plaisir , contre lequel K sont élevés des gens d'une probité plus respec-
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table qu'éclairée , est un frein avec lequel on peut toujours diriger au bien général les passions des particuliers. La baine de la plupart des hommes pour la vertu n'est donc pas Y effet de la corruption de leur nature , mais de l'imperfection (i) de la législation! C'est la législatiçn , si j'ose le dire, qui nous excite au vice , en y amalgamant trop souvent les plaisirs : le grand art du législateur est l'art de les désunir , et de ne laisser aucune proportion entre l'avantage que le scélérat retire du crime et la peine à laquelle il s'expose. Si ; parmi les gens riches , souvent moins vertueux que les indigens, on voit peu de voleurs et d'assassins , c'est que le
(i) Si les voleurs sont aussi fidèles aux conventions faites entre eux que les bonnétes gens, c'est que le danger commun qui les unit les y nécessite. C'est par ce même motif qu'on acquitte si scrupuleusement les dettes du jeu , et qu'on fait si impudemment banqueroute à ses créanciers. Or, si l'intérêt fait faire aux coquins ce que la vertu fait faire aux honnêtes gens , qui doute qu'en maniant habilement le principe de l'intérêt , un législateur éclairé ne pût néces* siter tous les hommes à la vertu ?
DISCOURS tll, CHAPITRE XVI. ï 17
profit du vol n*est jamais , pour un homme riche , proportionné au risque du supplice. Il n en est pas ainsi de l'indigent : cette disproportion se trouvant infiniment moins grande à son '■gard , il reste , pour ainsi dire , en équilibre entre le vice et la vertu.. Ce n'est pas que je prétende insinuer ici qu'on doive mener les hommes avec une verge de fer. Dans une excellente législation , et chez un peuple vertueux , le mépris qui prive un Homme de tout consolateur , qui le laisse isolé au milieu de 'sa patrie , est an motif sufBsant pour former des âmes vertueuses. Toute autre espèce de châtiment rend l'ijoinme timide , lâche et stupide. L'espèce de vertu qu'engendre la crainte des supplices se ressent de son origine : cette vertu est pussilla- B ime et sans lumière; ou plutôt la crainte n'étouffe que des vices et ne produit point de vertus. La vraie vertu est fondée sur le désir de l'estime et ^e la gloire , et sur l'horreur du mépris , plus effrayant que la mort même. J'en prends pour exemple la réponse que le Spectateur Anglais '<^t faire à Pharamond par un soldat duelliste , ^ qui ce prince reprochait d'avoir contrevenu àr '«ordres: « Comment , lui r.épondit41 , m'y
Il8 DE L^ESPRIT.
■ serais-je soumis ? tu ne punis que de mort « ceux q[ui les yiolent ^ et tu punis <f in&mie « ceux qui y obéissent. Apprends que je crains
■ moins la mort que le mépris. »
Je pourrais conclure de ce que j'ai dit f que ce n'est point de la nature , mais de la dilTérente constitution des états que dépend l'amour ou rindifférence de certains peuples pour la Tertu ; mais quelque juste que fut cette conclusion , elle ne serait cependant pas assez prouvée, si , pour jeter plus de jour sur cette matière , je ne chercliais plus particulièrement dans les gouvememens , ou libres ou despotiques , les causes de'ce même amour ou de cette même indifférence pour la vertu. Je m'arrêterai d'abord aa despotisme ^ et , pour e^ mieux connaître la nature, j'examin^ai quel motif allume dans les hommes ce désir effréné d'un pouvoir arbitraire tel qu'on l'exerce dans l'Orient.
Si je choisis l'Orient pour exemple, c'est que l'indiiréTeRGe pour la T«rtu ne se fait constam- .ment sentir que dans les gouyememens de cette espèce. £n vain quelques nations voisines et jalouses nous accusent-elles déjà de ployef sous le joug du despotisme orientsd : je dis que notre
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religion ne permet pas aux princes d* usurper an pareil pouyoir; que notre constitution est monarchique, et non despotique ; que les particuliers ne peuvent en conséquence être dépouillés de propriété que par la loi , et non par «ne volonté arbitraire ; que nos princes prétendent au titre dé monarque , et non à celui de despote; qu'ils reconnaissent des lois fondamentales dans le royaume ; qu'ils se déclarent les pères et non les tyrans de leurs sujets. D'ailleurs le despotisme ne pourrait s'établir en France , qu'elle ne fût bientôt subjuguée. U n'en est pas de ce royaume comme de la Turquie ,. d« la Perse , de ces empires défendus par de VMtes déserts , et dont l'immense étendue sup-, pléant à la dépopulation qu'occasiopnè le despotisme , fournît toujours des armées au sultan. Dans un pays resserré comme le nôtre , et environné de nations éclairées et puissantes , les âmes ne seraient pas impunément avilies. La France dépeuplée par le despostisme^ serait bientôt la proie de ces nations. En chargeant de fer les main$ de ses sujets , le prince ne les soumetti»it au joug de l'esclavage que pour subir lai-mème le joug des princes ses voisins. U est donc impossible qu'il forme un pareil projet.
ISO DB L BSPRIT.