‹ De l'espritChapitre 15 sur 58 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

I^E nÉPRIS ET l'aVILISSEMEITT ou SOlfT LES PEUPLES ElVTHETIEirifEHT l'iGNORANCE DES VlStàS ; SBCOKD EFFET DU DESPOTISME.

'^i les TÎsirs n'ont nul intérêt de s'instruire, il est , dira-t-on , de l'intérêt du public que les yisirs soient instruits; toute nation veut être bien gouvernée. Pourquoi donc ne voit-on, pas dans ces pays des citoyens assez vertueux pour reprocber ^JK^isirs leur ignorance et leur injustice, et '"> forcer, par la crainte du méprjis, à devenir 'doyens? c'est que le propre du despotisme est J avilir et de dégrader les âmes.

Dans les états où la loi seule punit et récomi*iise , où Ton n'obéit qu'à la loi , l'homme ver- ^•Hix , toujours en sûreté , y contracte une ^^rdiesse et une fermeté d'âme qui s'affaiblit ^ ' cessairement dans les pays despotiques, où ^^ vi^sel biens et sa liberté dépendent du ca^

l4s DE l'eSPAIT.

pricç (i) et de ïa yolonté arbitraire d'un seuJ homme. Dans ces pays, il serait aussi insensé d*étre vertueux, cpi'il eut étéfon de ncFétre pas en Crète et à Lacédémone ; aussi n'y Toit-on personne s'élerer contre l'injustice , et;, plotôt que d'y applaudky crier, conune le philosoplie Philoxène : Qu^on m« remène aux Carrières^

Dans ces gouyernemens , que n'en coûte-t-i! pas pour être yertueux ? à quels dangers la probité n'est-elle pas exposée ? Supposons un bomme pas«h>nBé pour la yertu : yoidoir qu'un ul homme aperçoive , dans l'injustice on l'incapacité des yisirs ou des saU^apes, la cause dt^> misères publi^pies , et cpi'il se taise , c'est you-

(i) On ne verra point en Turquie , comnir en Ecosse, la loi punir dans le sotlyerain riejustice commise envers un sujet. A l'ayénemer^ de Malicorne au trôjie d'Ecosse , un seigneir lui présente la patente de ses privilèges, le pria>< de les confirmer : le roi la prend et la décbirt Le seigneur s'en plaint au parlement; et le pa' lement ordonne que le roi, assis sur sontrôu' sera tenu , en présence de toute sa cour, de ri coudre avec du fil et une aiguille ht patente ce seigneur.

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1 )u les contradictoires. D'ailleurs une probité nuierte serait, dans ce cas^ une probité inutile. Pms cet homme sera vertueux , plus il s'eftipressera de nommer celui siir lequel doit toto- ^T le mépris national t je dirai de pluô qu'il le floit. Or , l*ifljuslice et l'imbéciUité d'iiJi yiélt se îioavant, comme je l'ai dit plus haUt , toujours rpvémes de la puissance nécessaire poui» condam- ''('r le mérite aux plus grands suppliées , cet liommesera d^autant plus |>rômptem^nt lirré lux muets, qu'il sera plus ami du bien public <*» de la Tertu.

Si Néron forçait au théâtre les applaudisse-

mens des spectateurs , plus barbares encore que

HTon, les visirs exigent les éloges de ceux-là

'lèrae qu'ils surchargent d'impôts et qtfils mal-

■raiient. Ils sont semblables à Tibère : sous son

S^e , on traitait dé factieux justju'aut èrîft^ '"'Qu'aux soupirs des infortunés qu'oiiopprihmît, I rce qne tout est criminel , dit Suétone, sous ''« prince qui se sent toujours coupable.

n n'est .point de yisir qui ne voulût réduire •^s hommes à la doâdition de ces anci^sPer^s 'l'ii , cmelletticnt fouettée par l'ordre du ptintè, ^(^lent ensuite obligés de comparaître deyant

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ni : « Nous venons , lui disaient-il» , tous rc- « mercier d'avoir daigné vous souvenir de « nous. »

La noble hardiesse d'un citoyen assez vertueux pour reprocher aux visirs leur ignorance et leur injustice y serait bientôt suivie de son supplice (i); et personne ne s'y veut exposer. Mais , dira-t-on , le héros le brave ? Oui , répondrai-je , lorsqu'il est soutenu par l'espoîr de l'estime et de la gloire. £st-iL privé de cet espoir? son courage l'abandonne. Chez un peuple esclave, Ton donnerait le nom de factieux à ce

(i) Qu'un visir commette une faute dans soa administration : si cette faute nuit au public , les peuples crient , et l'orgueil du -^sir s'en offense : loin de revenir sur ses pas et d'essayer , par une meilleure conduite, de calmer de troj) justes plaintes , il ne s'occupe que des moyens d'imposer silence aux citoyens. Ces moyens de force les irritent ; les cris redoublent : alors il ne reste au visir que deux partis à prendre ; ou d'exposer l'état à des révolutions , ou de porter le de^otisme à ce terme extrême, qui toujours annonce la ndne des empires ; et c'est à ce dernier parti que 8?arr4tent cqicamunéineiit les visirs.

DISCOURS III, CHAPITRE XIX. l4$

citoyen généreux ; son supplice trouverait des approbateurs. U n'est point de crimes auxquels on ne prodigue des éloges , lorsque , dans un état, la bassesse est devenue mœurs. « Si la « peste y dit Gordon , avait des jarretières , des « cordons et des pensions à donner » il est des

< théologiens assez vils, et des jurisconsultes > assez bas , pour soutenir que le règne de la

< peste est de droit di^in ; et que se soustraire « à ses malignes influences» c'est se rendre>cou- « pable au premier chef. » IL est donc , en ces gonvememens, plus sage d'être le complice que l'accusateur des fripons : les vertus et les talens y sont toujours en botte à la tyrannie.

Lors de la conquête de l'Inde par lliamas- Kouli-Kan, le seul homme -estimable que ce prince trouva dans l'empire du Mogol , était un nommé Mahmouth , et ce Mahmouth était exilé. '

Dans les pays soumis ftu despotisme, l'amour, Testime , les acclamations du public , sont des crimes dont le prince punit ceux qui les obtiennent. Après avoir triomphé des Bfetons , Agricola , pour échapper aux applaudi^s^ens «- 9 .

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du peuple , aiosi qu*à la fureur de Domitien , traverse de uuit les rues de Rome , se rend au palais de Tempereur ; le prince Tembrasse froidement y Agricola se retire ; et le vainqueur de la Bretagne , dit Tacite , se perd au même instant dans la foule des autres esclaves.

C'est dans ces temps malheureux qu'on pou* vait à IU>me s'écrier avec Brutoa : ■ O vertu ! « tu n'es qu'un vain nom. > Comment en trouver «hez des peuples qui vivent dans des transes perpétudles, et dont l'Ame, afiaissée par la crainte , a perdu tout son ressort? on ne rencontre chez ces peuples que des puissans insokns et des esclaves vils et lâches. Quel tableau pliu humiliant pour l'humanité que l'audience d'un vîsir , lorsque , dans une importance et uue gravité Btupide , il s'avance au milieu d'une foule decliens;et que ces derniers , sérieux, muets f immobiles, les yeux fixes et baissés, attendent en tremblant (i) la faveur d'un regard « à peu près dans l'attitude de ces bramines qui , l€8 yeu^ fixés sur le bout de leur nez, attendent

(f )^ viflir lui-même n'entre qu'en tremblant au âh»n quand le sultan y est.

OISCOUBS lllf CHAPITRE XX. l47

la flamme bleue et <<^iviiie dont le ciel doit Tenlominer, et dont l'apparition doit , selon eux , les éleyer à la dignité de pagode 1

Quand on yoit le mérite ainsi humilié devant un Tisirsans talent, ou même un yil eunugue , on se rappelle malgré soi la vénération ridicule qa'aa Japon Ton a pour les grues , dont on ne prononce jamais le nom que précédé^ du mot O'thttrUamay c'est-à-dire monseigneur.

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