‹ De l'espritChapitre 24 sur 58 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Du AIPPOBT D^ PAIT» AVEC LES PEI5CIFBS CI-DESSUS ETABLIS.

L'expérience semble démentir mes raisonne'* ment, et cette contradiction apparente pent rendre moB opinion suspecte. Si tous les hom-

DISCOURS III,, GHàBITAB XXTII. IO9

mes , dim-t^on , ayaient une égale disposition à Fespcit 9 pourquoi , dans un '^royaume composé de quinze à dix-buit millions d'âmes, Toiton si peu de Turenne , de Rosny , de Colbeit, de Descartes , de Corneille , de Molière , de Qninault ; de Lebrun , de ces bommes enfin cités comme Tbonneur de leur siècle etule leur. pays ?

Pour résoudre cette question, qu'on examine la multitude des circonstances dont le concours est absolument nécessaire pour former d^s bommes illustres en quelque genre que ce soit, et Ton avouera que les bommes sont si rarement placés dans ce concours' beureux de circonstances , que les génies du premier ordre doivent être en effet aus^i rares qu'ils le sont.

Supposons en. Frapce seize millions d'âmes douées de la plus ^cande disposition à l'esprit; ^opposons dans le gouyernement un désir vif de mettre ces dispositions en yaleur; si, comme f eipérience' le prouye , les liyres, les bommes ^t les SQcours propres à développer en nous ces dispositions , ne se toouyent que dans une yille opulente, c'est par conséquent dans les buit ceni ^e âmes qui vivent ou qui ont long-temps.

la.

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yéca à Parf» (i) , qu'on doit chercher et qu*ott pent trottter âea hatnmes sopérieotv dans les difTére&s getireft de sciences et d*atts. Or, cle ces huit cent teille âmes» si d's^ord «n en supprime Ift moitié , €*e^-à-dlre les feinmes , dontl'édacMfîon et la vie s'opposent au progrès qa'dles pcMirraient faire dans les sciences et les arts ; qu'on en retranche encore les en&ns, les yieiilards , les artisans , les manœuvres , les dômestiqnes, lés moines, les soldait, les marchands, et généralement tons ceux qoi , par leur état , letirs dignités , leurs richesses y. sont assujettis à d^s devoirs , ou livrés à des ptaisirs qui rem-

(i) Qu'on parcoure la liste des^ grands hommes, on verra que les Molière, les Quinault, les Corneilles, les Coudé, les Pascal, les Pontenelle, left Mallebfanohe , etc. , ont, pour pérfecûcMiner leur esprit , eu besoin dn secours de la capitale ; que les talens campagnards sont toujours condamnés à la médiocrité, et que les muses, qui recherchent avec tant d'empressement les bois, les fontaines et les prairies , ne seraient que des viliageoiseç si elles ne prenaieaft de temps en temps Fair des grandes viUes.

DISCOURS lit, GM4»I¥RE XXYII. lit

pHssent une partie de leur joamée ; si Ton ne considère enfin que le petit nombre de ceux qni, pkcé* dès leur jeunesse dans cet état de médiocrité où l'on n'éprouTe d'autre peine que c^ de ne pouvoir soulager tous les malheureux, où d'ailleurs On peut sans inquiétude se livrer tout entier à l'étude et à la méditation , H est œrtaÎB que ce nombre ne peut excéder celai de six mille; que, de ces six mille, il n'en est pas six cents animés du désir de s'instruire ; que , de ces six cents , il n*en est pas la moitié qui «oient échauffés Ae ce désir , au degré de diakur propre à féconder en eux les grandes idées; qu'on n'en comptexa pas cent qui , au désir de s'instruire , joigne]^ la constaaioeet la latienoe nécessaires pour perfectionner leurs talens , et qui réunissent ainsi deux qualités que \à Tiuiitéy trop impatiente de se produire, rend presque toujours inalUable»; qu'enfin il n'en ^ peut'èl^ pas cinquante qui , dans leur première jeunesse , toujours appliqués au même genre d'étude , toujours insensibles à l'amour «t à l'ambiUoaiy n'aient , ou dans les émdes trop fanées , on dans 1«b plaisirs , ou dans les intrigues, perdu des znomens, dont la perte est tou^»

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