‹ De l'espritChapitre 29 sur 58 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Db IA supériorité que CERTAIITS PEUPUSS

oirr BUE DAjrs divers geitres de sciehcbs.

La position physique de la Grèce est toujours la même: pourquoiles Grecs d'aujourd'hui sontils si différens des Grecs d'autrefois ? Cest que la forme de leur gouyernement a changé; c'est ^e, semblahle à Feau qui prend la forme de tous les vases dans lesquels on la verse , le caractère des nations est susceptible de toutes sortes de formes ; c'est qu'en tous les pays , le génie du gouvememeut fait le génie des nations ( I ). Qr y sous la forme de république , quelle

(i) Rien, en général, de plus ridicule et àe plus feux que les portraits qu'on fait du caractère des peuples divers. Les uns peignent leur nation d'après leur société , et la font , en conséquence, ou triste, ou gaie ou grossière, ou spirituelle. 11 me semble entendre des mini-

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contrée devait être plus féconde que la Grèce en capitaines , en politiques et en héros ? Sans

mes auxquels on. demande quel est 9 en fiiit de cuisine, le goût français , et qui répondent qu'en France on mange tout à Thuile. D'autres copient ce que mille écrivains ont dit avant eux; jamais ils n*ont examiné le changement que doivent nécessairement apporter , dans le caractère d'une nation , les changemens arrivés dans son administration et dans ses mœurs. On a dit qne les Français étaient gais; ils le répéteront josqu*à l'éternité. Ils n'aperçoivent pas que le malheur des temps ayant forcé les princes à mettre des impôts considérables sur les campagnes, la nation française ne peut être gaie, puisque la classe des paysans , qui compose à elle seule les deux tiers de la nation, est dans le besoin, et que le besoin n'est jamais gai ;qn'à l'égard même des villes , la nécessité , où , diton, se trouvait la police de payer, les jours gras, une partie des mascarades de la porte Saint- Antoine , n'est point une preuve de la gaîté de l'artisan et du bourgeois ; que l'espionnage peut être utile à la sûreté de Par», mais que, poiusé un peu trop loin , il répand dans les esprits one méfiance absolument contraire à la joie , {Mlt Tabus qu'en ont pu faire quelques-uns de ceux qui en ont été chargés; que la jeunesse , en s'in-

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parler des hommes d'état , qaels philosophe* ne deyait point produire un pays où la philosophie était si honorée; où le vainqueur de la Grèce , le roi Philippe , écrivait à Aristote : « Ce n'est point de m' avoir donné un fils que « je rends grâces aux dieux ; c'est de l'avoir

terdisantle cabaret ^ a perdu une partie de cette gaité qui souvent a besoin d'être animée par le Tin; et qu'enfin la bonne compagnie , en excluant la grosse joie de ses assemblées, en a banni la véritable. Aussi la plupart des étrangers trouTent-ils , à cet égard, beaucoup de différence entre le caractère de notre nation et celui qu'on lui donne. Si la gaîté habite quelque part en France, c'est certainement les jours de fête aux Porcherons ou sur les boulevards : le peuple y est trop sage pour pouvoir être regardé comme un peuple gai. La joie est toujours un peu licencieuse. D'ailleurs , la gaîté suppose l'aisance-, et le signe de l'aisance d'un peuple est ce que certaines gens appellent son insolence , c'est-à-dire , la connaissance qu'un peuple a des droits de l'humanité, et de ce que l*hoinme doit à l'homme : connaissance toujours interdite à la pauvreté timide e^i découragée. L'aisance défend ses droits, l'indigence les cède.

aSo DE LESPRIir.

« fait naître de votre vivant- Je vous charge de « son éducation; j^espère que vous le rendrez « digne de vous et de moi. » (Quelle l.ettre plus flatteuse encore pour ce philosophe que celle d'Alexandre , du maître de la terre , qui , sur les débris du trône dfr Cyrus , lui écrit : « Tap- « prends que tu publies tes traités acroamati- « ques. Quelle supériorité me reste-t-il mainte- « nant sur les autres hommes? Les hautes • sciences que tu m'as enseignées vont devenir « communes , et tu savais cependant que j'aime « encore mieux surpasser les hommes par la « scî^ce des choses sublimes , que par la puis- « sance. Adieu» »

Ce n'était pas dans le seul Aristote qu'on

honorait la ^ilosophie. On sait que Ptolomée ,

roi d'Egypte , traita Zenon en souverain , et

députa vers lui des ambassadeurs ; que les

Athéniens élevèrent à ce philosophe un maoso'

lée construit aux dépens du public ; qu'avant la

mort de ce même Zenon ^ Antigonus , roi de

Macédoine , lui écrivit : « Si la fortune m'a

« élevé à la plus haute place , si je vous sur-

« passe en grandeur , je reconnais que vous me

« surpassez en scioice et en vertu. Venez donc

DISCOURS III, CHAPITRE XXX. aSi

a ma cour ; vous y serez utile , non-seule* ment à un grand roî , mais encore à toute la nation niaeédonienn«. Vous savez quel est sur les peuples le pou-voir de Texemple : imitateurs serviies de nos -vertus , qui les inspire aux princes, en donne aux peuples. Adieu. » Zenon lui répondit : « Pappkudis à la noble ardeur qui vous anime ; au milieu du faste , de la pompe et des plaisirs qui eaviroiment les rois, il est beau de désirer encore la science et la vertu. Mon grand âge et la faiblesse de ma santé ne me permettent point de me rendre près de vous ; mais je vous envoie deux dé mes dbciples. Prêtez l'oreille à leurs instructions : si vous les écoutez , ils vous ouvriront la route de la sagesse et du véritable bonlieur. Adieu. »

Au reste , ee n'était point à la seule philosophie, c'était à tous les arts que Içs Grecs rendent de pareils liomnjages. Un poète était si précieux à la Grèce , que , sous peine de morS et par une loi expresse , Athènes leur défendait de s'embarquer (i). Les Lacédémoniens, qu6

(i) Un poète est, aux îles Mariannes , re-

aSa UEI.' ESPRIT,

certains auteurs ont pris plaisir à nous peindre comme des hommes vertueux , mais plus grossiers que spirituels, n*étaient f»as moins sensibles que les autres Grecs (i) aux beautés des arts et des sciences. Passionnés pour la poésie , ils attirent chez eux Archiloqne 9 Xénodame , Xénocrite, Polymneste , Saeados , Périclite , IHirynb, Timothée (a) : plmns d'estime pour les poésies

gardé comme un homme merveilleux. Ce titre seul le rend respectable à la nation.

( I ) A la vérité, ils avaient en horreur tonte poésie propre à amollir le courage. Ils chassèrent Arçhiloquede Sparte pour avoir dit, en ver8,qa*il était plus sage de fuir que de périr les armes i U main. Cet exil n'était pas Teffet de leur indifférence pour la poésie , mais de leur amour poar la. vertu. Les soins que se donna Lycurgue pour recueillir les ouvrages d*Homère , la statue du Ris , qu'il fit élever au milieu de Sparte, et les lois qu'il donna aux Lacédémonièns, prouvent que le dessein de ce grand homme n'était pas d'en faire un peuple grossier.

( 3 )Les Lacédémonièns , Cynethon , Dion} • ■odote , Areus, et Chilon , l'un des sept sages . s'étaient distingués par le talent des vers. La poésie lacédémonienne , dit Plutarque , simple.

DIJËOITKS m, GHAPITRS XXX. »53

^ Terpàadre. , â» Spendon y «t (TAlcinan » il Mt 4éfeiida à tout ^cUve de les chuter; c*é- ^t selon eux pirpfai^^ 1^ ekoses diyines. Non moins habile dans l,*art de raisonner que dans fart de peindre ses fismées en Ters , « Quicon- ' qae, dit Platon ^ çonyerse avec un Lacédé- « monien, fût-ce. le dernier de tous , peut lui « trouver Pabord grossier ; mais , #'il entre en « matière^ il yerra ce même homme s'énoncer

* avec une dignité , une précision , une finesse» « qui rendront tes paroles comme autant de

• traits perçanSé Tout autre Grec ne paraîtra « près de lui qu'un enfant qui bégaie» * Aussi leur apprenait-on , dè$ la première jeunesse , à parler avec élégance et pureté : on yonlait qu'à & Tenté des pen$ées. ils joignissent les grâces et la finesse de l'expression ; que leurs réponses, toujours^ cotâtes et justes , fussent pleines de sel et d^agrément, Getix qui , par précipitation on par lenteur d'esprit, repondaient mal , ou ne répondaient rien , étaient châtiés «ar*le«

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màk y énergique , était pleine de ces traits de feu propres à porter diuis les Ames l'ardeur et le courage.

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