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masses, parce qu^il représente le vrai des choses, et que les masses n^en saisissent que l'apparence. Les symboles et les mythes qui ont successivement enveloppé les religions n'étaient pas pour les peuples un obstacle à comprendre ; loin de là, c'était la langue de Pépoque. A mesure que PintelUgencedesmasses arrive aux progrès, cette langue symbolique se dépouille et se purifie peu à peu : de là vient qu'en se succédant, les religions parlent aux masses un langage de moins en moins figuré, et qui tend à se rapprocher de plus en plus de l'exacte simplicité du langage philosophique.
Or, de même que, dans les sciences, des idées plus complètes succèdent à des idées moins complètes, des systèmes plus clairs et plus achevés, à des systèmes moins parfaits et plus confus ; de même, dans le travail que l'humanité fait sur elle-même , elle va progressivement de solutions moins obscures en solutions plus claires et plus nettes. Cette marche est lente, sans doute ; il lui faut des siècles pour arriver au but. Dans les intervalles qui séparent chaque découverte, l'humanité souffre et s'agite. On appelle ces intervalles les époques révolutionnaires , car il n'y a de vraies révolutions que les révolutions des idées; tous les autres mouvements qui agitent les affaires humaines s'ensuivent pour qui sait examiner, réfiéchir et comprendre. Chaque révolution est donc un pas que fait l'esprit humain dans la recherche de la vérité. Dieu a créé la nécessité des révolutions on créant Phumanité perfectible.
Le mouvement intellectuel du dix-huitième siècle continue de nos jours au sein des masses, et il est loin d'être achevé. Le jour va venir où la première population du monde moderne, où la France se trouvera tout à coup sans foi morale et sans foi religieuse, sans foi politique et sans idées arrêtées d'aucune espèce sur les questions les plus graves qui font palpiter l'humanité. Il faudra que le bon sens de Pépoque soit bien puissant pour qu'il ne se manifeste pas de symptômes voisins de quelque immense désastre.
Le seul moyen de retarder le cataclysme à venir, et peutêtre d'opposer une digue au naufrage, c'est de remettre per-
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pétuellement en question l'éternel problème de la connaissance de l'homme et du but de la société.
Le seul moyen de sauver le monde, c'est de chercher, par ' tous les procédés de la science et de l'étude philosophique la solution véritable de l'existence humaine. Nous vivons à l'époque critique : contribuons de toutes nos forces à amener l'époque /ondatnce. C'est là qu'est ajournée la paix du mondecar tel est l'empire de la vérité sar l'esprit humain, qu'une lois démontrée, elle ne périt plus, et règne sans retour.
Nous sommes les enfants d'un siècle où le matérialisme^' a été prêché, professé, démontré, mis partout, dans les chansons et dans les lois. Qu'est-il resté de tant d'efforts? Le peuple sait-il autre chose sur sa destinée que ce qu'il savait auparavant? Voit-il autre chose dans l'opinion qu'il a reçue, sinon qu'il y a bien du rapport entre nous et les chiens, ce qui est très vrai, mais ce qui ne prouve rien , sinon qu'il serait très agréable de mourir tout entier quand on a mal vécu, et qu'on croit à un enfer, ce qui n'est qu'un mauvais désir, et point du tout une conviction ? Sur la question elle-même, y a-t-il rien de précis, rien d'évident?
C'est donc une œuvre éminemment morale que de popu-lariser les méditations des hommes qui ont osé sonder d'un regard ferme les profondeûFs de la métaphysïgue, j)our y çherchçiTenigme dé notre existence. Sur ces matières, Voltaire a fait du sarcasme, Rousseau, du sentiment rêveur, Helvetius a, en prenant le moyen terme, raconté simplement les phénomènes qu'il observait. C'est un travail toutd'expérience. Il y a peu de choses à dire à propos de la vie d'Helvétius. Il naquit à Paris en janvier 1715. Élevé par les jésuites, dans leur collège Louis-le-Grand, il fut distingué par le père Porrée , qui devina le génie philosophique dont le jeune humaniste devait plus tard développer les germes. Au sortir du collège, Helvétius fut placé chez M. d'Armancourt, son oncle maternel, directeur des fermes à Caen. A peine âgé de vingttrois ans, il obtint, par la protection de Marie Leczinska, une place de fermier général. Helvétius, que cette position bril- Jante mettait à la tête de trois cent raille francs de revenu ,
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en lit l'usage le plus honorable. Il devint le prolecteur des artistes et le Mécène des gens de lettres. Dans Pexercice de sa charge, il se fit estimer par un grand esprit de justice, une modération peu commune et les sentiments les plus philanthropiques en faveur des classes souflrantes. Il fut l'ami de Voltaire , de Buffon , de Montesquieu , de Fontenelle et de Grimm. Ces relations lui inspirèrent le goût des lettres : il tenta les muses par un poëme sur le bonheur, par des épitres philosophiques, eX s'essaya par un ouvrage intitulé la Conjuration de Fiesque, mais qui ne fut pas représenté. La pubUcation de l'Esprit des Lois lui fit même concevoir l'idée d'élever un monument rival de ce beau livre, et dès lors il résolut de se consacrer à la solitude et à la méditation. Marié à mademoiselle de Ligniville, nièce de la célèbre dame de Grafiigny, en 1751, il se retira dans sa terre de Voré, au miheu des forets du Perche, et se livra entièrement à ses goûts studieux, à Pexercice d'une bienfaisance aussi noble qu'éclairée, et aux charmes d'une douce intimité avec sa femme, qui n'avait pas moins d'esprit que de vertus et de beauté.
C'est dans cette paisible retraite qu'il composa et termina, au mois d'août 1758, le livre de V Esprit, qu'il publia sans y
mettre son nom.
Il eut rim£rudence d'adresser à la famille royale un exemplaire de cet ouvrage. Les jésuites s'en émurent. Effrayé de Forage qui s'amoncelait sur sa tête, Helvétius écrivit une lettre au père Berthier, son ancien professeur et son ami. Il s'y défendait avec modération de toute pensée d'atteinte aux vérités du catholicisme , et se montrait tout disposé à condamner les propositions que réprouverait la censure. Nonobstant cette démarche, l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, poui^uivait à outrance la publication du livre de V Esprit, Plusieurs autres prélats s'étant réunis à l'archevêque de Paris, Helvétius crut devoir se résigner à déposer entre les mains de l'avocat général Joly de Fleury une rétraction formeUe de tout ce qui, dans ses idées philosophitjues, pouvait déplaire au clergé. ^
Une lettre apostolique du pape aément XUL, publiée a