‹ De l'esprit [microform]Chapitre 22 sur 91 · DE LA PROBITÉ PAR RAPPORT AUX SIÈCLES ET AUX PEUPLES DIVERS · texte numérisé non relu

DE LA PROBITÉ PAR RAPPORT AUX SIÈCLES ET AUX PEUPLES DIVERS

Dans tous les siècles et les pays divers, la probité ne peut "V être que l'habitude des actions utiles à sa nation. Quelque ) certame que soit cette proposition, pour en faire sentir plus évidemment la vérité, je tacherai de donner des idées nettes et précises de la vertu.

Pour cet eff'et, j'exposerai les deux sentiments qui, sur ce " sujet, ont jusqu'à présent partagé les moralistes.

Les uns soutiennent que nous avons de la vertu une idée absolue et indépendante des siècles et des gouvernements divers ; que la vertu est toujours une et toujours la même. Les autres soutiennent, au contraire, que chaque nation s'en j

forme une idée différente. (

Les premiers apportent, en preuve de leurs opinions, les rêves ingénieux, mais inintelligibles du platonisme. La vertu, selon eux, n'est autre chose que l'idée même de l'ordre, de l'harmonie et d'un beau essentiel. Mais ce beau est 'un mystère dont ils ne peuvent donner d'idée précise : aussi n'établissent-ils point leur système sur la connaissance que l'histoire nous donne du cœur et de l'esprit humain.

Les seconds , et parmi eux Montaigne , avec des armes d'une trempe plus forte que des raisonnements, c'est-à-dire ave^3 des faits, attaquent l'.opinion des premiers; font voir qu'une action , vertueuse au nord , est vicieuse au midi ; et en concluent que l'idée de la vertu est purement arbitraire. Telles sont les opinions de ces deux espèces de philosophes.

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